Gaza, les raisons d’un conflit

Publié le 07 Août 2014
Gaza, les raisons d'un conflit L'Homme Nouveau
Les combats qui ont marqué la bande de Gaza au cours des dernières semaines soulèvent la question de l’intérêt stratégique de ce territoire. Celui ci est double : Gaza se présente tout à la fois comme un couloir de communication majeur entre l’Egypte et le Moyen-Orient et une porte maritime de première importance.

 

Un pivot commercial entre l’Egypte et la Syrie

A l’aune de l’histoire, Gaza se présente comme un pivot commercial majeur entre deux centres de civilisation : l’Egypte et la Syrie. Ce carrefour permet en outre de surveiller l’intérieur des terres. Le Pharaon Thoutmôsis III ne s’y trompe pas, se saisissant de cette route côtière afin de contrôler la Palestine dès le XVe siècle av. J-C. Il y installe l’un de ses fonctionnaires, chargé de surveiller le pays de Canaan. D’autres puissances s’intéressent à sa suite, à cette région. C’est le cas de l’Assyrie continentale, qui s’en empare en 734 avant J-C, de la Babylonie et d’Israël lui-même, qui la conquiert en 97 avant J.C. Rome annexe Gaza en 63 av. J-C et lui accorde une certaine autonomie. Il s’agit pour ces différents Empires de s’assurer du contrôle du territoire de Gaza, sans pour autant détruire son riche commerce, qui le relie au nord et au sud. Le vin de Gaza, produit de luxe, est en effet recherché dans tout l’empire romain. Plus tard, au Moyen-Age, un tissu précieux y est fabriqué : la gaze. Aujourd’hui, cette voie de communication très ancienne est devenue un cul-de-sac. Seuls les tunnels de contrebande assurent la liaison vers l’Egypte au Sud et Israël au Nord. Mais cette fois, les armes se sont substituées aux denrées précieuses.

Une porte stratégique sur la mer

Depuis l’Antiquité, le port de Gaza se présente comme une escale stratégique. Peuple maritime originaire de Crète, les Philistins s’y installent et refondent Gaza, cité murée située à 2,4 kilomètres du port. La Perse Achéménide, qui s’appuie sur les peuples navigateurs afin de remédier à son déficit maritime, s’empare, à son tour de Gaza en 525 av. J-C et en fait la tête de pont de ses campagnes vers l’Egypte. La ville retrouve alors une grande prospérité. Ceci explique les raisons pour lesquelles Alexandre le Grand en fasse le siège avant de se tourner vers l’Egypte. Plus tard, Gaza se peuple de chrétiens qui assurent la liaison maritime avec l’Europe. Lorsque la cité tombe aux mains des Musulmans en 637, les 60 soldats chrétiens qui forment sa garnison sont tous passés au fil de l’épée. La ville se replie alors vers la terre. Au XIIe siècle, les croisés y construisent un château-fort, qui suscitera plus tard l’intérêt de Sir Lawrence d’Arabie. Durant la Première Guerre mondiale, les troupes britanniques, commandées par le général Allenby, s’emparent de Gaza où les Ottomans se sont retranchés. Le port de Gaza, actif jusqu’à cette époque décline alors. Aujourd’hui, le littoral n’en a pas perdu de son importance pour autant. Celui-ci est soumis au blocus israélien pour deux raisons. Il s’agit d’empêcher la circulation des armes entre la mer et la bande de Gaza mais aussi de s’assurer le contrôle des gisements stratégiques de gaz off-shore découverts depuis les années 2000 au large du territoire palestinien. Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si les tensions ont connu un regain depuis cette date. Cela explique enfin la raison pour laquelle l’Iran, puissance gazière soit si sensible à ces combats.

 

Du même auteur sur ce site : Et si l’Angleterre quittait l’Union européenne ? 

* Thomas Flichy de La Neuville est professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux, à l’Ecole Navale puis à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Il est spécialiste de la diplomatie au XVIIIe siècle et auteur de plusieurs ouvrages de géopolitique. Prochain livre à paraître, en collaboration avec Olivier Hanne : La dette ou le crépuscule des peuples, Editions de l’Aube, septembre 2014.

