> Éditorial du Chanoine Alexis d’Abbadie d’Arrast (n° 1865)
Quel contraste ! Il y a un peu plus d’un mois, la France recevait le pape Léon XIV pour une visite apostolique de trois jours. Trois jours de joie et de paix. Trois jours pendant lesquels la Fille aînée de l’Église s’est rassemblée autour du Vicaire du Christ sur terre, vantant son glorieux passé avec l’époustouflant spectacle du Stade de France. Trois jours sur le thème tiré du sixième chapitre de l’Évangile de saint Jean : « Pour que le monde ait la vie. »
La vie : voilà l’essentiel du message apporté par le Pape non seulement en réponse aux lois sur l’euthanasie, au palais de l’Élysée et à Lourdes, mais peut-être davantage comme marque de l’authentique Église.
Un pays traumatisé
Mais quel contraste ! À l’instar des manifestations lycéennes, la France est devenue un théâtre de pillage et de mort. Certains ont fait le parallèle entre l’effondrement du beffroi de la mairie de Limoges et celui de la flèche de Notre-Dame de Paris en avril 2019. La comparaison a ses limites car l’incendie à Limoges était sans nul doute volontaire, mais l’image est dans les deux cas le symbole d’un pays traumatisé.
La mort : voilà le climat distillé par ces journées terribles. Si beaucoup y voient le fruit de la politique de ces dernières décennies – et nous ne pourrions leur donner tort ! – peu cependant s’interrogent sur des racines bien plus profondes…
Ce contraste entre vie et mort est pourtant présent depuis bien longtemps. La vie prônée par l’Église se heurte aux différentes lois fustigées par Jean-Paul II comme éléments d’une culture de mort : avortement, eugénisme… Puis, au moment où l’Église fête la Toussaint, ne sommes-nous pas empoisonnés par les défilés macabres d’Halloween ?
Et nous ne pouvons que rappeler le terrible écart entre le spectacle sur les saints au Stade de France et Marie-Antoinette décapitée pour l’ouverture des Jeux olympiques à Paris en juillet 2024. Nous avons comme l’empreinte naturellement bonne de l’Église, en décalage complet avec cette contre-civilisation échafaudée en France depuis maintenant au moins deux siècles.
Le rêve du grand soir
Peut-être certains verraient-ils dans le chaos le mal nécessaire en vue d’une société meilleure ; ils semblent être visés par ces paroles de Brassens dans sa chanson Mourir pour des idées dont je me plais à vous livrer une strophe :
« Encore s’il suffisait de quelques hécatombes pour qu’enfin tout changeât, qu’enfin tout s’arrangeât. Depuis tant de « grands soirs » que tant de têtes tombent, au paradis sur terre, on y serait déjà ! Mais l’âge d’or sans cesse est remis aux calendes, les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez, et c’est la mort, la mort toujours recommencée : mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente. »
Le rêve révolutionnaire que ce soit en 1789, lors de la Commune en 1870 ; que ce soit l’Octobre rouge en Russie ou en 1979 en Iran avec Khomeini : les lendemains ont toujours été les mêmes avec leurs lots d’horreurs.
Alors, faute de rechercher un rêve moderne pourquoi ne pas se retourner vers ce qui fonctionne vraiment ? Ce mois de novembre est comme encadré par la fête du Christ-Roi instituée au dernier dimanche d’octobre et déplacée par la réforme de Paul VI au dernier dimanche de l’année liturgique, fin novembre.

Église Saint-Trophime à Arles, tympan du Jugement dernier.
Revenir au Christ-Roi
Cela fait un siècle que Pie XI, dans son encyclique Quas Primas du 11 décembre 1925, a institué cette fête face aux dérives laïcistes jugées coupables des maux des sociétés. La reconnaissance de la royauté du Christ est désignée comme le remède pour sortir les pays de la mort :
« À l’heure où les hommes et les États sans Dieu, devenus la proie des guerres qu’allument la haine et des discordes intestines, se précipitent à la ruine et à la mort, l’Église de Dieu, continuant à donner au genre humain l’aliment de la vie spirituelle, engendre et élève pour le Christ des générations successives de saints et de saintes ; le Christ, à son tour, ne cesse d’appeler à l’éternelle béatitude de son royaume céleste ceux en qui il a reconnu de très fidèles et obéissants sujets de son royaume terrestre. »
La renaissance de notre société malade tient certainement au zèle du peu de chrétiens qui restent encore aujourd’hui. Le fait d’honorer le Christ-Roi dans nos familles et nos paroisses apparaît comme plus efficace que bien des programmes politiques. Et nous ne pouvons que reprendre le vœu si actuel de Pie XI dans la même encyclique :
« Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix – se répandraient infailliblement sur la société tout entière. »
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