La grande fête de la Pentecôte

La grande fête de la Pentecôte L'Homme Nouveau

La Pentecôte, qui commémore l’effusion de l’Esprit Saint sur les Apôtres, demeure l’une des trois plus grandes fêtes chrétiennes. Comme Pâques, la Pentecôte était déjà au cœur du calendrier juif. Fête des moissons ou fête des semaines, elle se célébrait sept semaines après la Pâque. Le caractère agricole de cette fête des prémices de la récolte se manifeste encore par la célébration des quatre temps d’été. Mais comme Pâques, cette fête reçut une interprétation spirituelle liant sa célébration au don de la Torah au Sinaï qui, lui-même, annonçait le don du Saint-Esprit fruit du mystère pascal du Christ. Les Juifs avaient l’habitude de lire pour cette fête le charmant livre de Ruth parce que l’épisode se déroule au moment de la moisson de l’orge. Pour nous chrétiens, ce livre annonce aussi, par la Moabite Ruth devenue l’aïeule de David, l’universalité du salut et le début de l’évangélisation des païens.

Les papes ont toujours aimé solenniser cette fête qui marque de fait le début de l’Église et le rayonnement de la sainteté à travers le monde. C’est à l’occasion de la Pentecôte, lors de son premier voyage en Pologne en 1979, que Jean-Paul II lançait au monde entier son vibrant appel sur le sens chrétien de l’Histoire : « On ne peut exclure le Christ de l’histoire de l’homme en quelque partie que ce soit du globe, sous quelque longitude ou latitude géographique que ce soit. Exclure le Christ de l’Histoire de l’homme est un acte contre l’homme. Sans lui, il est impossible de comprendre l’Histoire de la Pologne et l’Histoire des hommes. » Comme l’ont répété les derniers papes, surtout Benoît XVI, on ne peut gommer la Croix du Christ. Sans elle, il n’y aurait eu ni Pâques, ni Pentecôte.

Fête de la sainteté

La Pentecôte est la fête de la sainteté. En effet, selon saint Paul (Rm 8, 14), « ceux qui sont mus par l’Esprit Saint, ceux-là seuls sont fils de Dieu ». L’Esprit renouvelle la face de la terre et nous devons tous être renouvelés et sanctifiés par Lui et en Lui. Toute l’homélie du Pape est centrée sur ce sujet. Il rappelle fortement que le monde a besoin d’hommes et de femmes qui ne soient pas fermés dans un égoïsme malsain qui ne peut venir que du diable, mais soient remplis de l’Esprit Saint, pour demeurer en Jésus et dans la Sainte Trinité entière, « mes Trois », selon l’expression de la bienheureuse Élisabeth de la Trinité. Se renfermer sur soi, et il y a tant de façons de le faire souligne le Pape, est une preuve de manque de liberté. Et c’est le péché qui en est la cause. Tout le discours après la Cène, sur lequel s’appuie le Pape, est comme un concentré sur l’envoi et sur le rôle du Saint-Esprit, pourtant grand méconnu de la vie spirituelle. Et comme toujours, l’homme doit faire un choix qui passe par une lutte sans merci si bien mise en lumière par le quatrième Évangile : lutte entre la chair et l’Esprit, entre les ténèbres et la lumière, entre la haine et l’amour. Cette lutte trouve son apex dans le Mystère pascal du Christ. Le monde, au sens johannique du terme, haïra les disciples du Christ, comme auparavant il a haï le Maître. Le destin des Apôtres sera semblable à celui de Jésus. Et la persécution est le lot de l’Église née le jour de la Pentecôte. À la délégation du Moyen-Orient venu pour la canonisation, le Pape François l’a rappelé en précisant qu’à côté de la persécution rouge du martyre, il y avait la persécution blanche, celle du terrorisme en gants blancs. Demandons à Marie, épouse de l’Esprit Saint, de bien comprendre et surtout de mettre en pratique ce riche et lumineux enseignement du Pape contenu dans son homélie pour cette fête de Pentecôte.

Homélie du Pape François : 

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie… Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 21.22), nous dit Jésus. L’effusion qui a eu lieu le soir de la Résurrection se répète le jour de Pentecôte, renforcée par d’extraordinaires manifestations extérieures. Le soir de Pâques, Jésus apparaît aux Apôtre et souffle sur eux son Esprit (cf. Jn 20, 22) ; le matin de la Pentecôte, l’effusion se produit de façon retentissante, comme un vent qui s’abat avec impétuosité sur la maison et fait irruption dans les esprits et dans les cœurs des Apôtres. En conséquent, ils reçoivent une énergie telle qu’elle les pousse à annoncer en différentes langues l’évènement de la Résurrection du Christ : « Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 4). Avec eux se trouvait Marie, la Mère de Jésus, la première disciple, et ici Mère de l’Église naissante. De sa paix, de son sourire, de sa maternité, elle accompagnait la joie de la jeune Épouse, l’Église de Jésus.

