L’été en musique avec… Robert Schumann

Publié le 16 Août 2017
L'été en musique avec… Robert Schumann L'Homme Nouveau

Celui qui décida certaine année de sa vie tourmentée de « créer tant qu’il fera jour » a laissé une œuvre importante, au caractère romantique indéniable, où ses talents d’harmoniste et de rythmicien font merveille.

C’est à l’apogée du romantisme allemand que se situe le grand musicien Robert Schumann (1810-1856) dont l’œuvre fut une lutte perpétuelle entre la forme classique accomplie qui le caractérise et son désarroi intérieur. Né à Zwickau, en Saxe, il était fils d’un libraire de la ville qui écrivait à ses heures. L’enfant grandit ainsi entre musique et poésie. Cependant, à la mort du chef de famille, Robert apprit le droit pour rassurer sa famille. Quand enfin il décida d’étudier la composition et le piano, Schumann, absolu de nature, ressentit le besoin d’aller jusqu’au bout: il se présenta chez Wieck, pédagogue du piano, célèbre pour sa sévérité.

Passionné par la musique romantique en pleine effervescence, il fréquente Brahms, Mendelssohn, Liszt, Chopin et Wagner, et fonde une revue La Nouvelle Gazette Musicale pour faire connaître ces musiciens contemporains comme l’avait fait Berlioz à Paris. Ses compositions d’alors sont des œuvres pour piano – pièces, études, fantaisies – qui lui tiennent lieu de journal intime. Mais son esprit déborde déjà d’invention comme en témoignent ses Études symphoniques et son Carnaval. À partir de 1840, sa vie de compositeur sera conditionnée par l’amour qu’il porte à sa future femme, Clara Wieck, fille du fameux professeur de piano. C’est une communion intime entre créateur et interprète: sous la férule du père, Clara est devenue un des plus grands virtuoses de son temps. Et pour Robert, leur union ouvre la porte à un flot de compositions musicales: des œuvres pour piano, des chants, des symphonies et de la musique de chambre.

Avec les Kreisleriana, et la grande Fantaisie exécutée par Clara en tournée, la réussite est assurée. Dans ses chants, ces poèmes romantiques, les mélodies claires soulignent son exaltation devant la beauté de la nature. Dans un recueil de Lieder, Les Amours du poète (1840), Schumann exprime sa joie devant la création, en laissant derrière lui la menace de ses troubles nerveux de plus en plus envahissants.

Une fin douloureuse

Sa musique de chambre est à la fois savante et moderne, dont le Quintette en mi bémol majeur reste un de ses chefs-d’œuvre. Sa vie conjugale lui inspire quatre symphonies, le magnifique Concerto pour piano, opus 54, de la musique de scène, Genoveva, moins réussi, et enfin l’Ouverture de Manfred, inspiré du héros tragique de Byron avec lequel il s’identifie. Au foyer familial naissent huit enfants. Schuman aimait à dire: « Les enfants sont une bénédiction; on ne saurait en avoir assez». Mais la fin de sa vie est assombrie par une maladie mentale qui le conduit peu à peu à la folie. Il compose donc ses dernières œuvres à la hâte: un Album pour la jeunesse, le Concerto pour violoncelle, et enfin, les Chants de l’Aube où, au seuil de la démence, il dit adieu à la musique.

Ses derniers moments furent remplis de souffrances, puis d’illuminations pendant lesquelles il entend parfois

« une musique magnifique jouée avec des instruments qui résonnent si splendidement qu’on n’en a jamais entendu de pareils sur terre ».

Après une tentative de se jeter dans le Rhin, il passe encore deux ans dans un asile d’aliénés avant de s’éteindre à ce monde. La maîtrise et l’équilibre de sa musique étaient le pendant de sa schizophrénie. Paradoxalement, Schumann nous transmet dans son œuvre sa vision intérieure peuplée d’anges, et parfois de démons. Au-delà des accents tragiques qui décrivent certains aspects de notre condition humaine, sa musique est comme un remède à la volonté défaillante de notre jeunesse vautrée dans la tristesse et la monotonie du rock. Ainsi, nous invite-t-il à nous rapprocher un peu plus de ce Dieu entraperçu par lui, source de toute beauté et de tout bien.

cabaud

Pour aller plus loin :
Judith Cabaud
En route vers l’infini, musique et foi (portraits de musicieux)
Éditions de L’Homme Nouveau, 268 pages, 19 €

Ce contenu pourrait vous intéresser

CultureArt et Patrimoine

L’exposition : Dragons

Le dragon est mis à l’honneur au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, grâce à un partenariat avec le musée national du Palais de Taïwan : statuettes, vêtements, tissus, peintures… Jusqu’au 1er mars 2026.

+

expo dragons
CultureLectures

L’Ordre moral (1873-1877) : une tentative d’union des droites ?

Entretien | Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne Université, spécialiste de l’histoire des droites, et Bruno Dumons, directeur de recherches au CNRS (LARHRA-Lyon), spécialiste d’histoire religieuse et du catholicisme contemporain, ont codirigé un ouvrage tout récemment paru, intitulé L’Ordre moral (1873-1877). Royalisme, catholicisme et conservatisme.

+

ORDRE MORAL droites
Culture

Une Histoire des Scouts Saint Georges de 1968 à 1993

Recensions | La Rédaction de L'Homme Nouveau vous propose une page culture, avec un choix de quelques livres d’histoire ou de spiritualité, BD ou DVD, une Histoire des Scouts Saint Georges de 1968 à 1993 de Jean-François Barrère. Des idées à retrouver dans le n° 1847.

+

livre lecture lire HISTOIRE
CultureLectures

Les Fils de l’Orage, un coup de cœur jeunesse

Recension jeunesse | Dans cette page recension de lectures jeunesse, un choix éclairé de quelques romans pour adolescents ou enfants, à lire ou faire lire, notamment Les Fils de l’Orage de Claudie Séry (Éditions Emmanuel), et un jeu. À retrouver dans le n° 1847.

+

Les Fils de l’Orage C Séry
CultureLectures

La civilisation grecque antique dévoile ses secrets

Si la civilisation européenne est issue de la culture grecque, cette dernière est souvent encore bien mal connue, voire déformée. Un ouvrage déconstruit les idées reçues sur ce monde antique. À l'aide d'un retour aux sources et de recherches récentes, l'auteur répond à bien des questions.

+

culture grecque antiquité