La fierté familiale contre la massification

Le pape Pie XII avait déjà vu qu’un peuple sans identité se manipule comme une masse amorphe. À l’exploitation des instincts et des passions éphémères de la foule, la famille oppose justement des esprits enracinés dans le réel et éloignés de l’idéologie à travers une juste idée de leurs qualités propres.

La force n’est pas d’abord physique, elle suppose une vision claire de la fin, du but à atteindre, et en second lieu la mise en œuvre prudente des moyens pour y parvenir. Dans la famille, afin que les membres ne soient pas comme des bouchons sur la vague, variant au gré des vents et des marées, il faut une incarnation des valeurs qui font une communauté. Ce sont les traditions familiales qui permettent à chacun de développer sa personnalité au service des autres. Le service des autres est la finalité qui justifie l’exercice du pouvoir (ce n’est pas le pouvoir pour dominer et asservir). La transmission est l’appropriation par les exemples des actes posés : toutes ces petites actions conduisent peu à peu à forger une unité, une originalité qui est la marque de chaque famille.

Cela suppose le respect du réel, une éducation à la vérité. « Quiconque aime la vérité déteste l’erreur et cette détestation de l’erreur est la pierre de touche à laquelle se reconnaît l’amour de la vérité » (1). Cet amour de la vérité qui génère une véritable humilité est effectivement une marque de toute famille chrétienne qui prend racine dans la doctrine catholique.

Ce respect de l’ordre voulu par Dieu dans sa création mène à une intelligence en prise avec le réel et à une soumission de cette intelligence à la volonté de Dieu : elle éloigne de l’idéologie et de l’orgueil.

L’éducation familiale, l’exemple donné par les grands-parents et les aïeux dont on transmet de génération en génération le souvenir sont la colonne vertébrale de cette fierté familiale.

Des vecteurs de souvenirs

C’est pourquoi il est bon que les grands-parents veillent à être les vecteurs des souvenirs édifiants. Ce sont les racines nécessaires à la croissance des jeunes générations. Ils aident à répondre à cette question existentielle : qui suis-je ? La transmission, l’évocation de cet héritage immatériel par les grands-parents aident puissamment à la construction de la personne, des enfants et des petits-enfants. À l’inverse de beaucoup, qui ressemblent plus à des prolétaires, sans attachement, sans vie propre. Les grands-parents, par leur exemple, par leur témoignage de vie, peuvent être des auxiliaires précieux de l’éducation donnée par les parents : la fierté de partager un bel héritage.

Les moyens de massification abondent aujourd’hui et pour certains semblent vitaux ! Il n’est que de constater la présence de la connexion aux réseaux sociaux (véritable laisse électronique). Un des auteurs de ces systèmes raconte s’être relevé un soir car il avait oublié son téléphone mobile dans sa voiture, s’avouant lui-même victime de l’addiction qu’il avait créée (2).

Massification, anonymat et dépersonnalisation ! « Peuple et multitude amor­phe, ou comme on a coutume de dire, “masse”, sont deux concepts différents. Le peuple vit et se meut par sa vie propre ; la masse est en elle-même inerte, et elle ne peut être mue que de l’extérieur. Le peuple vit de la plénitude de la vie des hommes qui le composent, dont chacun – à la place et de la manière qui lui sont propres – est une personne consciente de ses propres responsabilités et de ses propres convictions. La masse, au contraire, attend l’impulsion du dehors, jouet facile entre les mains de quiconque en exploite les instincts et les impressions, prompte à suivre, tour à tour, aujourd’hui ce drapeau et demain cet autre. » (3)

Pour leur part, à leur place, les grands-parents sont les instigateurs d’une vie organique au sein de la famille : fierté d’appartenir à une lignée dynamique, remède à la massification dont Pie XII dénonce les méfaits.

 

  1. Ernest Hello, L’Homme, Perrin, 1941.
  2. Derrière nos écrans de fumée : film-documentaire de 2020 à voir absolument pour se rendre compte de ce que disent des experts en technologie sur les conséquences alarmantes des « réseaux sociaux » (accessible sur Internet).
  3. Pie XII, 24 décembre 1944, discours sur la démocratie.

 

Marc et Maryvonne Pierre

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