L’exposition : Germaine Richier, une artiste inclassable

Publié le 25 Mar 2023

Germaine Richier, Le Cheval à six têtes, grand, 1955 Bronze, 103 x 110 x 44 cm © Adagp, Paris 2023 © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Audrey Laurans/Dist. RMN-GP

À Paris, au Centre Pompidou, l’artiste-sculpteur Germaine Richier (1902-1959) est à l’honneur. Peu connue du grand public, elle fut pourtant la première femme à être exposée de son vivant au Musée d’Art Moderne en 1956.

Au départ celle pour qui Seul l’humain compte réalise une œuvre accessible car figurative et assez « classique ». La série de portraits (réalisés pour la plupart entre 1920 et 1930), bien présentée, qui accueille le visiteur, en témoigne. Puis, lors de son exil en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, une rupture s’opère. Bouleversée par les noirceurs de l’époque, cette ancienne élève des Beaux-Arts de Montpellier venue se former dans l’atelier de Bourdelle à Paris, va représenter des corps déformés, écorchés. « Notre époque est pleine de griffes », dit-elle. L’homme qui marche (1945) est un personnage inquiétant et douloureux, qui semble porter les blessures de combats guerriers (crâne troué d’une balle, nez cassé, œil exorbité). Ailleurs ce sont des insectes qu’elle compare aux corps humains, réalisant des sculptures originales, assez impressionnantes (La Mante, 1946, Le cheval à six têtes, 1955). Plus loin, son Don Quichotte (1950-1951) très stylisé est nettement plus rassurant.

Dans les années 1950, alors qu’on lui commande un Christ pour l’église du plateau d’Assy en Savoie, un scandale éclate. Sa sculpture extrêmement épurée semble inspirée par ces versets des textes d’Isaïe : « La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme » (Is 25, 14). Mais cette forme d’expression choque, on y voit même une sorte de blasphème. Le Christ est alors relégué dans la chapelle des morts jusqu’en 1969 où il retrouve sa place d’origine dans le chœur de l’église. Cette œuvre, prêtée exceptionnellement par le diocèse d’Annecy, est présentée pour la première fois dans un musée avec beaucoup de respect. Aujourd’hui notre regard a évolué. On peut ne pas être sensible à cette forme d’expression très dépouillée, presque abstraite, sans y trouver un caractère offensant, ce qui n’était certainement pas l’intention du sculpteur.

Cette artiste inclassable, femme au tempérament affirmé mais nullement féministe, meurt à 57 ans des suites d’un cancer, réalisant à la fin de sa vie des œuvres colorées avec parfois la collaboration de ses amis peintres Viera Da Silva ou Zao Wou-Ki.

Une œuvre souvent tourmentée présentant de belles réussites plastiques !

Jusqu’au 12 juin 2013. Centre Pompidou, Place Georges-Pompidou, 75004 Paris. Tél. : 01 44 78 12 33. Ouvert du mercredi au lundi de 11 h à 21 h et jusqu’à 23 h le jeudi. Fermé le mardi.

L’exposition sera ensuite présentée du 12 juillet au 5 novembre 2023 au musée Fabre de Montpellier, dans les lieux mêmes où Germaine Richier a fait ses premiers pas d’artiste.

Catalogue : Germaine Richier, sous la direction d’Ariane Coulondre assistée de Nathalie Ernoult, Éd. Centre Pompidou avec la participation scientifique du musée Fabre, 304 p., 45 €.

Céline Vicq

Ce contenu pourrait vous intéresser

CultureArt et Patrimoine

L’exposition : Le triptyque de Moulins, l’éclat retrouvé d’un chef-d’œuvre de la Renaissance

Entre une exposition au Louvre et une autre au musée départemental Anne-de-Beaujeu à Moulins, le triptyque de la Vierge en gloire, dit « Triptyque de Moulins », est actuellement exposé au monastère royal de Brou (Ain) jusqu’au 3 janvier 2027. Après plusieurs années de restaurations, ce chef-d’œuvre attribué à Jean Hey retournera en 2028 à la cathédrale de Moulins, dans la sacristie réaménagée.

+

triptyque de Moulins vierge à l’enfant
CultureLectures

Réédition de La Varende : Heureux les humbles

Recensions | Dans notre page culture, les livres choisis vous parlent de la carmélite Élisabeth de la Trinité, du voyage de trois amis à vélo jusqu’en Corée, des rééditions des nouvelles de La Varenne, des cathédrales gothiques françaises, de Georges de La Tour, etc. Paru dans le n° 1861. 

+

témoignage lecture livre école la varende humbles
CultureHistoire

Un anniversaire américain

Carte blanche de Judith Cabaud | Il y a 250 ans, le 4 juillet 1776, la déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique fut signée par les pères fondateurs de la nouvelle nation, en guerre avec la Grande-Bretagne. Pour comprendre cette naissance contradictoire, Alexis de Tocqueville fut un des premiers Européens à analyser le phénomène américain.

+

anniversaire américain Amérique démocratie