Le sommeil : un terrain de jeu pour la vie de l’âme

Publié le 17 Mar 2023
sommeil

Le vendredi 17 mars se tient la 23ème journée nationale du sommeil. Indispensable au corps, le sommeil est aussi bien présent dans la Bible et laisse entrevoir un intérêt pour l’âme. Regardons-y de plus près.

 

« Entre le bœuf et l’âne gris, dors, dors, dors le Petit Fils ». L’image que nous donne ce fameux chant populaire est fort touchante et sied parfaitement à nos veillées de Noël. Cela est heureux car la vue de l’enfançon paisiblement endormi participe sans doute d’un innocent folklore mais se situe aussi dans la lignée d’une série de sommes bibliques des plus intéressantes !

« Au septième jour, il se reposa »

Notons pour commencer une vérité bien établie : c’est Dieu qui montre l’exemple du repos mérité, une fois la création achevée. Origine du sabbat chez les juifs et du repos dominical pour les chrétiens, cette trêve dans le labeur n’est pas une option pour le croyant mais véritablement un précepte. Tout bien réfléchi, cela est logique car si Dieu entend réserver un jour pour son culte et sa gloire, il montre aussi dès l’origine que le premier salaire de l’homme méritant est, à son exemple, de savoir se reposer : ne parlons-nous pas du sommeil du juste ?

Sage précepte car si le quiétisme est blâmable, l’activisme ne l’est pas moins : In medio stat virtus (dans le juste milieu se tient la vertu). Nous ne sommes pas des purs esprits et notre réalité charnelle nous rappelle souvent à l’ordre tant négliger notre sommeil nous fait prendre le risque de ne plus être capable de faire notre devoir correctement : qui veut aller loin ménage sa monture dit l’adage. Du reste, ce n’est pas un hasard si la privation de sommeil est le premier procédé de torture, aux dires des témoignages des prisonniers des geôles communistes notamment…

Un terrain favorable

De l’échelle de Jacob aux songes de Joseph en passant par le rêve de Saint Pierre dans les Actes des Apôtres, voyons combien dormir peut être précieux. Dans son film Alexandre le Bienheureux (1968), Yves Robert cherchait à justifier la vengeance de son personnage principal, joué par Philippe Noiret, qui libéré d’un labeur excessif se vautrait dans l’oisiveté : vision problématique du sommeil alors qu’il est souvent choisi par Dieu comme terrain favorable pour ses révélations.

L’oisiveté est la mère de tous les vices ! Si une overdose de travail avait conduit le brave Alexandre à goûter des délices de la paresse, le sommeil du juste, lui, avait su présider aux destinées d’Israël et de l’Eglise. A un moindre niveau, qui n’a jamais expérimenté combien de saines inspirations pouvaient jaillir au milieu des nuits ? Ne disons-nous pas, à ce propos, que la nuit porte conseil ?

Le sommeil de Saint Pierre

Seulement voilà : il ne faut pas abuser des bonnes choses ! Le surdosage de sommeil nuit gravement à la santé de l’âme. La fatigue des apôtres au jardin des oliviers laisse Jésus seul dans son agonie et l’assoupissement des vierges folles sera cher payé. Le vice de la paresse est symptomatique du désordre moral : il ne nous indique certes pas que dormir serait immoral mais que s’habituer à l’excès en la matière est dangereux.

Déjà la médecine avertit-elle des désagréments encourus par celui qui abuse dans un sens comme dans l’autre ; mais la médecine de l’âme que l’on appelle « ascétique » n’est pas non plus avare de mises en garde. Dormir de trop engourdi l’entendement et nous rend plus sujets aux tentations : au passage notons que le mot « vigilance » vient du verbe latin « vigilare » qui veut dire « veiller » … En bref, si le sommeil est naturel et bénéfique en soi, il exige un esprit de mesure dans la quête du Ciel.

Et Jésus dormait

Le Christ, qui a partagé l’entièreté de notre nature excepté le péché, ne s’est pas montré un bon dormeur uniquement dans le cadre de la crèche. Sur le lac de Tibériade alors que la tempête faisait rage au point que les apôtres étaient convaincus d’un naufrage imminent, Jésus dormait à poings fermés … Souvent Dieu semble s’être endormi face aux maux du monde, de l’humanité et de l’Eglise.

Dans les temps troublés que nous traversons, cette dernière leçon biblique nous est plus que jamais précieuse : le sommeil de Dieu n’est consenti par lui que pour réveiller notre foi. Et si la résolution aux tribulations présentes se trouvait dans notre ferveur ? Soyons sûrs que cette ardeur sera récompensée un jour par un … repos éternel !

 

A lire également : Nocturnal monastique : pour prier la nuit avec les moines

Chanoine Alexis d’Abbadie +

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