Ce contenu pourrait vous intéresser

EgliseTribune libreLectures

Benoît XVI et François : deux lectures du Maître de la Terre de Benson, deux pontificats, deux églises ? (3/3)

3 - La démarche synodale comme processus du changement. | C’est bien toute la démarche synodale sur la synodalité qui, par son processus lui-même, est une machine à mettre en œuvre une Église plastique, compatible avec la modernité, c’est-à-dire sans contenu. Et cette démarche synodale trouve sa source, puise son inspiration et sa légitimité dans le concile Vatican II. Quelle lecture faire du Maître de la terre ? Ratzigérienne, bergoglienne ? Au lecteur de se faire une opinion, mais il faut lire Benson. 

+

synode évangélisation église
EgliseTribune libre

Benoît XVI et François : deux lectures du Maître de la Terre de Benson, deux pontificats, deux églises ? (2/3)

Une volonté farouche de changer de paradigme (2/3) | Tout d’abord, et en amont de l’élection, la volonté farouche de changement de ceux qui ont préparé le règne. En 2007 paraissait un livre très éclairant et remarquablement conçu dans la plus pure tradition de la manipulation de l’opinion. La thèse de ce livre-programme qui devait se révéler prophétique peut se résumer ainsi : l’Église, depuis Constantin et avec pertinacité, s’est éloignée du message évangélique. Ce phénomène s’accentue à partir de la Renaissance quand l’Église s’entête de plus en plus en s’opposant à la modernité. Constatant au XXe siècle que des génocides ont été perpétrés dans des pays chrétiens (Allemagne, Rwanda), il faut en tirer la conclusion que cette manière ancienne d’être chrétien était fausse et qu’il faut refuser les préoccupations dérisoires que sont la connaissance de la foi, le nombre d’entrées au séminaire ou de sacrements célébrés, car tout cela détourne de l’essentiel qui consiste à apporter davantage d’humanité.

+

pape François synode
EgliseTribune libreLectures

Benoît XVI et François : deux lectures du Maître de la Terre de Benson, deux pontificats, deux églises ? (1/3)

Nous nous interrogions en 2019 (1) sur le regard porté par Benoît XVI et François sur ce roman d’anticipation de tout premier rang qu’est Le Maître de la Terre de Benson. Plus personne (plus personne de sain d’esprit en tous cas) ne prétend à présent à la continuité entre les deux pontificats. Leurs ambitions, leurs idées, leurs spiritualités, leurs tempéraments que tout oppose trouveraient dans ce livre un point commun ? Non, décidément nous ne parvenons pas à comprendre. Si les deux pontifes ont recommandé ce livre puissant, les motifs en sont forcément différents. 

+

François maitre de la terre Benson
Tribune libre

Nietzsche : du biologisme par l’amoralisme à la subversion de la notion de vérité

IDÉES par Jean-Marie VERNIER, professeur agrégé de philosophie | Depuis quelques décennies, devant la décadence, voire l’effondrement progressif des sociétés occidentales et, notamment, de la France, certains courants de pensée prétendant faire école vont chercher chez Nietzsche les principes de leur analyse et en appellent à ces mêmes principes pour sortir de la crise de civilisation. Premier volet de notre présentation de la philosophie nietzchienne.

+

nietzsche
Tribune libre

De la nouvelle traduction du Pater

Tribune Libre | La mauvaise traduction du Notre Père dans la messe de Paul VI en français a fait en 2013 l’objet d’une juste rectification, entrée en vigueur en 2017. L’occasion pour les fidèles traditionalistes, restés attachés à l’ancienne formule, de faire un pas vers les autres catholiques en adoptant la nouvelle traduction, encore plus exacte.

+

pater
Tribune libreFiducia Supplicans

Liberté religieuse et licence morale

Tribune libre de Rémi Fontaine | Dans l’Église contemporaine on manifeste de plus en plus de répugnance à la désignation comme criminels de comportements gravement peccamineux, au nom de la dignité ontologique de la personne humaine. Une confusion qui découle du glissement de sens de la liberté religieuse.

+

wintzer liberté religieuse