Instrumentum Laboris : un document préparatoire alarmant 

Publié le 05 Juil 2023
Instrumentum Laboris
Que renferme le document de travail préparatoire publié le mois dernier ? Dans une démarche marxisante, pas de définitions mais une insistance sur une dynamique à mettre en place, des « questions de discernement » à poser, une volonté de renversement de la hiérarchie de l’Église, le tout supposément guidé par « la conversation dans l’Esprit »… Explications. 

 

Le mercredi 20 juin, le secrétariat du Synode des Évêques* a publié son deuxième Instrumentum Laboris (instrument de travail) destiné à la préparation de la première session de la XVIe Assemblée générale ordinaire d’octobre prochain. Présentées comme un document d’orientation des travaux, les soixante pages se veulent être la synthèse des deux étapes précédentes du Synode sur la synodalité, initié le 10 octobre 2021 par le pape François.  

Les diocèses du monde entier avaient déjà été mobilisés autour de la première question : « Comment se réalise aujourd’hui, à différents niveaux (du niveau local au niveau universel), ce “marcher ensemble” qui permet à l’Église, conformément à la mission qui lui a été confiée d’annoncer l’Évangile ; et quels pas de plus l’Esprit nous invite-t-il à poser pour grandir comme Église synodale ? »   

Les différents épiscopats ont ensuite soumis leurs synthèses nationales en août 2022 au secrétariat du Synode, à Rome. Le 24 octobre 2022, un premier document de travail intitulé « Élargis l’espace de ta tente » (Is, 54,2), avait été renvoyé pour préparer l’étape continentale du processus, achevée en mars dernier.  

Le 11 janvier dernier, l’hebdomadaire The Spectator avait publié un article posthume du cardinal Pell, décédé la veille, où il qualifiait la synthèse de « l’un des documents les plus incohérents jamais envoyés par Rome ». Durant cette période, la Conférence des évêques des Philippines (CBCP) a également dû rappeler l’impossibilité pour un catholique d’être franc-maçon, au moment où certains d’entre eux auraient participé aux travaux préparatoires du Synode.  

Le 26 avril dernier, le pape François a adressé une lettre aux responsables des assemblées continentales indiquant que, pour la première fois, 21 % des délégués votant au prochain Synode des Évêques seront des « non-évêques », soit 70 ecclésiastiques ou laïcs choisis par le Saint-Père dans une liste de 140 représentants présélectionnés et respectant la parité hommes-femmes.  

La synthèse du mois de juin a été rédigée par un comité de 22 personnes. Elle est divisée en deux parties, la première revenant sur l’étape continentale, esquissant les caractéristiques d’une Église synodale à construire, évoquée à répétition tout au long des pages, et son fonctionnement.  

La définition de cette Église n’est à aucun moment clairement établie et il est même précisé que l’enjeu « n’est pas de produire des documents mais d’ouvrir des horizons d’espérance pour l’accomplissement de la mission de l’Église ». L’objectif n’est donc plus de définir des vérités à connaître, à observer, à suivre, mais de mettre en place une dynamique, un mouvement. Une approche similaire à celle du marxisme niant l’existence d’une vérité et davantage intéressé par la mise en œuvre, la praxis.  

L’absence de toute définition s’accorde parfaitement à l’ensemble de la démarche, très libérale, où de nombreux points pourtant déjà fixés par le Magistère de l’Église sont librement remis en question. Ainsi le pluralisme total se présente comme l’état d’esprit général dans le processus synodal, comme le père Karl Rahner le souhaitait en 1968 : « la théologie du futur sera marquée par un pluralisme notable et désormais insurmontable de théologies ». Un nouvel enseignement était en effet devenu nécessaire car, selon lui, « les énoncés de foi traditionnels sont inadéquats, en bonne partie au moins en ce qui concerne ce qui est nécessaire avant toute autre chose : l’annonce de la foi » (1). 

Dans la deuxième partie, l’Instrumentum Laboris offre une suite de 15 fiches de travail avec des « questions de discernement » et présente une série d’interrogations dont certaines sont alarmantes. Ces feuilles pratiques seront utilisées pour guider les discussions, qui auront lieu dans la salle Paul VI à Rome, en octobre prochain. Les séances de travail alterneront entre des circuli minores, petits groupes d’échanges, et des sessions plénières.  

