La pause liturgie | Introït Gaudeamus (Solennité de la Toussaint)

Publié le 30 Oct 2021
La pause liturgie | Offertoire Pópulum húmilem (14ème dimanche ordinaire/8ème dimanche après la Pentecôte) L'Homme Nouveau

Réjouissons-nous tous dans le Seigneur en célébrant ce jour de fête en l’honneur de tous les saints. Cette fête cause la joie des anges ; ensemble ils louent le Fils de Dieu.
Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! Hommes droits, à vous la louange !

(Psaume 32, 1)

Thème spirituel

Rares sont les introïts qui n’empruntent pas leur texte à un passage de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Celui-ci est un exemple célèbre de ce qu’on appelle une composition ecclésiastique. Il a été composé pour la fête de Sainte Agathe, martyre sicilienne des tout premiers siècles de l’ère chrétienne. Ensuite, il a été transféré à la solennité de la Toussaint et aussi à diverses fêtes de la Sainte Vierge, en particulier son Assomption, avant que l’introït Signum magnum, composé pour la définition du dogme en 1950, ne le remplace dans le formulaire de la messe du 15 août.

C’est une invitation à la joie et à la joie universelle, celle de toute l’Église, aussi bien militante que triomphante. Ou plus exactement, l’Église militante exhorte ses enfants à unir leur voix et leur joie à la voix et à la joie des anges dans une même louange destinée non pas à la vierge martyre, ni même à la Sainte Vierge ni non plus à tous les saints du ciel, mais au Fils de Dieu, à Jésus de qui découle toute sainteté. On peut donc admirer la justesse théologique de ce texte qui enveloppe la gloire des saints dans celle du Verbe incarné.

Il est bon et réconfortant, au seuil d’une eucharistie, de se sentir entouré des anges qui célèbrent avec nous. Tout au long de la messe, les anges interviennent : le Glória, le Sanctus leur appartiennent aussi bien qu’à nous. Mais ici, la procession d’entrée se fait vraiment en leur compagnie et l’on pense inévitablement à la ronde des saints de Fra Angelico, où les anges et les saints se tiennent par la main avec une joie toute pure et dans la lumière de l’Agneau. Elle est si belle cette vision de la cité céleste qui sera un jour, nous l’espérons tous, notre cité éternelle !

On pense également ici au beau texte de l’Épître aux Hébreux (12, 18-24) comparant les deux alliances, celle, effrayante, scellée sur le Sinaïe, et celle, toute de douceur, scellée dans le sang de Jésus :

« Vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre. Car ils ne supportaient pas cette interdiction : Qui touchera la montagne, même si c’est un animal, sera lapidé. Le spectacle était si effrayant que Moïse dit : Je suis effrayé et tremblant. Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle, et vers le sang de l’aspersion, son sang qui parle plus fort que celui d’Abel. »

Lorsque nous chantons cet introït, avec son invitation à la joie, nous sommes tenus de répondre et de laisser nos soucis, nos peines, nos angoisses, afin de nous donner gratuitement et généreusement à la louange qui nous fait du bien. C’est par la foi seulement que nous rejoignons le chant de jubilation des anges que nous n’entendons pas de nos oreilles de chair. Mais cet effort pour nous établir dans la joie suppose une résolution préalable de renoncement à la tristesse, de décentrement par rapport à nous-même. C’est une vue de foi et un acte d’amour très méritoire qui peuvent nous aider à ne pas majorer nos épreuves du moment, à les délaisser au moins pour un moment, afin de nous consacrer tout entier à la louange de Dieu. Cet acte honore aussi les anges qui sont nos amis au quotidien et à qui sûrement nous faisons du bien aussi en les évoquant et en tournant vers eux notre regard.

Commentaire musical

Gaudeamus Partition

L’introït Gaudeámus est typique du 1er mode : il en a la légèreté et l’allant ; il en a le caractère paisible et même ici plutôt joyeux ; il en a l’intériorité et la délicatesse, même à travers ses mélismes nombreux qui le maintiennent dans un élan soutenu mais toujours sans éclat et procédant plus volontiers par degrés conjoints ; il en a les caractéristiques modales dès son intonation avec son appui sur la sous-tonique Do et sur la tonique Ré, et son intervalle de quinte Ré-La qui unit d’emblée la tonique et la dominante sur laquelle l’intonation se pose après avoir fait entendre le Sib et sa douceur si prégnante. Dom Baron résume bien l’atmosphère spirituelle de ce chant : « C’est une mélodie qui a plus de finesse que de grandeur ; un chant intérieur, une musique d’âme, à l’enthousiasme discret qui s’épanouit en sourire » (1).

