Message de carême de Léon XIV : « Écouter et jeûner. Le Carême comme temps de conversion »

Publié le 25 Fév 2026
Léon XIV carême

Photo : Edgar Beltrán, The Pillar, CC BY-SA 4.0

Léon XIV a adressé son message pour le carême 2026 le 13 février dernier, à l’exemple de ses prédécesseurs. Il insiste sur trois attitudes importantes : l’écoute, le jeûne et ensemble.

 

Le carême est le temps privilégié du pèlerinage intérieur vers Celui qui est la source et l’incarnation de la miséricorde. Au cours de ce pèlerinage au désert, le Christ nous accompagne à travers le désert de notre pauvreté, voire de notre souillure. Il nous soutient sur le chemin vers la joie profonde de Pâques. Même dans les ravins de la mort, tandis que le tentateur nous pousse à désespérer ou à mettre une espérance illusoire dans l’œuvre de nos mains, Dieu nous garde et nous soutient, spécialement par l’aide des saints anges si vénérés en ce temps.

Chaque année, le pape, spécialement depuis Paul VI, envoie à tout le peuple chrétien un message dans lequel il indique des points particuliers sur lesquels nous devrions porter notre attention. Léon XIV suit cette coutume et comme le pape François, il indique trois points fondamentaux : l’écoute, le jeûne et ensemble.

L’écoute des Écritures

Tout d’abord, il insiste sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. Dieu Lui-même, se révélant à Moïse depuis le buisson ardent, montre que l’écoute est un trait distinctif de son être : « J’ai entendu les cris de mon peuple. » L’écoute du cri de l’opprimé est le début d’une histoire de libération dans laquelle le Seigneur implique également Moïse, en l’envoyant ouvrir une voie de salut à ses enfants réduits en esclavage.

Le Pape rappelle alors que l’écoute de la Parole dans la liturgie nous éduque à une écoute plus authentique de la réalité. Parmi les nombreuses voix qui traversent notre vie, les Saintes Écritures nous rendent capables de reconnaître celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse. Nous devons donc entrer dans une disposition intérieure de réceptivité, en nous laissant instruire aujourd’hui par Dieu, pour écouter, jusqu’à reconnaître que la condition des pauvres est un cri qui parcourt toute l’histoire de l’humanité.

Jeûne de pain et de parole

Mais si le carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est un exercice ascétique irremplaçable dans le chemin de conversion et, parce qu’il implique le corps, le jeûne rend plus évident ce dont nous avons faim et ce que nous considérons comme essentiel à notre subsistance. Il sert donc à discerner et à ordonner les appétits, à maintenir la faim et la soif de justice en les soustrayant à la résignation.

Le jeûne nous permet non seulement de discipliner le désir, de le purifier et de le rendre plus libre, mais aussi de l’élargir de manière à ce qu’il se tourne vers Dieu. Mais pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité et aussi pour les moines dans l’obéissance. Cela exige de rester enraciné dans la communion avec le Seigneur. Comme le disait Paul VI, « l’austérité seule rend authentique et forte notre vie chrétienne ».

Suivant le pape François, Léon XIV nous invite à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Désarmons notre langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à la médisance et, à plus forte raison, aux calomnies.

Un carême ecclésial

Enfin, le carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne. L’Écriture souligne cet aspect. Au chapitre 9 de Néhémie, « le peuple se rassembla pour écouter la lecture publique du livre de la Loi et, pratiquant le jeûne, se disposa à la confession de foi et à l’adoration afin de renouveler l’alliance avec Dieu. »

Nous sommes tous appelés à accomplir pendant le carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devient une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutient un authentique repentir. La conversion concerne, outre la conscience de chacun, le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation. 

Demandons à Marie la grâce d’un carême qui rende notre oreille plus attentive à Dieu et aux plus démunis. Demandons lui la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre. Et faisons en sorte que nos communautés deviennent des lieux où le cri de ceux qui souffrent soit accueilli pour contribuer à l’édification de la civilisation de l’amour.

 

>> à lire également : Édito | Petit éloge du carême dans un monde augmenté

 

Un moine de Triors

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