Notre quinzaine : En route pour Pellevoisin !

Publié le 27 Mai 2026

© Sanctuaire de Pellevoisin

> L’Éditorial de Philippe Maxence

 

Si vous cherchez une destination pour vos pérégrinations de l’été, voilà un lieu tout trouvé : Pellevoisin ! À l’écart des grands circuits touristiques qui nous orientent inévitablement vers la mer (Méditerranée ou Bretagne) ou nous transportent vers de mirifiques endroits à l’étranger, Pellevoisin, petit village de l’Indre, n’affiche que sa modestie, voire son humilité, et sa foi. Je ne parle pas ici de celle (éventuelle) de ses habitants. Seul Dieu sonde les reins et les cœurs !

Quel message ?

Je voudrais surtout évoquer cette petite cité du Sacré Cœur, jeune cadette tout à la fois de Paray-le-Monial et de Lourdes. À Pellevoisin, en effet, la Vierge Marie est apparue quinze fois à Estelle Faguette (1843-1929), une jeune femme célibataire et malade, terriblement atteinte même, ayant qui plus est charge de famille.

Quinze apparitions, mais pour dire quoi ? D’abord qu’Estelle sera guérie, non sans avoir expié ses péchés. Ensuite la Vierge Marie s’est présentée comme la « toute miséricordieuse » et a demandé un profond respect dans la réception de la sainte communion. Et, enfin, elle a confié à Estelle la mission de répandre un scapulaire qui réunit deux dévotions majeures : celle au Sacré Cœur et celle à la Vierge Marie. Paray et Lourdes, comme réunis.

Avec ce très bref aperçu, il y a déjà là matière pour montrer « l’actualité » de Pellevoisin, comme on aime à dire maintenant, comme si seul l’actuel recelait quelque valeur, là où nous devrions avoir les yeux braqués sur l’Éternel.

Le visage hideux de l’euthanasie

Dans le petit dossier que nous publions sur Pellevoisin, à l’occasion de l’année jubilaire des apparitions, l’abbé Patrick Guinnepain attire aussi notre attention sur un fait concernant le dévouement d’Estelle Faguette. Celle-ci est un modèle de « vie contrainte », ce que nous modernes nous détestons le plus. Elle est « contrainte » par sa santé, ses devoirs familiaux, sa condition de domestique.

Et c’est au cœur de ces aspects subis (puis acceptés) qu’Estelle Faguette rejoint directement notre chaos contemporain. L’abbé Guinnepain voit ainsi en elle le modèle des « soutiens de famille », la patronne des « aidants familiaux», notamment auprès de ceux qui sont en fin de vie (terrestre). Il a raison et, face au visage hideux de l’euthanasie et du suicide assisté, nous pouvons recourir à celle qui nous permet de connaître et d’aller à la « toute miséricordieuse ».

Il n’est évidemment pas dans notre idée de transformer L’Homme Nouveau en guide touristique ou en agence de voyages. Comment, cependant, ne pas mentionner une autre raison de se rendre à Pellevoisin, à la jointure du catholicisme militant et de la littérature, du combat et de la prière ?

C’est en effet à Pellevoisin que repose en attendant le jugement dernier l’écrivain Georges Bernanos, enfant de Dieu et soldat du Christ. Non loin, d’ailleurs, de la tombe d’Estelle Faguette. Sur sa pierre tombale, ces quelques mots : « Quand je serai mort, dites au doux royaume de la terre que je l’aimais plus que je n’ai jamais osé le dire. » Il ne semble pas que Bernanos ait vraiment vécu dans le village de Pellevoisin, en dehors de vacances chez ses grands-parents maternels. Mais il a souhaité trouver sa dernière demeure terrestre dans le caveau familial, auprès des siens, de ceux qu’il avait aimés.

Sepulture de Georges Bernanos pellevoisin

Sépulture de Georges Bernanos dans le cimetière de Pellevoisin. (BOUTET DIDIER, CC BY-SA 4.0)

Primauté de la contemplation

Si Estelle Faguette représente pour nous la charité active ainsi que l’enracinement dans l’humilité et la prière, Bernanos, outre son immense talent d’écrivain, souligne combien nous sommes en contradiction avec ce monde moderne qu’il a su, derrière Péguy, si puissamment dénoncer. Dans La France contre les robots, publié un an avant sa mort, ne nous rappelle-t-il pas, à la manière des prophètes de l’Ancien Testament, qu’« on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure » ?

Citation rabâchée ? Peut-être, mais elle mérite aussi d’être sans cesse méditée car c’est quand même nous qui sommes ballottés d’un divertissement à un autre, d’une action à poser à un « truc » à faire. Il serait temps que nous sortions de notre torpeur et de notre complaisance à l’égard de cette modernité qui nous gave et nous détourne de l’essentiel. D’aucuns réclament le droit, la liberté de penser, laquelle, nous prévient encore Bernanos, « est devenue inutile puisqu’il paraîtra ridicule de ne pas penser comme tout le monde ».

D’Estelle Faguette à Bernanos, c’est plutôt la primauté de la contemplation qu’il nous faut réaffirmer et, mieux encore, sous l’égide de laquelle nous devons vivre. En route pour Pellevoisin !

 

>> à lire également : En Terre sainte, les chrétiens face à une montée des pressions et des violences

 

Philippe Maxence

Philippe Maxence

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