Béatification des martyrs de la Commune 1/4 : La longue marche des martyrs de la Commune

Publié le 19 Avr 2023
La colonne Vendôme à Paris, renversée pendant la Commune.

Otages des fédérés, pris en étau entre l’intransigeance cynique de Thiers et les communards les plus extrémistes, les victimes religieuses de la Commune attendaient la reconnaissance de leur martyre depuis cent cinquante ans. Des considérations politiques ont ralenti ce processus malgré les abominables et héroïques circonstances de leur supplice.   Entre le 24 et le 27 mai 1871, aux ultimes heures de la « Semaine sanglante » de la Commune, l’archevêque de Paris, vingt et un prêtres et religieux, un séminariste, huit laïcs employés d’une école catholique d’Arcueil furent massacrés « en représailles » des violences gouvernementales contre les insurgés, plus sûrement encore « en haine de la foi », ce qui est la définition du martyre. Pourtant, le 22 avril prochain, au terme d’une procédure tôt entamée mais qui aura connu bien des difficultés et duré cent cinquante ans, seuls cinq d’entre eux seront béatifiés. La faute aux aléas politiques… Ce matin du 26 mai 1871, dans l’est parisien où, reculant devant les troupes gouvernementales, les fédérés se sont retranchés avec les otages réunis dès avril à titre de monnaie d’échange éventuelle, personne ne nourrit plus d’illusion sur le dénouement de l’insurrection : dans quelques heures, la Commune aura vécu mais, comme le dit le préfet Rigault, jusqu’au-boutiste qui, fidèle à ses convictions, se fera tuer sur une barricade, ses opposants « crèveront » avec elle. Ses opposants ? Ils se résument, les vrais responsables ayant quitté la capitale pour se mettre à l’abri de « la canaille rouge », à quelques dizaines d’otages supposés représentatifs de l’ennemi de classe : magistrats, gendarmes, officiers, membres du clergé, de l’archevêque au séminariste, religieuses que d’ailleurs, les communards, lors de leur repli, ont renoncé à emmener et qui seront retrouvées saines et sauves. L’idée était de les échanger contre des prisonniers fédérés mais Thiers a refusé tout accord : « Les otages ? Tant pis pour eux ! » Ce cynisme n’a, politiquement, que des avantages. L’exécution des otages, inexpiable, commotionnera l’opinion, permettra l’écrasement impitoyable de la Commune, discréditera ses idées sociales généreuses. Et puis Thiers raflera les voix catholiques aux élections, alors qu’il déteste l’Église. Il faut donc impérativement pousser les insurgés au pire… Or beaucoup y répugnent. Y a-t-il eu des ordres donnés, après la prise de la porte du Point-du-Jour, à Boulogne, qui a livré Paris aux troupes gouvernementales, et leur progression rapide, de ralentir afin de laisser aux communards le temps de se replier et d’emmener les otages ?…

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Anne Bernet

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