Le sage Sénèque l’avait bien vu : si le livre est une nourriture nécessaire à l’esprit, il y a aussi une mauvaise façon de lire. Les vacances sont justement le moment privilégié pour goûter et assimiler nos lectures, au rythme des loisirs qui nous sont donnés pour apprendre, contempler, discuter…
1. La lecture : une évasion nécessaire
Chaque été, des millions de Français glissent dans leur valise un objet étrange : un livre. Le phénomène est suffisamment banal pour ne plus nous surprendre. Pourtant, à bien y réfléchir, il possède quelque chose de paradoxal. Les vacances sont précisément le moment où nous pouvons suspendre nos obligations professionnelles, scolaires ou administratives. Pourquoi choisir alors d’emporter avec nous ce qui ressemble à première vue à un travail supplémentaire ? Car lire est un effort. Il faut suivre une intrigue, retenir des personnages, assimiler des idées, parfois même accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. Rien de tout cela ne ressemble au repos passif auquel nous aspirons souvent après une année chargée. Certains y verront aussi un simple divertissement ou un moyen de tuer le temps. Ces explications sont insuffisantes. Car l’être humain ne se contente pas de se distraire lorsqu’il ouvre un livre. Il cherche souvent quelque chose de plus profond : sortir momentanément de lui-même. C’est précisément ce que défendait J. R. R. Tolkien dans son célèbre essai On Fairy-Stories. Par une analogie, il y rappelle que l’on confond souvent « l’évasion du prisonnier » avec « la fuite du déserteur » (1). Le premier cherche à retrouver sa liberté ; le second abandonne son devoir. La lecture appartient à la première catégorie. Le livre permet alors ce que peu d’activités humaines rendent possible : habiter provisoirement d’autres existences que la sienne. Nous pouvons traverser l’Iliade avec Achille, parcourir la Terre du Milieu avec Frodon ou entrer dans les raisonnements d’un philosophe mort depuis deux mille ans. Notre corps demeure sur une plage, dans un jardin ou sur un transat. Notre esprit, lui, voyage. Cette capacité d’évasion est souvent regardée avec méfiance. Elle ne devrait pourtant pas l’être davantage que l’exercice physique. Personne ne s’étonne qu’un homme consacre une partie de ses vacances à courir, nager ou parcourir les sentiers de montagne. Nous comprenons intuitivement que le corps a besoin d’être entretenu. La lecture constitue pour l’esprit ce que le sport représente pour…







