Le parc du Puy du Fou obligé de tourner au ralenti

Le parc du Puy du Fou obligé de tourner au ralenti L'Homme Nouveau

Les activités touristiques et culturelles prennent de plein fouet les interdictions de rassemblement et de déplacement : au moment où la saison estivale aurait dû démarrer, les perspectives de déconfinement restent vagues et lointaines. Retour sur les risques majeurs que court un secteur essentiel pour l’économie, et pour le moral des Français, avec le directeur du plus emblématique des parcs à thème du pays.

Comment se porte le Puy du Fou pendant le confinement ? 

C’est un Puy du Fou au ralenti, comme toutes les entreprises et toutes les aventures françaises. La crise que nous traversons nous prive d’une partie de nos forces vives qui sont soit en télétravail, soit en chômage partiel. Compte tenu des circonstances, nous ne pouvons pas ouvrir.

Cela étant, nous poursuivons les travaux de création des nouveautés que nous devons présenter cette année : Les Noces de Feu, notre nouveau spectacle, Le Grand Siècle, notre nouvel hôtel, et le Théâtre Molière, notre palais des congrès. 

Nous étions censés ouvrir le 4 avril. Le confinement ayant débuté le 16 mars, il nous restait à l’époque trois semaines pour terminer les travaux. Les délais ont été allongés, la plupart des entreprises ayant dû se retirer dans un premier temps des chantiers afin de mieux appréhender les événements. Il a fallu plusieurs jours avant que ces entreprises puissent revenir au Puy du Fou terminer les travaux. Les mesures de sécurité supplémentaires s’additionnant aux effectifs réduits ont considérablement ralenti les chantiers qui, pour la plupart, sont terminés ou vont l’être dans les jours à venir. 

Le Premier ministre et le ministre de la Santé n’ont pas parlé de la culture dans la perspective du déconfinement. Est-ce le grand oublié de la pandémie ? 

Les grands oubliés sont à la fois la culture et le tourisme. À eux deux, ces secteurs représentent près de 10 % du PIB français, ce qui économiquement n’est pas négligeable. Il y a une autre forme d’économie qui n’a pas été prise en compte et qui pourtant caractérise notre secteur, celle de l’émotion et de l’émerveillement que nous participons à transmettre. La culture et le tourisme ce sont des lieux de retrouvailles, ce sont des lieux qui fondent une société. Ce sont ces lieux, ces aventures, ces entreprises qui ont été oubliés dans la conférence de presse du dimanche 19 avril qui a pourtant duré 2h30. Ce gouvernement n’est pas le premier à oublier notre secteur. Le tourisme est pourtant le secteur qui prend de plein fouet la crise. Je ne néglige pas les difficultés rencontrées par les autres entreprises, impactées par la situation que nous vivons, mais le tourisme sera le dernier secteur déconfiné. 

Il faut noter que la crise arrive au début de la saison estivale, au moment même où habituellement le tourisme lance son activité saisonnière. Cette activité saisonnière est irrattrapable. Ce qui a été perdu au mois d’avril ne sera pas récupéré au mois de mai ou lors des mois qui suivront. Le tourisme est un type d’activité économique qui propose énormément d’emplois en France (7,8 % du PIB), il souffre non seulement des fermetures des établissements de tourisme, de retrouvailles (restaurants, hôtels, etc.), mais ce secteur va souffrir encore davantage par l’absence d’échéances claires et de règles qui vont encadrer les réouvertures. 

Que souhaitez-vous ?

Nous attendons du gouvernement l’établissement de règles claires que nous pourrons ainsi mettre en place pour la réouverture des établissements de tourisme sous toutes leurs formes, restaurants et hôtels compris. 

Nous attendons également l’énoncé d’échéances précises. Le président de la République a annoncé le déconfinement pour le 11 mai. Il a précisé que celui-ci serait progressif. Par déconfinement, on entend d’abord la possibilité de circuler librement hors de chez soi. La circulation se fait dans des rues, des avenues, dans des espaces publics gratuits. Quelle différence entre un parc comme le Puy du Fou et une avenue parisienne ? Dans un cas nous sommes face à un espace public gratuit, dans l’autre nous sommes dans un espace accueillant du public, payant. Dans ce deuxième cas, il y a une organisation de la circulation des personnes par des professionnels, ce qui n’existe pas dans l’espace public.

Nous sommes prêts à appliquer des règles si elles sont claires et énoncées suffisamment en amont des réouvertures. Si des règles sont énoncées pour la circulation dans les rues et avenues des grandes villes françaises, nous proposons d’appliquer les mêmes règles car nous sommes assez peu différents dans la mesure où nous sommes dans un site de plein air avec des visiteurs qui passent d’un endroit à un autre au fil de la journée. 