Notons tout de suite que selon les manuscrits, ce Sib de l’intonation est parfois un Si naturel, et même parfois un Do, notamment dans les manuscrits d’origine allemande. Et on a remarqué avec finesse que plus on est au sud, en Italie par exemple, plus le Sib un peu plus nonchalant est présent dans les manuscrits ; et que plus on monte vers le nord et plus le Si naturel (en France) et le Do (en Allemagne) l’emportent avec des intervalles plus francs, ce qui tend à montrer l’influence du tempérament et du climat sur la musique.

Cette intonation est très fréquente en 1er mode : on la trouve dans de nombreuses antiennes, introïts, offertoires, communions, etc. Elle lance le mouvement et établit d’emblée la pièce dans la joie très simple qui, ici, colle parfaitement au texte et au contexte.

Les deux phrases qui composent cet introït ne dépasseront la quinte Ré-La que pour toucher à quelques reprises seulement ce Sib et le Do qui constitue à chaque fois le sommet mélodique de toute la pièce dont il est difficile de déterminer exactement l’apex.

Après avoir atteint le La sur la finale de gaudeámus, la mélodie ondule avec légèreté sur les mots omnes in, en procédant par degrés conjoints, ce qui permet de mettre en lumière l’intervalle de quarte Sol-Do sur l’accent, du coup bien appuyé, de Dómino, le reste de ce mot étant chanté avec beaucoup de légèreté et de legato, retrouvant parfaitement un déroulement léger de la mélodie par degrés conjoints, jusqu’à la fin de ce premier membre qui se fixe sur la dominante La. Le membre suivant, plus retenu, plus intérieur, plus calme, part du La initial qui sera son sommet, et descend vers le Fa puis vers le Ré. Cette double formule Ré-Sol-Sol-Fa-Fa de celebrántes, avec son caractère répétitif et insistant, met en valeur et en appui les deux accents de ce mot. Ce passage demande à être pris avec plus de largeur et sans précipitation. L’élan reprend sur les mots suivants, sub honóre avec un appui sur le Sol et une tierce La-Do qui fait retrouver le sommet joyeux de cet introït. Sommet éphémère puisqu’on redescend aussitôt vers le Sol, mais pour remonter à nouveau vers le Do, avec délicatesse cette fois car il s’agit de la syllabe finale de sanctórum, bien épanouie et douce, tout là haut. La phrase s’achève sur une cadence suspensive en La, mais qui a cette particularité de faire intervenir le seul Si naturel sur le mot ómnium, conférant à cette fin de phrase un caractère plus lumineux, plus chaleureux.

La seconde phrase n’apporte pas de grande nouveauté mais assure au contraire une belle continuité avec ce qui a précédé. Le mouvement est bien relancé avec le triple intervalle Fa-Sol de de quorum solemnitáte qui apporte en outre un bel effet de balancement, légèrement insistant, et qui conduit la mélodie avec élan et en crescendo vers l’accent de solemnitáte appuyé sur le Sol, et montant jusqu’au Do par l’intermédiaire du La, c’est une reprise de la mélodie de sub honóre dans la phrase précédente. La cadence se pose ensuite avec fermeté sur le Sol, mais on le sent bien depuis le début de cette seconde phrase, c’est le Fa qui joue ici le rôle de fondamentale : tout, en effet, se déploie à partir de cette corde : le début de la phrase, les mots gaudent et ángeli avec leur accent bien posé, le mot Fílium encore, tout près de la cadence finale. Tout au long des mots gaudent ángeli, la mélodie procède par degrés conjoints avec beaucoup de souplesse et de legato et vient également se poser sur le Fa d’où on repart avec élan sur la formule de et colláudant qui reprend celle de solemnitáte. Enfin, sur le tout dernier mot de la pièce, Dei, on retrouve le Ré que l’on n’avait pas entendu une seule fois depuis le début de la seconde phrase. Cette belle cadence par degrés conjoints invite à la courbure de tout l’être, dans un acte d’adoration qui conclut admirablement ce beau chant de joie.

Voilà un maître introït, tout en souplesse, en joie entraînante mais contenue, tout en mouvement mais paisible, tout en légèreté et en solidité à la fois. Ce chant célèbre qui nous introduit à merveille dans le mystère de l’Église, assemblée des saints unie à la prière des anges, mérite bien l’attachement des chanteurs qui éprouvent une grande joie à le retrouver, que ce soit le jour de la Toussaint ou à quelqu’une des fêtes de Notre-Dame, ou encore bien sûr le jour de la sainte Agathe pour lequel il a été composé.

1. Dom Baron, L’expression du chant grégorien, Kergonan, 1950, tome 3, page 152.

Pour écouter cet introït : ici.

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