Guillaume Bernard : Quas Primas et le royalisme intégral

Publié le 08 Avr 2025
quas primas Guillaume Bernard
> Enquête Quas Primas
Nous continuons notre enquête sur Quas Primas. Dans le contexte de l’entre-deux-guerres-mondiales, en un temps d’affrontement des doctrines matérialistes libérale et collectiviste, le pape Pie XI institua une fête liturgique honorant, dans la deuxieme personne de la sainte Trinité, le Roi de l’univers. Cette proclamation d’un royalisme intégral était d’autant moins anachronique qu’elle reste d’une parfaite actualité.

  Le règne social de Jésus-Christ est l’objet de la lettre encyclique Quas Primas du pape Pie XI (11 décembre 1925) qui institua la « fête » du Christ-Roi (n. 19) afin qu’un « culte public » lui soit rendu (n. 20). En effet, le Christ est roi : il l’a explicitement dit à Ponce Pilate (Jn, 18, 37) ainsi qu’à ses disciples (Mt, 25, 31-40). Il est bien entendu roi « au sens propre du mot » car, comme « Verbe de Dieu », il possède, « en commun avec le Père », « la souveraineté suprême et absolue sur toutes les créatures » (n. 5) : « son pouvoir royal repose sur […] l’union hypostatique » (n. 8). Mais, c’est bien au Christ dans sa double nature divine et humaine qu’il a été donné toute puissance au ciel et sur la terre (Mt, 28, 18).

Un royaume ne procédant pas de ce monde

Le Christ est « le Roi que les hommes ont reçu de Dieu » (n. 19). Il règne non seulement par « droit de nature » mais encore par « droit acquis » (ou de conquête) puisqu’il est le Rédempteur (n. 9) : il a racheté les hommes par sa Passion (n. 9) et « s’offre perpétuellement comme victime » dans le sacrifice de la messe (n. 11). Cependant, son royaume n’est pas de ce monde (Jn, 18, 36), c’est-à-dire qu’il n’en tire pas son origine. Le contraste n’est-il pas saisissant entre Jésus né dans une étable et Hérode qui, depuis son palais, ordonne le massacre d’enfants innocents (Mt, 2, 16) ? La souveraineté du Christ ne consiste donc pas en un régime politique. Le messie chrétien n’endosse pas le rôle d’un chef d’État, ce qui exclut la mise en place d’une théocratie, même exercée par le souverain pontife, vicaire du Christ. Puisqu’il faut rendre à César ce qui lui est dû (Mt, 22, 21), l’Église n’a pas à chercher à se substituer au pouvoir civil dont la nécessité est inscrite dans la création divine. Au cours de sa vie terrestre, Jésus a refusé les honneurs extérieurs de la royauté temporelle : il a « dédaigné la possession et l’administration des choses humaines » (n. 12). Le royaume…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Guillaume Bernard

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseLiturgie

La pause liturgique : Offertoire Benedicite gentes (dimanches après Pâques)

Le texte de cet offertoire unit trois versets (8, 9 et 20) du beau psaume 65 (66 selon l’hébreu) qui est tout entier un chant de louange, une invitation universelle à célébrer le Créateur et le Rédempteur de son peuple. C’est un 2ᵉ mode, relativement long, très calme, très serein, qui court un peu le risque de la monotonie si on ne prend pas soin de mettre en valeur les quelques saillies mélodiques.

+

grégorien louis-marie vigne offertoire
À la uneÉglise

L’Italie a enfin son pèlerinage de Chartres

À la suite de Notre-Dame de Chrétienté, en France, et de Nuestra Señora de la Cristiandad, en Espagne, le pèlerinage Nostra Signora della Cristianità s’est élancé pour la première fois sur les chemins d’Italie du 25 au 27 avril. Les pèlerins, dont de nombreux étrangers, ont relié Rome à Subiaco, où se trouve la grotte de saint Benoît, le père du monachisme. 

+

Italie pèlerinage
À la uneÉgliseMagistère

Vatican, guerre et paix (1/3) : La papauté au risque de la guerre et de la paix

DOSSIER « Guerre et paix : l’Église peut-elle (encore) jouer un rôle ? » | Dans un livre récemment paru, Guerre et paix : les papes de Léon XIII à Léon XIV, Clément Millon, docteur en histoire du droit, se penche sur les rapports de la papauté à la vie internationale, depuis Léon XIII jusqu’à aujourd’hui. Une étude qui prend un relief particulier en raison de l’évolution de la guerre en Iran, déclenchée par les États-Unis de Donald Trump et Israël. Entretien avec Clément Millon.

+

GUERRE ET PAIX