Les principaux axes d’étude s’articulent autour de trois thèmes : communion, mission et participation. Concernant la communion, il est suggéré de s’interroger sur l’accueil des « personnes qui se sentent exclues de l’Église en raison de leur affectivité et de leur sexualité (par exemple, les divorcés remariés, les personnes vivant dans les mariages polygames, les personnes LGBTQ+, etc.) » (IL, B 1.2, question 6) ou bien : « quels sont les espaces disponibles pour que les cultures minoritaires et migrantes puissent s’exprimer dans les églises locales ? » (IL, B 1.5, question 2).  

Les questions de discernement étudiant la responsabilité dans la mission évoquent la révision de la discipline sur l’accès au presbytérat d’hommes mariés (IL, B 2.4, question 9), impliquant l’abandon des enseignements de l’Église sur le célibat sacerdotal. Les laïcs sont aussi proposés pour assumer la charge de « responsable de communauté » (IL, B 2.4, question 8), remplaçant tout simplement les prêtres. Il est également demandé une étude de l’accès des femmes au diaconat. Le point a pourtant été résolu de manière définitive par le pape Jean-Paul II, dans la lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis du 22 mai 1994. 

En outre, le processus de cette « Église synodale missionnaire » propose d’inverser les rapports d’autorité et de mépriser de la divine constitution de l’Église, suggérant que « la convergence de plusieurs groupements d’Églises locales (Conseils particuliers, Conférences épiscopales, etc.) sur une même question » (IL, B 3.4, question 4c) pourrait obliger le Pape à les adopter. Les pistes de réflexion autour du pouvoir ecclésial sont également construites dans une ligne générale de dislocation de l’autorité épiscopale, préparent un exercice« moins exclusif du rôle des évêques ».  

Enfin, le document de travail détaille comment le discernement des participants au Synode serait éclairé grâce à une méthode appelée « conversation dans l’Esprit », ou bien « méthode synodale », adoptée au cours de la première phase. Il est ainsi demandé si ce nouvel outil peut permettre le renouveau dans les prises de décision, avec une modification du droit canon facilitant ce processus.  

La session automnale sera conduite par Mgr Jean-Claude Hollerich, rapporteur général du Synode, qui a récemment exprimé la nécessité d’ordonner des femmes et son doute sur le caractère « intrinsèquement désordonné » de l’homosexualité. Le cardinal Mario Grech sera également présent en tant que secrétaire général du Synode des Évêques. En 2016, il était l’un des deux évêques maltais auteurs de la proposition à destination d’Amoris Laetitia, suggérant de permettre la communion aux divorcés remariés.  

Malgré de nombreuses réactions publiques des prêtres et laïcs sidérés dans les jours qui ont suivi la parution du document de travail, les évêques tardent pour le moment à réagir.  

 

  1. Karl Rahner, Sacramentum mundi, Burnes and Oates, 1970, 8, col. 345.

 


 

*Le Synode des Évêques : une création récente

Le Synode des Évêques est une institution permanente, établie par Paul VI en septembre 1965, au cours de la quatrième et dernière session du concile Vatican II. Créé par le motu proprio Apostolica sollicitudo, il s’agit d’un corps consultatif établi par le Pape, sous sa direction et pour son soutien. Il est constitué d’évêques nommés principalement par les conférences épiscopales, convoqués ensuite par le Saint-Père.

Le Synode est directement soumis à l’autorité pontificale. Il appartient au Pape de convoquer les évêques, ratifier le choix des membres, préciser l’ordre du jour, présider l’assemblée lui-même ou la faire présider par un autre, de conclure le Synode, le transférer, le suspendre et le dissoudre (can. 344). Il est ensuite réuni sous la forme d’Assemblée générale (ordinaire, extraordinaire ou spéciale).

Depuis 1971, un Conseil ordinaire de la Secrétairerie générale, composé de douze évêques élus et de trois personnes désignées par le Pape, est constitué à chaque synode en vue de préparer le suivant.

 

> A voir également  Évêques, Synode : Le regard de Mgr Schneider et du Club des Hommes en Noir

 

 

Maitena Urbistondoy

Maitena Urbistondoy

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