Le 2 février dernier, en la fête de la Purification de la Vierge Marie, alors qu’il remettait la soutane à de jeunes séminaristes à Flavigny-sur-Ozerain, le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X a annoncé que de nouvelles consécrations épiscopales sans l’aval de Rome auraient lieu le 1er juillet prochain. Près de quarante ans après les sacres de quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre, un nouveau bras de fer semble se mettre en place entre Rome et Écône.
Depuis plus d’un an, le bruit courait au sein des apostolats de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Celle-ci envisageait de se doter de nouveaux évêques pour assurer la continuité de son œuvre pastorale. Dans l’ensemble, les prêtres interrogés renvoyaient alors systématiquement vers le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X et son conseil, seuls habilités à prendre une telle décision. Dans l’ensemble, aussi, les fidèles de l’œuvre de Mgr Lefebvre semblaient se montrer favorables à un tel scénario, renouvelant celui de 1988.
Soutenir les évêques encore vivants
Le lundi 2 février dernier, don Davide Pagliarani, un Italien qui a succédé en 2018 à Mgr Fellay à la tête de la Fraternité Saint-Pie X, a mis fin au suspense. Des sacres épiscopaux, vraisemblablement sans mandat pontifical, auront bien lieu en juillet prochain afin de doter la Fraternité Saint-Pie X et sa galaxie de communautés amies de nouveaux évêques en renfort des deux prélats encore vivants.
En 1988, Mgr Lefebvre et le Brésilien Mgr de Castro-Mayer avaient, en effet, sacré quatre jeunes évêques : Mgr Bernard Fellay (1958), Mgr Alfonso de Galarreta (1957), Mgr Bernard Tissier de Mallerais (1945-2024) et Mgr Richard Williamson (1940-2025). Seuls les deux premiers sont encore en exercice et ce sont eux qui devraient procéder à la cérémonie des sacres en juillet prochain.
Leur âge, respectivement 68 et 69 ans, ainsi que leur fatigue, liée aux nombreux voyages en avion qu’ils effectuent à travers le monde pour ordonner des prêtres, conférer le sacrement de confirmation ou procéder à différentes cérémonies (vœux, bénédictions diverses, etc.), ont pesé dans la balance en faveur de nouveaux sacres. Mais il ne s’agit évidemment pas des raisons les plus fondamentales, même si elles sont considérées comme impérieuses.
État de nécessité
Comme en 1988, le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X et les deux futurs évêques consécrateurs savent qu’ils encourent selon le Code de droit canonique actuellement en vigueur l’excommunication latae sententiae : « L’Évêque qui, sans mandat pontifical, consacre quelqu’un Évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet Évêque, encourent l’excommunication latæ sententiæ réservée au Siège apostolique. » (can. 1387)
Comme en 1988, la Fraternité Saint-Pie X s’appuie également sur le canon du Code de droit canonique qui dispose que « N’est punissable d’aucune peine la personne qui, lorsqu’elle a violé une loi ou un précepte (…) a agi forcée par une crainte grave, même si elle ne l’était que relativement, ou bien poussée par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient, à moins cependant que l’acte ne soit intrinsèquement mauvais ou qu’il ne porte préjudice aux âmes » (can. 1323 § 4).
C’est pourquoi, dans l’entretien explicatif qu’il a accordé à FSSPX Actualités, le 2 février dernier, le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X souligne avec force que « “La loi suprême, c’est le salut des âmes.” C’est de ce principe supérieur que dépend ultimement toute la légitimité de notre apostolat » ainsi que la permanence d’un véritable « état de nécessité » (cf. encadré ci-dessous).
