Interdiction de l’abaya : mesurette ou miroir aux alouettes ?

Publié le 31 Août 2023
abaya

Le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, vient d’interdire l’usage de l’abaya à l’école. Cette longue « sur-robe » des Bédouines couvre tout le corps sauf le visage et les mains. Pour le jeune ministre de 34 ans, socialiste en sa jeunesse puis chouchou de la macronie, le fait de revêtir l’abaya est un «geste religieux, visant à tester la résistance de la République sur le sanctuaire laïque que doit constituer l’école». Or un « sanctuaire » est religieux : la laïcité de la République est bien religieuse et elle ne tolère ni la dissidence ni l’hérésie ni, à plus forte raison, les religions concurrentes. L’islam en l’occurrence : si l’abaya n’est nullement un vêtement religieux, quoiqu’elle serve notamment à préserver la modestie que la religion musulmane impose aux femmes jusqu’à l’extrême, elle indique incontestablement une appartenance religieuse. Seuls 150 établissements sur près de 60 000 seraient cependant touchés par le phénomène, aux dires d’une note de service de l’État révélée le 24 août par Europe 1. En annonçant sur TF1, le 27 août dernier, cette décision, qui devrait se traduire par des consignes de pré-rentrée aux chefs d’établissement, Gabriel Attal a expliqué : «Vous rentrez dans une salle de classe, vous ne devez pas être capable d’identifier la religion des élèves en les regardant.»  On retrouve là l’hostilité laïciste à l’égard du fait religieux, qui conduit à vouloir faire de l’école de la République une fabrique d’athées. Entreprise largement réussie, puisqu’à la date d’un sondage Ifop-Sud Radio, en avril dernier, 56 % des interrogés affirmaient ne pas croire en Dieu, et même 64 % dans la tranche des 18-24 ans. L’approche du ministre Attal, certes marqué par ses ascendances juive tunisienne par son père et russe orthodoxe par sa mère, est celle d’un post-moderne exemplaire, lui qui a eu successivement une compagne (la chanteuse Joyce Jonathan) et un compagnon, le député européen Stéphane Séjourné, avec lequel il est pacsé. La décision de Gabriel Attal est en cela contestable par toute personne qui revendique l’importance de sa foi et de son identité religieuse. La même suspicion pourrait s’abattre demain sur n’importe quel choix vestimentaire dicté par des considérations liées à la religion. La jupe sous le genou pour la catholique traditionnelle, par exemple. Quid alors de la liberté ? Lorsque La France insoumise a annoncé le 29 août la saisine du Conseil d’État, au motif que l’interdiction est «dangereuse et cruelle» à l’égard des «jeunes femmes de confession musulmane», ce n’est pourtant pas par…

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Jeanne Smits

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