Lettre ouverte aux Femen après la profanation de la crèche du Vatican

Publié le 28 Déc 2017
Lettre ouverte aux Femen après la profanation de la crèche du Vatican L'Homme Nouveau

Victor Feuillard est diplômé en Sciences politiques et en gestion. Il a enseigné en Seine-Saint-Denis parallèlement à des activités de conseil en stratégie et organisation. 

Chère Inna,
Chère Femen,

J’ai lu ici et là que pour avoir droit à ta part du Sauveur, tu as cru qu’il te fallait te saisir de la statuette de l’Enfant-Jésus le jour de Noël. J’admets, à l’instar d’autres, que faire admirer ta poitrine en plein hiver, quand bien même tu profitais de la clémence de décembre à Rome, n’est pas la meilleure idée qui te soit venue. C’est probablement un bon moyen d’attraper un sévère mal de gorge.

Je voulais surtout te dire que, si tu veux Jésus, tu n’as nul besoin de te précipiter de la sorte dans la première crèche venue. Tu sais, chaque année à Noël, l’Enfant-Dieu se donne au monde entier et par là même à chacun de nous qui le désire et l’attend. Il se fait petit et simple pour que nous puissions, malgré nos faiblesses et nos errements, parvenir jusqu’à lui, et même parvenir jusqu’aux pieds de la femme parfaitement libre, sa Mère. Je comprends que tu craignes que sa miséricorde te soit refusée, et que pour cela tu te saisisses de lui avec une si furieuse passion, mais je veux te rassurer, la nuit de Noël et les jours qui suivent, Dieu ne peut refuser de se donner aux femmes et aux hommes qui le désirent avec tant de force.

Et même au-delà de Noël, c’est chaque jour que tu peux venir le voir et lui réclamer de t’aimer. Sur chaque autel, tu peux l’implorer. À chaque tintement de cloche, tu peux l’appeler. Et tu n’es même pas obligée de le faire de façon aussi ostentatoire qu’à chaque fois que tu viens le défier, puisqu’Il t’entend même dans les murmures et les gémissements de ton âme. Entre donc dans une petite église, non pas une grande cathédrale ou une immense basilique, simplement une petite église, de celle que tu trouveras au coin d’une petite rue, et, avec toute ta sensibilité et ta douceur, cherches le prêtre qui saura te présenter à la Mère des hommes et à son Fils, et te donner ce Dieu qui ne cesse de t’aimer. Si la petite église ne te rassure pas, alors entre secrètement sous les voûtes d’un monastère, vois les ombres des moines et des moniales, et épanche ton cœur au creux du silence. Il ne te sera rien demandé, rien pris, tu donneras ce qui te meurtrit et recevras une couronne de fleurs bien plus éclatante que celles dont tu te pares.

Je voulais aussi te dire une autre chose. Il est important que tu saches que pour être vue et aimée, tu n’es pas obligée de te barioler le torse. Si des hommes t’ont dit que tu serais plus désirable une fois à demi-nue et taguée, tu n’aurais pas dû les croire, ce sont des menteurs et des sadiques. De ceux qui justement te violentent. De ces porcs qui sifflent la libération de la femme et qui, par ailleurs, t’enferment dans des schémas plus avilissants que tous les machismes ordinaires. Alors, prends garde à qui susurre des conseils et des idées aux détours de ton cœur. Tu mérites mieux que ce que tu crois.

Alors, Chère Inna, Chère Femen, l’an prochain, j’espère bien te croiser dans la crèche, aux côtés des bergers et des mages, couronnée de fleurs. 

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