L’Exposition : Sacrilège ! L’État, les religions et le sacré, de l’antiquité à nos jours.

Publié le 17 Mai 2024
Socrate sacrilège

Jacques de Saint-Quentin, La Mort de Socrate, 1762, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, PRP 10. © Beaux-Arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris.

Les Archives nationales proposent jusqu’en juillet une exposition sur la notion de sacrilège, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

 

Dans le magnifique Hôtel de Soubise de Paris où sont conservées les archives nationales, une exposition explore la notion de sacrilège. Elle recouvre une large période historique qui s’étend du procès et de la mort de Socrate – accusé « de ne pas reconnaître les dieux de la cité et de corrompre la jeunesse » en 399 avant notre ère – jusqu’à notre époque.

C’est dans une ambiance sombre, pour protéger les nombreux documents, que se déroule ce parcours foisonnant, ponctué du rappel d’événements souvent dramatiques.

On y découvre parmi la centaine d’œuvres présentées un tableau de Jacques de Saint-Quentin (1738-1785) réalisé en 1762 et représentant La Mort de Socrate ; une bulle du pape Clément IV demandant à saint Louis de modérer sa sévérité à l’encontre des blasphémateurs ; une tête de la galerie des rois de Juda de Notre-Dame de Paris, vandalisée pendant la Révolution (la statue fut basculée sur le parvis en 1793 puis décapitée et découverte en 1977 lors de travaux entrepris à la banque française du commerce extérieur)… et l’arrêt rendu par le Parlement de Paris confirmant la sentence prononcée par le tribunal d’Abbeville contre le chevalier de La Barre, dernier condamné à mort pour sacrilège (1er juillet 1766) : il n’avait que 20 ans ! 

L’exposition est organisée en trois grands chapitres : « l’invention d’un interdit », qui propose une analyse historique et sociologique de la notion de sacrilège ; « la politique et le sacré : de la lèse-majesté à l’offense au chef de l’État » ; et « religions outragées ». 

Amable Sablon du Corail, commissaire scientifique et conservateur général du patrimoine, responsable du département du Moyen Âge et de l’Ancien Régime des Archives nationales, souligne combien « Nos sociétés occidentales se sont ouvertes au monde, au point que doivent désormais cohabiter au sein d’une même communauté politique, des individus et des groupes dont les valeurs sont parfois diamétralement opposées. Ce qui est sacré pour les uns peut être interprété comme outrageant ou blasphématoire par les autres », et de conclure : « Ainsi, dans le domaine religieux, il est devenu difficile de faire vivre, en pratique, l’équilibre entre liberté d’expression, respect des croyants et libre critique des religions. »

Un sujet délicat traité avec pondération et tact !

 


Jusqu’au 1er juillet 2024.
Archives nationales, Hôtel de Soubise, 60 rue des Francs Bourgeois, 75003 Paris.
Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 17h30, et le samedi et dimanche de 14h à 19h. Fermé le mardi.
Entrée libre.

 

>> à lire également : L’exposition : Revoir Van Eyck, La Vierge du Chancelier Rolin

 

Céline Vicq

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneCultureArt et PatrimoineChrétiens dans le monde

Exposition : hommage à Takashi et Midori Nagai

Initiatives chrétiennes (n° 1855) | Dans le sillage des commémorations du bombardement atomique de Nagasaki, une exposition consacrée au docteur Takashi Nagai est présentée jusqu'en juin à Saint-Denis-du-Maine, à la Cité de l'Immaculée. Des liens spirituels rattachent la région à la figure édifiante du scientifique japonais, victime de la bombe avec son épouse Midori. Entretien avec Jacques Charles-Gaffiot, commissaire de l’exposition

+

Takashi et Midori Nagai
À la uneCultureThéologie

Quatre Évangiles authentiques

Carte blanche à Yves Chiron | Les Dominicains d’Avrillé éditent la revue Le Sel de la terre ainsi que des livres et brochures. Le frère Louis-Marie a publié dernièrement Quatre Évangiles solidement attestés, une étude historique sur les évangiles, qui aborde notamment la question des apocryphes.

+

évangiles
CulturePhilosophie

André de Muralt, un aristotélicien et un thomiste dans notre temps

Figure discrète mais essentielle de l’école aristotélicienne et thomiste contemporaine, le philosophe suisse André de Muralt s’est éteint le 13 avril dernier, à l’âge de 94 ans. Se situant à rebours du déconstructivisme alors triomphant, il est demeuré relativement méconnu en France, bien que l’acuité et l’ampleur de ses analyses en métaphysique et en théorie de la connaissance en fassent un auteur incontournable pour quiconque entend sérieusement faire œuvre de philosophe.

+

andré de muralt