> L’éditorial de Philippe Maxence
La guerre frappe le golfe Persique. Le Liban est écrasé sous les bombes israéliennes en lutte contre le Hezbollah. Des chrétiens sont persécutés à travers le monde et meurent pour leur foi. La situation économique est instable et de plus en plus de foyers français en subissent lourdement les conséquences.
La liste pourrait être encore longue de ces points sombres du « monde comme il ne va pas ». Mais, rassurez-vous, ce n’est pas l’important ! Si vous cherchez la vraie nouvelle, celle qui montre que notre pays s’enfonce vraiment, il faut aller la trouver ailleurs, du côté de Saint-Germain-des-Prés, dans le petit monde de l’édition. C’est là, en effet, que bat le cœur vivant de la nation.
Le séisme
La 14 avril dernier, la nouvelle a, en effet, créé un séisme. Le groupe Bolloré s’est séparé d’Oliver Nora, le président-directeur général des éditions Grasset. Dans la foulée, une centaine d’auteurs ont annoncé leur départ de la maison d’édition. Parmi eux, Bernard-Henry Lévy, Virginie Despentes, Anne Sinclair, Jean-Paul Enthoven ou Frédéric Beigbeder.
Impossible de citer tous les noms de ces croisés de la bien-pensance opposés aux idées de Vincent Bolloré, propriétaire de Grasset depuis déjà… trois ans. En réponse, ce dernier n’a pas manqué d’indiquer que Grasset perdait de l’argent et que « pendant ce temps, la rémunération annuelle d’Oliver Nora est passée de 830 000 euros à 1,017 million d’euros ».
Loin de moi l’idée de défendre le monopole dans l’édition, la presse ou ailleurs. Chesterton faisait déjà remarquer que le capitalisme monopolistique comme le socialisme répondait à la même logique de la captation du pouvoir dans des mains uniques, celles de personnes privées ou celles de l’État. La vraie liberté, elle, se trouve ailleurs. Sur ce thème, je renvoie à ses deux ouvrages que nous avons édités : Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste et Utopie des usuriers (1).
L’importance de la lecture
La révolution Grasset n’est finalement qu’un épisode parmi d’autres d’une lutte idéologique au sein d’un système qui tend de plus en plus à se fissurer. Elle apparaît d’autant plus hors sol que dans le même temps les enquêtes du Centre national du Livre indiquent une baisse catastrophique et probablement irrémédiable de la lecture, devenue désormais une inconnue, non seulement pour les jeunes générations mais aussi pour les soixantenaires et les CSP+. À l’heure des écrans, la lecture semble un effort impossible.
Pourtant, elle représente aussi le premier pas d’une saine réaction, d’un sursaut d’humanité et de dignité, une forme de dissidence, une reprise du pouvoir sur soi-même, un acte pour sortir de la servitude volontaire. Jean-Pierre Maugendre a condensé dans un petit ouvrage (doublement accessible par le nombre de pages et le prix) tout son intérêt (2).
Sortir de la cage d’acier
De notre côté, nous développons concrètement un travail éditorial qui vise à aider les intelligences et les cœurs à ne pas se laisser enfermer dans la « cage d’acier » dont parlait déjà Max Weber. Faut-il le préciser ? Cette activité est loin du salaire d’Oliver Nora. Nos livres ne sont pas non plus aussi médiatiquement portés que ceux des ex-auteurs Grasset. Même la presse dite de droite les ignore généralement au motif de sujets trop ciblés ou d’un effort de lecture trop important à fournir. Notre ouvrage sur le Christ Roi (3), publié à l’occasion de l’année Quas Primas, n’a même pas eu d’échos chez les défenseurs de la royauté sociale du Christ.
Et, pourtant, nous sommes bien décidés à continuer. Hors la prière, il n’est pas dans nos moyens d’empêcher les bombes de tomber en Iran ou au Liban. Nous ne pouvons pas non plus changer la situation économique. En revanche, ne pas subir et préparer les moyens de sortir de cette fameuse « cage d’acier » reste à notre portée.
Notre ambition n’est ni économique ni financière. Il s’agit de donner les moyens intellectuels et spirituels à un véritable renouveau, lequel passe, au préalable, par la nécessité de se réapproprier tout un patrimoine, de retrouver le sens de la réalité et de sortir de la tentation du vide par l’effort de réflexion. Êtes-vous prêts à nous suivre sur ce terrain ?
1. G.K. Chesterton, Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, éditions de l’Homme Nouveau, 342 pages, 14,50 €, et Utopie des usuriers, 189 pages, 19 €.
2. Jean-Pierre Maugendre, La lecture en question, Via Romana, 78 pages, 9 €.
3. Sous la direction de Miguel Ayuso, Le Christ Roi. Théologie, philosophie et politique, Hora Decima, 240 pages, 22 €.
>> à lire également : DOSSIER — Vatican, guerre et paix (1/3) : La papauté au risque de la guerre et de la paix







