Les cinq sens : le sens de l’humour (4/5)

Publié le 24 Nov 2023
cinq sens humour
Après le sens de l’honneur, le sens des priorités et le sens de l’Eglise, le père Danziec poursuit sa description des cinq sens à cultiver pour répondre aux défis de l’existence et de son état de vie. Pour ce 4ème volet, place à un sens trop oublié et pourtant ô combien stimulant pour ensoleiller notre quotidien. 

 

Ah, ces fameux cinq sens bien particuliers ! Reprenons notre déclinaison là où nous l’avions laissée vendredi dernier. Après le sens de l’honneur, le sens des priorités, le sens de l’Église, place désormais au si précieux sens de l’humour avant d’aborder la semaine prochaine l’ultime maillon de la chaîne : le sens de l’éternité. Alors seulement, nous en aurons fini avec l’état des lieux de cette charpente invisible qui est censée solidifier notre demeure intérieure. 

Le sens de l’humour n’est certainement pas, de prime abord, le sens le plus spirituel des cinq. Méfions-nous cependant des apparences. La joie et le recul détendu que l’on peut avoir avec soi-même ont leurs vertus propres. Surtout, ils donnent souvent la possibilité de prendre les aléas du quotidien par le meilleur versant. Au lieu de se crisper face à ses échecs ou de se raidir face à ses écueils, le sens de l’humour invite à ne pas faire d’une taupinière une montagne. Le prêtre du Prado, Joseph Folliet (1903-1972), avec ses petites béatitudes, ne s’y était pas trompé : « Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, ils n’ont pas fini de s’amuser » ! 

D’Aristote dans son Traité sur les animaux (Livre VIII, chapitre 10) à Rabelais dans son Avis aux lecteurs ouvrant Gargantua (1534), l’aphorisme a fait florès : « Le rire est le propre de l’homme ». Mais mieux encore, nous pourrions préciser la sentence en affirmant : « Le rire, c’est la santé ».

De nombreuses études scientifiques constatent en effet combien les vertus du rire sont indéniables. Dans son ouvrage Le rire, une source inépuisable de santé (2006), le docteur Abrezol explique que la joie et l’humour améliore, la digestion, renforce les défenses immunitaires, entraîne une détente musculaire, prévient les maladies cardio-vasculaires, chasse la déprime et le stress… Il semblerait d’ailleurs qu’en activant les centres de récompenses du cerveau, il libère de la dopamine (le neurotransmetteur du bonheur), ce qui stimule les sensations de plaisir. Pour une bonne hygiène de vie, un peu de rire quotidien vaudrait autant que quelques exercices physiques. 

En ce qui concerne la nature communautaire de l’homme et la qualité des relations entre les personnes, l’humour a une réelle fonction sociale. Il peut devenir alors un outil extrêmement précieux au service de la charité, en dégonflant les baudruches du ressentiment ou en divertissant les grincheux. Accueillir avec humour le gênant de certaines situations permet de les démystifier pour mieux les gérer. Avant même de savoir parler, un nouveau-né communique avec ses sourires. Jules César confiait se méfier particulièrement des hommes ne riant jamais « ils sont dangereux ». 

 

Le pesant d’or de l’humour

À la suite de la bataille de Diên Biên Phu (1954) et de la défaite de l’armée française devant les Vietminh communistes, mon grand-père défunt, le Colonel Jacques Allaire, m’expliquait ce qui lui permit d’endurer psychologiquement les conditions extrêmes de sa captivité au tristement célèbre Camp n°1.

Il était moins question de force physique que de résistance morale. Outre l’évidente pensée à sa famille, sa femme et ses enfants à retrouver, il put surmonter le dénuement et le matraquage idéologique effectué par les agents de la propagande marxiste grâce au sens de l’humour. En dépit des humiliations, la pratique de l’humour et l’échange de sourires entre les prisonniers valaient leur pesant d’or. Et d’humanité. 

À nous de prendre éminemment conscience de l’importance de ce sens de l’humour. Dans notre vie domestique, le don d’une fantaisie joyeuse peut transformer radicalement l’atmosphère familiale ! Davantage encore que débarrasser la table ou vider les poubelles, distribuer quotidiennement de la joie et de la bonne humeur autour de soi est un bien précieux. « Le scout sourit et chante dans les difficultés » enseigne la loi scoute. En se refusant d’avoir la mine boudeuse, le baptisé se rappelle qu’il se doit d’avoir « une gueule de sauvé » pour reprendre la formule de Nietzsche. 

 

« Il y a un temps pour pleurer et un temps pour rire » Livre de l’Ecclésiaste

Certains se justifieront de peu recourir à l’humour affirmant ne pas être doté de son sens. Et s’ils peuvent apprécier l’humour, ils estiment être bien incapables d’en faire. Qu’ils prennent alors exemple sur saint Thomas More et qu’ils imitent sa lancinante prière : « Donne-moi Seigneur le sens de l’humour. Donne-moi la grâce de savoir discerner une plaisanterie. D’extraire de la vie quelques bonheurs pour le passer à d’autres gens ». 

Face aux dangers de l’islamisme et de la dissociété, devant les désordres de l’institution ecclésiale, devant les menaces qui couvent contre l’éducation chrétienne des enfants, face à la pression fiscale d’un Etat qui n’aime pas la famille traditionnelle et nombreuse, oui, il y aurait de quoi de se repaître de nuages noirs. Et de désespérer. Assurément, il est possible de refaire le monde sur le zinc d’un comptoir en ressassant que tout va mal et en maugréant sur tous et sur chacun… Mais que reste-t-il au fond de son âme si l’on vient à se laisser submerger avec un tel état d’esprit ? 

Les choses, en ce bas monde, vont certainement plus mal qu’on ne le pense, certes. Mais elles peuvent aussi aller mieux qu’on ne l’espère ! Partager de la joie de vivre, communiquer de la bonne humeur participent à réenchanter le monde. Il y a un temps pour tout, nous rappelle le livre de l’Ecclésiaste : « Un temps pour pleurer et un pour rire ; un temps pour se lamenter et un temps pour danser ; un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser ; un temps pour embrasser et un temps pour s’abstenir d’embrassements » (Eccl 3, 4-5).

Un temps pour prier, et un temps pour manger. Un temps pour parler et un temps pour écouter. Un temps pour lire et un temps pour contempler. N’ayons pas peur de nous redire l’importance de prendre aussi le temps de rire. Et si ce rire est vécu dans un esprit d’enfance, il ne s’agira jamais d’un temps de perdu ! 

 

Retrouvez tous les articles sur les cinq sens du chrétien :

 

>> à lire également : Les paraboles, des exhortations à regarder vers le Ciel

Père Danziec +

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