L’impôt, légitime ?

Publié le 07 Déc 2022
impôt

Crédit photo : CC BY-SA 3.0, Benjamin Smith

Relancée par un fait divers dramatique, la réflexion sur la légitimité de l’impôt n’est pas nouvelle. Saint Thomas d’Aquin a évoqué le sujet, qui renvoie au devoir des citoyens envers la communauté politique mais aussi à la justice qui leur est due.

  L’émotion suscitée par le meurtre d’un agent du fisc le 21 novembre dernier, lors d’un contrôle, meurtre prémédité et réalisé dans des conditions particulièrement violentes, avec séquestration de sa collègue, a été relayée de manière importante par les médias. Sans pouvoir entrer dans une explication factuelle – il faudrait pour cela connaître exactement les circonstances de cet assassinat suivi du suicide du meurtrier –, cet événement a provoqué des débats sur la légitimité de l’impôt. Il est à noter que le désespoir de beaucoup de personnes face à des pressions fiscales peut pousser à des actes radicaux, notamment et surtout le suicide. On pense par exemple à celui des agriculteurs. À telle enseigne que le gouvernement avait présenté en 2020 une feuille de route sur la « prévention du mal-être et d’accompagnement des agriculteurs en difficulté ». On sait que le métier est difficile et que la pression des administrations et des banques conduit à des issues fatales. En l’occurrence, pour le fait divers concernant l’agent du fisc, le débat a porté très rapidement sur la légitimité de l’impôt et donc des contrôles et des mécanismes souvent impitoyables des administrations fiscales. D’une manière générale (quant aux principes communs de la justice), que la puissance publique puisse prélever un impôt a toujours été vu comme légitime, c’est-à-dire conforme à ce que ceux chargés du bien commun peuvent faire pour exercer leurs tâches. Cette légitimité néanmoins n’est pas dans la doctrine traditionnelle, par exemple chez saint Thomas d’Aquin, un absolu, un principe universel et nécessaire mais une utilité relative au bien commun dans le concret de son existence, des situations contingentes et circonstanciées (1). Ainsi, comme toute charge concernant la chose publique (res publica), au sens noble du terme, le prélèvement de l’impôt demande nécessairement plusieurs conditions, quant à sa finalité et quant aux moyens employés. L’époque moderne n’échappe pas à cela, et même un penseur libéral comme Alexis de Tocqueville l’avait indiqué, pressentant les dérives despotiques des régimes dits démocratiques, décrivant un « (…) pouvoir immense et tutélaire (…), souverain (qui) étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Michel Boyancé

Ce contenu pourrait vous intéresser

Société

Clarification sur la labellisation des médias

C’est logique ! de François-Marie Portes | À l’heure où la « labellisation » des médias s’impose dans le débat public, la distinction entre information et opinion est souvent invoquée comme une évidence. Or cette séparation est plus fragile qu’il n’y paraît : toutes deux relèvent du même ordre du discours et ne se distinguent que par leur rapport à la preuve et à la certitude.

+

label médias
À la uneSociétéFin de vie

La Fondation Jérôme Lejeune mobilise contre l’euthanasie

Lancée au début du mois de décembre par la Fondation Jérôme Lejeune, la pétition « Euthanasie : ne nous laissons pas abattre ! » a mobilisé en quelques semaines plus de 12 000 signataires. Ce chiffre n'est pas un simple indicateur de mobilisation : il dit quelque chose de plus profond sur l'état du débat public français autour de la fin de vie et il appelle à être amplifié, par la signature et le relais de cette pétition, alors que le calendrier parlementaire s'accélère.

+

fondation Lejeune euthanasie
SociétéAgriculteurs

Colère paysanne et hiver agricole

Alors que notre agriculture traverse les jours les plus noirs de son histoire, l’abattage stalinien des bovins et la violente répression para-militaire l’accompagnant ont choqué la France entière. Pendant ce temps, le ministère de l’Agriculture continue à se partager entre surdité et absurdité.

+

crise agricole paysan