Ferry, non merci

Publié le 15 Mai 2012
Ferry, non merci  L'Homme Nouveau

La République, elle aussi, a ses symboles. Ce mardi, le Président de la République, le ci-devant candidat du Parti socialiste François Hollande, rend hommage à Jules Ferry. Pour beaucoup, Ferry symbolise l’école laïc et obligatoire, l’école républicaine, celle du tableau noir et de la craie, des vertus civiques, des chefs-lieux et préfectures appris par cœur, des coups de règle sur les doigts et de bien d’autres choses que certains cultivent aujourd’hui avec nostalgie, à l’imitation des « nouveaux réacs » qui arpentent les couloirs de la grande presse.

Mais Jules Ferry, le symbole de l’an I du nouveau quinquennat, c’est aussi la lutte contre l’Église catholique, à propos de l’école justement, une vieille habitude républicaine.

Des exemples ? Disons, plus modestement, quelques dates que n’importe quelle encyclopédie confirmera :

– février 1880 : expulsion des ecclésiastiques du Conseil supérieur de l’Instruction publique ;

– 12 mars 1880 : la collation des grades universitaires est retirée à l’enseignement catholique ;

– 29 mars 1880 : décret d’expulsion des jésuites et décret imposant aux autres congrégations non autorisées de se mettre en règle sous trois mois sous peine de dissolution et de dispersion ;

– 28 mars 1882 : loi de laïcisation de l’enseignement.

Pour Jules Ferry, il ne reste plus qu’un dogme : celui de l’absence de dogme. Il l’écrit dans une célèbre lettre aux instituteurs, datée de novembre 1883, dont on ne retient habituellement que sa demande de respecter la conscience de l’enfant. Mais une conscience formée à exclure Dieu des activités humaines et à l’enfermer dans les murs de la sacristie n’est pas une conscience respectée. C’est une conscience avilie. Mais que dit-il d’autres dans cette fameuse lettre ?

«  La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d’une part, elle met en dehors du programme obligatoire l’enseignement de tout dogme particulier ; d’autre part, elle y place au premier rang l’enseignement moral et civique. L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’Église, l’instruction morale à l’école. Le législateur n’a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l’école de l’Église, d’assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous, de l’aveu de tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle exprime la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur les notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer. Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celle du langage ou du calcul ».

Cet artifice a malheureusement pénétré aujourd’hui jusque dans l’enseignement catholique. Il promeut une fausse liberté de conscience qui consiste à réduire la religion à une simple option, non fondée en raison, séparant radicalement la morale et la religion, la foi et la raison.

Les beaux esprits aujourd’hui s’émeuvent des conceptions colonialistes de ce Père de la République qui s’appuyait sur la notion de « race supérieure ». Une colonisation qui échouera parce qu’elle était fondée sur le refus de Dieu et la détermination à importer le modèle républicain d’une laïcité anti-chrétienne.

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