La colère, passion mauvaise ou sainte indignation ?

Publié le 07 Fév 2024
colère

Le Christ chassant les marchands du Temple (vers 1650), par Jacob Jordaens, Paris, musée du Louvre.

Le pape François poursuit sa catéchèse des vices et vertus, entamée en décembre. Ce 31 janvier, il évoquait la colère, une passion source de beaucoup d’autres péchés.

 

« Mettez-vous en colère, mais ne péchez pas », dit le Psaume 4. En effet, il faut toujours haïr le péché, tout en aimant les pécheurs. À ce sujet, on peut remarquer que notre société permissive fait exactement l’inverse. Quand le psaume dit : « mettez-vous en colère », il montre que la colère n’est pas forcément mauvaise et qu’il peut exister une colère juste. Les Psaumes n’emploient-ils pas d’ailleurs des expressions anthropomorphiques destinées à nous dépeindre la colère de Dieu ?

Le Pape, lors de l’audience de ce 31 janvier, préfère parler de « sainte indignation ». Celle-ci rend humain, alors que la colère détruit. C’est que, s’il peut bien y avoir une colère juste, il reste qu’il est très difficile alors de ne pas pécher. Comment se conduire en effet pour maîtriser sa colère et ne pas pécher ? L’expérience quotidienne prouve suffisamment que la mauvaise colère nous domine largement et qu’elle est bien le bourreau de notre âme. Rares sont ceux qui n’ont pas commis le péché de colère, comme rares sont ceux qui n’ont jamais dit du mal de leur prochain.

 

Un vice destructeur

La colère est un vice particulièrement sombre et pourtant facile à détecter. Elle est très visible et ne laisse aucun répit, quelle qu’en soit la forme. Elle est toujours agressive, se déchaîne contre le premier venu et même si elle se contient un temps, elle finit le plus souvent par éclater et rendre la vie des autres insupportable. C’est pourquoi elle est par excellence le vice destructeur des relations humaines, car elle fait perdre la lucidité et n’apaise jamais. Aussi faut-il la fuir comme la peste et prier pour que « le soleil ne se couche pas sur elle ».

Quoique nous entreprenions, nous ne devons jamais le faire sous l’effet de la colère, parce que la mauvaise colère exclut d’elle-même la charité, vertu théologale, sans laquelle non seulement la sainteté, mais la vie chrétienne elle-même est impossible. La colère est une passion, donc de soi ni bonne, ni mauvaise, mais qui, par sa tendance violente, nous porte à nuire. On peut donner de la colère la définition suivante : la colère est une passion de vengeance, née de l’appétit irascible et provoquée par une offense intérieure, qui se trouve surtout chez les orgueilleux et les sots.

Spirituellement, la colère tue, car elle ne laisse aucun répit. La colère provient des passions incontrôlées et du péché, mais elle provient également, de façon plus générale, d’un manque de mesure.

 

Maîtriser sa colère en contemplant la Passion

La colère n’engendre pas simplement la haine, elle ne blesse pas seulement la charité fraternelle. Elle est encore source de presque tous les péchés, de la gourmandise au désespoir et de l’orgueil à la haine. Il faut donc savoir maîtriser sa colère, même quand il s’agit d’une colère juste, car reprendre quelqu’un sous l’émotion, ne fait qu’exaspérer celui que l’on voudrait réprimer justement. Il faut savoir maîtriser sa colère qui, tôt ou tard, inexorablement nous conduirait à la vengeance ou à quelque autre crime. Savoir maîtriser sa colère, veut dire garder son calme, même si la bourrasque se déchaîne.

Pour maîtriser sa colère, le grand remède, bien sûr, est la contemplation de l’humanité du Sauveur, surtout dans sa sainte Passion. Lorsque l’on se sent envahi par la colère, pour quelque raison que ce soit, il faut contempler le Christ dans sa Passion. Associée à la contemplation de l’humanité du Christ, la prière en général et l’oraison en particulier sont de puissants remèdes contre la colère Et bien sûr, comme le Christ crucifié, il faut savoir toujours pardonner. Le pardon, comme la bienveillance, la douceur et la patience, est l’antidote de la colère.

Que Marie, qui pratiqua excellemment toutes les vertus, nous apprenne à toujours trouver la juste mesure des passions et à bien les éduquer, pour qu’elle nous oriente vers le bien et non vers le mal.

 

>> à lire également : Vitraux de Notre Dame de Capelou : la vie de Marie à livre ouvert

Un moine de Triors

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseLiturgie

La pause liturgique : Sanctus 16 (semaine du temps ordinaire)

Le Sanctus 16 est un des plus simples de toute la série. Il est daté du XIIIᵉ siècle et serait probablement d’origine anglo-saxonne. Il se présente comme une légère amplification d’une déclamation, et son caractère assez syllabique le range parmi les Sanctus les plus faciles à mémoriser et donc à chanter pour une foule. Il s’agit d’un 2ᵉ mode à l'ambitus assez restreint.

+

SANCTUS
Chroniques

Homos et cathos : l’Esprit contre l’Église ?

L’Essentiel de Thibaud Collin | Alors que le Groupe d’étude 9 du Synode sur la synodalité vient de faire paraître un rapport qui, selon le cardinal Willem Eijk, risque d’affaiblir l’enseignement moral de l’Église, en particulier sur les questions liées à l’homosexualité, un livre paraît en France qui va dans le même sens. Sous un titre explicite, Homos et cathos, il appelle l’Église à rien de moins qu’à changer de doctrine en la matière, le vécu de chacun devenant la mesure de tout le donné chrétien.

+

homos et cathos église
ÉgliseLiturgie

La pause liturgique | Kyrie 16 (jours ordinaires)

Le Kyrie 16 est le plus bref puisqu’il tient sur deux lignes de portée à peine. Il est daté des XIe-XIIIe siècles, mais il remonte sans aucun doute beaucoup plus haut et sa modalité est très archaïque. Il est marqué en 3ème mode et suit un schéma extrêmement simple : abaa’.

+

kyrie