Ce qui manque le plus aux Français pendant le confinement, c’est le lien social. La meilleure réponse à la fin du confinement, ce sont ces sites comme le Puy du Fou qui proposent des lieux de retrouvailles et d’émotion. 

Avez-vous des interlocuteurs au gouvernement qui peuvent prendre en compte vos requêtes ? 

Nous avons deux interlocuteurs principaux qui nous écoutent et prennent en compte nos analyses ainsi que notre appréciation de la situation : le président de la République et le secrétaire d’État chargé du Tourisme (Jean-Baptiste Lemoyne). Ce sont deux interlocuteurs efficaces, qui nous écoutent, nous comprennent et se battent dans le sens de ce que nous proposons avec tous nos confrères du secteur du tourisme. Nous ne nous battons pas seulement pour notre pré carré mais pour tout un secteur. 

Le Président a-t-il pris des engagements envers vous ? 

Emmanuel Macron s’est engagé à créer un fonds de compensation qui aura pour objectif de compenser les pertes de chiffre d’affaires des entreprises du tourisme et en particulier des entreprises indépendantes dont nous sommes. C’est-à-dire ces entreprises qui ne sont ni adossées à une puissance publique ni à un actionnariat étranger, par exemple. Ces entreprises privées qui ne peuvent puiser que dans leurs propres réserves et qui, n’ayant pas de magot secret, sont dans une situation de plus en plus compliquée et, sans amélioration de la situation, sont condamnées à une mort certaine. Il faut avoir conscience que si beaucoup d’entreprises ont pu reprendre leur activité, et nous nous en réjouissons, le secteur du tourisme est tout à fait à l’arrêt et son modèle économique saisonnier rend impossible le rattrapage du chiffre d’affaire perdu. 

Comment allez-vous essayer de compenser ces pertes au Puy du Fou ? 

Pour la Cinéscénie nous avons apporté une réponse claire et officielle en ajoutant des séances. Pour le Grand Parc, nous ne sommes pas en mesure de faire des annonces. L’hypothèse d’une ouverture cet hiver ne nous semble pas valable. Un certain nombre de nos spectacles sont en plein air, ce qui est un avantage pour lutter contre la propagation du virus mais un inconvénient lors des chutes de température. Nous nous sommes fixés comme règle de proposer tous nos spectacles, tous les jours, à nos visiteurs. Une règle exigeante que nous souhaitons respecter. 

Pour la Cinéscénie, vous semble-t-il envisageable de rouvrir malgré la proximité entre les spectateurs ? Allez-vous diviser vos capacités d’accueil ? 

Nous considérons qu’il faut ouvrir nos portes dans la mesure où la sérénité est là. Nous ne rouvrirons pas nos portes dans une demi-sérénité qui empêcherait les spectateurs de vivre pleinement l’émotion que nous proposons. Le Puy du Fou est une expérience qui se vit avec le cœur et l’âme, nous ne pouvons pas proposer cette expérience dans une demi-mesure. Ou nous avons la possibilité de rouvrir dans des conditions de sécurité sanitaire suffisante assurant la sérénité de tous, ou nous préférerons ne pas ouvrir. 

Avez-vous les moyens de faire face à une saison blanche ?

Le Puy du Fou se prépare à toutes les éventualités mais une saison blanche nous ferait courir de grands risques. Nous serions très fragilisés. 

Concernant Puy du Fou International, vos activités continuent-elles ? 

Nous avons une activité qui a repris en Espagne, nos travaux qui visent à ouvrir Puy du Fou España en 2021 ont repris et nos objectifs ne changent pas, et peuvent être atteints si la situation continue à s’améliorer. Du côté de la Chine, l’activité a repris depuis plusieurs semaines et a retrouvé un fonctionnement normal après avoir été très fortement impactée. Quant au spectacle que nous devions présenter pour la deuxième année, « El Sueño de Toledo » (le songe de Tolède), il ne peut pas être présenté pour l’instant, l’ouverture est repoussée jusqu’à ce que l’État espagnol et la province de Castille nous indiquent la date la plus raisonnable pour un accueil du public. 

C’est grâce à Puy du Fou International que vous avez pu acheminer au début de la crise du matériel médical, renouvellerez-vous l’opération ? 

C’est une opération unique parce que c’est une opération lourde. Nous avons voulu aider l’État dans un moment où, compte tenu des informations dont nous disposions, principalement par le biais de l’ambassadeur de France en Chine ou du consul général de France à Shanghaï, nous avions compris qu’il y avait quelques blocages dans l’acheminement des masques. Nous avons profité de nos relations et amitiés tissées en Chine pour contribuer à l’effort national en finançant 500 000 masques que nous avons pu acheminer par le biais de Santé Publique France, qui est l’organisme sous la responsabilité du ministère de la Santé, en charge de la distribution des masques en France.

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