La Parole de Dieu, spécialement celle d’aujourd’hui, nous dit que l’Esprit agit, dans les personnes et dans les communautés qui en sont remplies, il les rend capables de recipere Deum, « capax Dei », disent les Pères de l’Église. Et que fait l’Esprit Saint par cette nouvelle capacité qu’il nous donne ? « Il conduit dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13), « renouvelle la face de la terre » (Ps 103) et « donne ses fruits » (Ga 5, 22-23). Il conduit, il renouvelle et il fructifie.

L’esprit de vérité

Dans l’Évangile, Jésus promet à ses disciples que, lorsqu’il sera retourné au Père, il enverra l’Esprit Saint qui les « conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13). Il l’appelle vraiment « Esprit de vérité » et il leur explique que son action sera celle de les introduire toujours plus dans la compréhension de ce que Lui, le Messie, a dit et a fait, en particulier de sa mort et résurrection. Aux Apôtres, incapables de supporter le scandale de la passion de leur Maître, l’Esprit donnera une nouvelle clé de lecture pour les introduire dans la vérité et dans la beauté de l’événement du salut. Ces hommes, d’abord effrayés et bloqués, enfermés dans le Cénacle pour éviter les répercussions du vendredi saint, n’auront plus honte d’être disciples du Christ, ils ne craindront plus devant les tribunaux humains. Grâce à l’Esprit Saint dont ils sont remplis, ils comprennent « la vérité tout entière », c’est-à-dire que la mort de Jésus n’est pas sa défaite, mais l’expression extrême de l’amour de Dieu ; amour qui, dans la Résurrection, vainc la mort et exalte Jésus comme le Vivant, le Seigneur, le Rédempteur de l’homme, le Seigneur de l’histoire et du monde. Et cette réalité, dont ils sont témoins, devient la Bonne Nouvelle à annoncer à tous.

Ensuite, l’Esprit Saint renouvelle – guide et renouvelle – « renouvelle la face de la terre ». Le Psaume dit : « Tu envoies ton souffle… et tu renouvelles la face de la terre » (Ps 103, 30). Le récit des Actes des Apôtres sur la naissance de l’Église trouve une correspondance significative dans ce Psaume, qui est une grande louange au Dieu Créateur. L’Esprit Saint que le Christ a envoyé du Père, et l’Esprit créateur qui a donné la vie à toute chose, sont un seul et le même. C’est pourquoi le respect du créé est une exigence de notre foi : le « jardin » dans lequel nous vivons ne nous est pas confié pour que nous l’exploitions mais pour que nous le cultivions et le gardions avec respect (cf. Gn 2, 15). Mais cela est n’est possible que si Adam – l’homme formé de la terre – à son tour se laisser renouveler par l’Esprit Saint, s’il se laisse remodeler par le Père sur le modèle du Christ, nouvel Adam. Alors oui, renouvelés par l’Esprit, nous pouvons vivre la liberté des fils, en harmonie avec tout le créé, et nous pouvons reconnaître en chaque créature un reflet de la gloire du Créateur, comme l’affirme un autre psaume : « Ô Seigneur notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! » (8, 2.10). Il conduit, il renouvelle et donne, il donne du fruit.

Les fruits de l’esprit

Dans la Lettre aux Galates, saint Paul veut montrer quel est le « fruit » qui se manifeste dans la vie de ceux qui marchent selon l’Esprit (cf. 5, 22). D’un côté, il y a la « chair » avec le cortège de ses vices que l’Apôtre énumère, et qui sont les œuvres de l’homme égoïste, fermé à l’action de la grâce de Dieu. Au contraire, dans l’homme qui par la foi, laisse l’Esprit de Dieu faire irruption en lui, fleurissent les dons divins, résumés en neuf vertus joyeuses que Paul appelle « fruits de l’Esprit ». De là l’appel, répété en ouverture et en conclusion, comme un programme de vie : « Marchez sous la conduite de l’Esprit Saint » (Ga 5, 16.25).

Le monde a besoin d’hommes et de femmes qui ne soient pas fermés, mais remplis d’Esprit Saint. La fermeture à l’Esprit Saint est non seulement manque de liberté, mais aussi péché. Il y a tant de manières de se fermer à l’Esprit Saint : dans l’égoïsme de son propre avantage, dans le légalisme rigide ­ comme l’attitude des docteurs de la Loi que Jésus appelle hypocrites –, dans le manque de mémoire pour ce que Jésus a enseigné, dans le fait de vivre la vie chrétienne non comme service mais comme intérêt personnel, et ainsi de suite. Au contraire, le monde a besoin du courage, de l’espérance, de la foi et de la persévérance des disciples du Christ. Le monde a besoin des fruits, des dons de l’Esprit Saint, comme énumère saint Paul : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22). Le don de l’Esprit Saint a été accordé en abondance à l’Église et à chacun de nous, pour que nous puissions vivre avec une foi authentique et une charité active, pour que nous puissions répandre les germes de la réconciliation et de la paix. Fortifiés par l’Esprit – qui conduit, nous conduit dans la vérité, qui nous renouvelle, nous et toute la terre, et qui nous donne les fruits – fortifiés par l’Esprit et par ses multiples dons, devenons capables de lutter sans compromissions contre le péché et de lutter sans compromissions contre la corruption, qui s’étend toujours plus dans le monde de jour en jour, et de nous dévouer avec une persévérance patiente aux œuvres de la justice et de la paix. 

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