Lors de la célébration de l’Épiphanie, le pape Léon XIV a clôt le Jubilé en fermant la dernière porte sainte, celle de la basilique Saint-Pierre. Dans son homélie, il a évoqué les millions de pèlerins de l’espérance venus à Rome cette année, à l’exemple des Mages venus de loin pour suivre l’étoile.
L’Évangile de l’Épiphanie nous décrit la grande joie des Mages lorsqu’ils revirent l’étoile, mais aussi le trouble ressenti auparavant par Hérode et tout Jérusalem en présence de leur recherche. Chaque fois qu’il s’agit des manifestations de Dieu, l’Écriture Sainte ne cache pas ce genre de contraste : joie et trouble, résistance et obéissance, peur et désir. Avec l’Épiphanie du Seigneur, nous prenons conscience que rien ne reste comme avant en sa présence. C’est le début de l’espérance. Dieu se révèle et rien ne peut rester immobile. Une certaine tranquillité prend fin.
Il est surprenant que ce soit Jérusalem qui éprouve le trouble. En son sein, ceux-là mêmes qui étudient les Écritures et pensent avoir toutes les réponses semblent avoir perdu la capacité de se poser des questions et de cultiver des désirs. La ville est effrayée par ceux qui viennent de loin, animés par l’espérance, au point de percevoir une menace dans ce qui devrait au contraire lui procurer beaucoup de joie.
Cette réaction interpelle également l’Église. Les Mages impressionnèrent toujours Benoît XVI. Ils lui ont fait découvrir que la science était insuffisante sans la sainteté qui n’existe pas sans humilité. Ainsi disait-il disait à la CTI :
« Les Rois mages d’Orient demandent à ceux qui sont compétents, aux scribes, aux exégètes le lieu de la naissance du Sauveur, du Roi d’Israël. Les scribes le savent, car ce sont de grands spécialistes ; ils peuvent dire immédiatement où naît le Messie : à Bethléem ! Mais ils ne se sentent pas invités à y aller : pour eux, cela reste une connaissance académique, qui ne touche pas leur vie; ils restent en dehors. Ils peuvent donner des informations, mais l’information ne devient pas formation de leur propre vie. »
Tout chrétien doit imiter le Christ serviteur et le Pape lui-même n’est que le Serviteur des serviteurs de Dieu. Pie XII disait lors de son message pascal de 1953 :
« Toute vie humble, si elle est vécue en Dieu, est une semence de réalités sublimes ; une symphonie éternelle, que la mort ne brise pas, mais épanouit ; et, sur la terre où tout passe, elle est un message de vie immortelle. »
En cette fête de l’Épiphanie, le Pape refermait la porte de la basilique Saint-Pierre. Le jubilé se terminait. La recherche spirituelle de nos contemporains pèlerins de l’espérance est sans doute bien plus riche que nous ne pouvons le comprendre. Elle nous interpelle avec une gravité particulière. Des millions de pèlerins ont franchi le seuil de l’Église.
Oui, les Mages existent encore. Ce sont des personnes qui acceptent le défi de risquer chacun son propre voyage, et qui, dans un monde tourmenté comme le nôtre, repoussant et dangereux à bien des égards, ressentent le besoin de chercher Jésus pour le trouver. Les pèlerins et nous-mêmes sommes des vies en chemin. L’Évangile engage l’Église à ne pas craindre ce dynamisme, mais à bien le saisir et à l’orienter vers Dieu qui l’inspire. Dieu peut nous troubler, car il ne reste pas immobile entre nos mains comme les idoles d’argent et d’or. Il est au contraire vivant et vivifiant, comme l’Enfant que Marie porte dans ses bras et que les Mages adorent.
Les lieux saints tels que les cathédrales, les basiliques, les sanctuaires, devenus des destinations de pèlerinage jubilaire, doivent diffuser le parfum de la vie, l’impression indélébile qu’un autre monde a commencé. La joie de l’Évangile libère et rend prudent, certes, mais aussi audacieux, attentif et créatif, en suggérant des voies différentes de celles déjà empruntées.
Les Mages nous apprennent à laisser notre âme scruter les arcanes divines et permettre à la Parole de Dieu de raviver le désir de notre recherche de Jésus et d’allumer ce désir pour voir Dieu. Hérode le rusé a agi tout autrement. Il a demandé aux Mages des détails précis et surtout, il les a invités à revenir, pour en donner d’autres plus précis. Attaché au pouvoir, il ne voyait en Jésus qu’une menace à éliminer et en aucun cas une espérance à accueillir.
Que Marie nous apprenne à adorer Dieu dans sa petitesse qui est royauté. Il est beau de devenir des pèlerins d’espérance et de continuer à l’être, ensemble ! La fidélité de Dieu nous surprend toujours et surprendra encore. Si nous ne réduisons pas nos églises à des monuments, si nous résistons ensemble aux flatteries des puissants, alors nous serons la génération de l’aurore.
Marie, Étoile du matin, marchera toujours devant nous ! En son Fils, nous contemplerons et servirons une humanité magnifique, transformée non pas par des délires de toute-puissance, mais par Dieu qui, par amour, s’est fait chair.
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