> Spécial venue du Pape en France / Éditorial du Chanoine Pol Lecerf, icrsp
« Pénitence, pénitence, pénitence ! » : voici les paroles entendues à Massabielle en 1858 par la petite Bernadette, de la bouche de notre Mère du Ciel. Voici aussi les paroles que le pape Léon XIV est venu, il y a juste deux semaines, répéter à la France pour qu’elle se convertisse, pour qu’elle revienne à Dieu.
Le chemin de la perfection
Deux jours plus tôt, le stade de France était témoin d’un spectacle insolite. Les matchs de football et les écrans publicitaires avaient laissé place, pour un soir, à une immense veillée de prière en présence du Successeur de saint Pierre. Et il est certain qu’on retiendra, comme l’un des plus beaux moments de cette soirée mémorable, la magnifique évocation des milliers de bienheureux canonisés par l’Église et qui foulèrent jadis le sol de notre France.
Le Pape et les 80 000 jeunes venus le rencontrer ont vu défiler, sous leurs yeux éblouis et émus, les saints de notre pays, depuis l’arrivée de la barque de sainte Marie-Madeleine jusqu’à sainte Thérèse de Lisieux et à saint Charles de Foucauld, en passant par saint Remi, saint Martin, saint Louis apportant la Couronne d’épines, sainte Jehanne d’Arc chevauchant en armure, saint François de Sales, saint Vincent de Paul secourant les miséreux, sainte Germaine de Pibrac, sainte Thérèse de Lisieux, et tant d’autres !
Les dernières images, saisissantes, voient s’avancer ensemble ces saints de tous les temps, en une foule qui évoque celle que saint Jean contemple dans l’Apocalypse, et qui nous invite à mettre nos pas « dans les pas des Saints », pour suivre la route qu’ils nous tracent vers la céleste Jérusalem.
Le Saint Père ne nous a pas invités à autre chose en nous disant : « Vous êtes les saints de France ! » Mais cette sainteté est encore à conquérir. Se mettre « dans les pas des Saints », gravir le Chemin de la Perfection décrit par sainte Thérèse d’Avila, c’est emprunter la voie étroite de l’Évangile, c’est accepter de peiner et de souffrir, d’aller « ad lucem per crucem », à la Lumière par la Croix.
Voilà pourquoi l’accent du Pape s’est fait plus austère, au pied de la grotte de Massabielle, dimanche dernier. En bon augustinien, Léon XIV nous avertit : « C’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut » (1). Vicaire du Christ, le Pape a répété, après le divin Maître : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (Lc 13, 5).
Après mille transgressions
Dans un monde égoïste où l’hédonisme est roi, il semble presque anachronique de parler de pénitence. Mais, au-dessus des caprices des hommes, Dieu ne change pas. Et la loi éternelle, que certaines « lois » françaises prétendent fouler aux pieds depuis 1789, ne change pas non plus. Elle oblige tant que, note dom Jean de Monléon (2), « après mille transgressions, on n’a pas entamé le devoir».
Et force est de constater que les transgressions s’accumulent : le divorce, l’avortement, la dénaturation du mariage, l’euthanasie… Autant de fruits empoisonnés des principes révolutionnaires qui, aux droits de Dieu, ont voulu substituer les « droits de l’homme » – et de l’homme sans Dieu. Le Souverain Pontife nous a rappelé que « la Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi “pour les pécheurs” pour un monde qui va mal » (3).
Pénitence donc, pour nos propres péchés, mais pénitence aussi pour les péchés publics. Pénitence aussi sans doute pour l’apostasie cachée derrière les beaux discours. Pénitence enfin pour les atteintes au droit à la vie, droit si élémentaire qu’il ne peut qu’être le fondement de tous les autres, mais droit que le « serviteur des serviteurs de Dieu » a été obligé de rappeler devant le locataire de l’Élysée.
Merci, Très Saint Père
Merci, Très Saint Père, d’être venu visiter notre terre de France. Merci d’être venu nous rappeler que nous foulons le sol « de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces » (4), le sol de cette terre mariale que la Reine du Ciel, tant de fois, a daigné visiter. S’il est juste de dire avec Bainville que « tout a toujours très mal marché », il est juste aussi de dire que jamais Dieu n’est empêché de susciter des saints. Et avec le recul que donne l’esprit de foi, on voit bien que rien, hors le péché, ne peut nous ôter notre idéal, notre espérance, ni surtout l’amour de notre Dieu.
Merci, Très Saint Père, d’être venu visiter notre terre de France. Avec l’aide de la grâce, nous espérons avoir compris qu’il nous faut, aujourd’hui et non demain, faire pénitence pour nos péchés et pour ceux de notre pays ; qu’il faut, aujourd’hui et non demain, nous convertir et retourner à Dieu ; qu’il faut recourir à Notre-Dame, patronne de notre France ; qu’il faut enfin résolument mettre nos pas « dans les pas des Saints ».
1. Sermon de Lourdes, le 27 septembre. Cf. 2 Co 6, 2.
2. Dom de Monléon, Les Douze Degrés de l’humilité, Éditions pamphiliennes, 2005.
3. Sermon de Lourdes.
4. Sermon de Lourdes.
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