Il ajoute toutefois, à propos d’éventuelles « sanctions » romaines : « il est certain que la Fraternité, sans amertume, accepterait cette nouvelle souffrance comme elle a su accepter les souffrances passées, et l’offrirait sincèrement pour le bien de l’Église elle-même. »
Prudence romaine
Et Rome ? Pour l’instant, et contrairement à certains journalistes et commentateurs, plus ou moins autoproclamés, le Vatican est resté prudent dans ses réactions. Dès le lendemain de l’annonce des futurs sacres, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a indiqué que « Les contacts entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège se poursuivent, l’objectif étant d’éviter toute rupture ou solution unilatérale concernant les problèmes soulevés. »
Et Rome ? Pour l’instant, et contrairement à certains journalistes et commentateurs, plus ou moins autoproclamés, le Vatican est resté prudent dans ses réactions. Dès le lendemain de l’annonce des futurs sacres, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a indiqué que « Les contacts entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège se poursuivent, l’objectif étant d’éviter toute rupture ou solution unilatérale concernant les problèmes soulevés. »
Puis le cardinal Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a proposé une rencontre à don Davide Pagliarani qui s’est déroulée le jeudi 12 février.
Malheureusement, le cardinal Fernández a été, sous le pontificat du pape François, au cœur de la théologie et de nombreuses décisions qui ont conduit la Fraternité Saint-Pie X à invoquer à nouveau l’état de nécessité. Il n’est donc pas certain qu’il soit le mieux placé pour entretenir un débat fécond avec la Fraternité dont le dossier et la psychologie sont, par ailleurs, mal connus des autorités vaticanes actuelles, contrairement à l’époque de Jean-Paul II et de Benoît XVI.
Les personnels de la Curie compétents sur un tel dossier, délicat et chargé d’un lourd poids historique et psychologique, ont été remerciés sous le pontificat de François. En 2018, don Davide Pagliarani avait toutefois rencontré le cardinal Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, d’un profil beaucoup plus classique que son actuel successeur.
L’entretien entre le cardinal Fernandez et don Pagliarani s’est déroulé dans une ambiance franche. Le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi a proposé « un parcours de dialogue théologique », afin de maintenir « les minimums nécessaires » à la pleine communion avec l’Église catholique, à condition que la Fraternité Saint-Pie X suspende les sacres d’évêques en juillet prochain.
Le cardinal n’a pas exigé de réponse immédiate mais a invité le supérieur de la Fraternité à en discuter avec son conseil (Mgr de Gallareta, l’abbé Boucharcourt, Mgr Fellay et l’abbé Schmitberger).
Quelle sera la décision des responsables de la Fraternité Saint-Pie X ? Il est difficile, à vrai dire, d’imaginer une suspension des sacres tant la condition exigée par le cardinal Fernandez rappelle la situation de 1988, qui avait conduit Mgr Lefebvre à procéder aux ordinations épiscopales par manque de confiance envers Rome.
À défaut de pouvoir parler de la décision du conseil, les prêtres de la FSSPX ont déjà reçu l’autorisation d’annoncer qu’il y aura quatre évêques, choisis, outre la qualité des personnes, en fonction de la sphère linguistique, la Fraternité ayant des apostolats aux quatre coins du monde.
La confiance reste un élément décisif dans le dialogue entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X. Le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X affirme qu’il a demandé une audience au Saint-Père et qu’il n’a pas reçu de réponse. Il avait également prévenu le Saint-Siège de l’éventualité de sacres épiscopaux :
« Puisqu’il s’agit d’une affaire qui intéresse évidemment l’autorité suprême de l’Église, il était nécessaire d’entreprendre d’abord une démarche auprès du Saint-Siège – ce que nous avons fait – et d’attendre un délai raisonnable pour lui permettre de nous répondre. Ce n’est pas une décision que nous pouvions prendre sans manifester concrètement notre reconnaissance de l’autorité du Saint-Père. »
Il reste donc à espérer qu’une telle rencontre avec Léon XIV puisse avoir réellement lieu.
Selon la Fraternité Saint-Pie X, les sacres de 2026 seraient justifiés par :
- un état de nécessité spirituelle inédit ;
- la continuité de la crise doctrinale postconciliaire ;
- un besoin concret d’évêques pour la vie sacramentelle ;
- l’échec des démarches auprès de Rome ;
- un devoir de charité et de suppléance envers les fidèles ;
- l’insuffisance des cadres officiels pour la Tradition ;
- la volonté de rester au service de l’Église sans juridiction parallèle.
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