Notre quinzaine : Pour un sursaut d’humanité et de dignité

Publié le 29 Avr 2026
humanité livre lire

La lecture est un premier pas pour sortir de la servitude volontaire.

> L’éditorial de Philippe Maxence

 

La guerre frappe le golfe Persique. Le Liban est écrasé sous les bombes israéliennes en lutte contre le Hezbollah. Des chrétiens sont persécutés à travers le monde et meurent pour leur foi. La situation économique est instable et de plus en plus de foyers français en subissent lourdement les conséquences. 

La liste pourrait être encore longue de ces points sombres du « monde comme il ne va pas ». Mais, rassurez-vous, ce n’est pas l’important ! Si vous cherchez la vraie nouvelle, celle qui montre que notre pays s’enfonce vraiment, il faut aller la trouver ailleurs, du côté de Saint-Germain-des-Prés, dans le petit monde de l’édition. C’est là, en effet, que bat le cœur vivant de la nation. 

Le séisme

La 14 avril dernier, la nouvelle a, en effet, créé un séisme. Le groupe Bolloré s’est séparé d’Oliver Nora, le président-directeur général des éditions Grasset. Dans la foulée, une centaine d’auteurs ont annoncé leur départ de la maison d’édition. Parmi eux, Bernard-Henry Lévy, Virginie Despentes, Anne Sinclair, Jean-Paul Enthoven ou Frédéric Beigbeder.

Impossible de citer tous les noms de ces croisés de la bien-pensance opposés aux idées de Vincent Bolloré, propriétaire de Grasset depuis déjà… trois ans. En réponse, ce dernier n’a pas manqué d’indiquer que Grasset perdait de l’argent et que « pendant ce temps, la rémunération annuelle d’Oliver Nora est passée de 830 000 euros à 1,017 million d’euros ».

Loin de moi l’idée de défendre le monopole dans l’édition, la presse ou ailleurs. Chesterton faisait déjà remarquer que le capitalisme monopolistique comme le socialisme répondait à la même logique de la captation du pouvoir dans des mains uniques, celles de personnes privées ou celles de l’État. La vraie liberté, elle, se trouve ailleurs. Sur ce thème, je renvoie à ses deux ouvrages que nous avons édités : Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste et Utopie des usuriers (1).

L’importance de la lecture

La révolution Grasset n’est finalement qu’un épisode parmi d’autres d’une lutte idéologique au sein d’un système qui tend de plus en plus à se fissurer. Elle apparaît d’autant plus hors sol que dans le même temps les enquêtes du Centre national du Livre indiquent une baisse catastrophique et probablement irrémédiable de la lecture, devenue désormais une inconnue, non seulement pour les jeunes générations mais aussi pour les soixantenaires et les CSP+. À l’heure des écrans, la lecture semble un effort impossible. 

Pourtant, elle représente aussi le premier pas d’une saine réaction, d’un sursaut d’humanité et de dignité, une forme de dissidence, une reprise du pouvoir sur soi-même, un acte pour sortir de la servitude volontaire. Jean-Pierre Maugendre a condensé dans un petit ouvrage (doublement accessible par le nombre de pages et le prix) tout son intérêt (2).

Sortir de la cage d’acier

De notre côté, nous développons concrètement un travail éditorial qui vise à aider les intelligences et les cœurs à ne pas se laisser enfermer dans la « cage d’acier » dont parlait déjà Max Weber. Faut-il le préciser ? Cette activité est loin du salaire d’Oliver Nora. Nos livres ne sont pas non plus aussi médiatiquement portés que ceux des ex-auteurs Grasset. Même la presse dite de droite les ignore généralement au motif de sujets trop ciblés ou d’un effort de lecture trop important à fournir. Notre ouvrage sur le Christ Roi (3), publié à l’occasion de l’année Quas Primas, n’a même pas eu d’échos chez les défenseurs de la royauté sociale du Christ. 

Et, pourtant, nous sommes bien décidés à continuer. Hors la prière, il n’est pas dans nos moyens d’empêcher les bombes de tomber en Iran ou au Liban. Nous ne pouvons pas non plus changer la situation économique. En revanche, ne pas subir et préparer les moyens de sortir de cette fameuse « cage d’acier » reste à notre portée.

Notre ambition n’est ni économique ni financière. Il s’agit de donner les moyens intellectuels et spirituels à un véritable renouveau, lequel passe, au préalable, par la nécessité de se réapproprier tout un patrimoine, de retrouver le sens de la réalité et de sortir de la tentation du vide par l’effort de réflexion. Êtes-vous prêts à nous suivre sur ce terrain ? 

 


1. G.K. Chesterton, Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, éditions de l’Homme Nouveau, 342 pages, 14,50 €, et Utopie des usuriers, 189 pages, 19 €.

2. Jean-Pierre Maugendre, La lecture en question, Via Romana, 78 pages, 9 €.

3. Sous la direction de Miguel Ayuso, Le Christ Roi. Théologie, philosophie et politique, Hora Decima, 240 pages, 22 €.

 

>> à lire également : DOSSIER — Vatican, guerre et paix (1/3) : La papauté au risque de la guerre et de la paix

 

Philippe Maxence

Philippe Maxence

Ce contenu pourrait vous intéresser

Éditorial

Notre quinzaine : L’heure des saints vient toujours

Un seul juste est-il sauvé ? Les saints et les anges s’en réjouissent. Tâchons d’en faire autant, en nourrissant ainsi notre espérance. Dans la nuit de Pâques, 21 386 catéchumènes (adultes et adolescents) ont reçu la grâce du baptême. Pâques est la seule vraie nouvelle qui compte.

+

pâques saints
ÉditorialCarême

Pâques : quelle fut l’intention du Sauveur ?

Éditorial du chanoine Alexis d'Abbadie | Jésus, dans sa Résurrection, a rejeté tout triomphalisme. Quelle fut l’intention du Sauveur alors ? Certainement un enseignement profond qui est que le mystère de sa Résurrection doit avant tout se trouver et se vivre dans la profondeur de notre âme. D’où le fait que l’introït du jour de Pâques soit un chant humble, méditatif, rappelant presque le ton du carême.

+

pâques ressuscité
Éditorial

Élections municipales et créatures inférieures : l’égalitarisme en question

Éditorial du chanoine Pol Lecerf | Si quelque chose nous est dû, ce n’est jamais qu’en raison de cette générosité divine, à laquelle nous devons tout. Dieu est maître de ses dons, et il n’a pas voulu d’une monotonie uniforme, d’un nivellement égalitaire. Notre univers, si vaste et si beau, est tout au contraire une immense hiérarchie. Chaque être est unique ; unique aussi est sa place dans cet ordre divin.

+

inférieur création créature dieu
Éditorial

Notre quinzaine : La dernière bataille ?

Éditorial de Philippe Maxence | En 1956, paraît à Londres le dernier tome des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis, sous le titre La Dernière Bataille. Derrière ce titre se trouve une raison quasiment théologique : la dernière bataille qui s’ensuivra est l’ultime affrontement entre les armées du Bien et celle du Mal. Sommes-nous entrés dans cette dernière phase ?

+

dernière bataille
ÉditorialCarême

Petit éloge du carême dans un monde augmenté

Éditorial du chanoine Laurent Jestin | Faire un bon carême ! Qu'est-ce à dire ? Parce que la discipline commune a changé depuis quelques décennies et que la coutume, dans nos pays occidentaux, n'en a pas gardé une trace vive, les bons carêmes sont aujourd'hui divers dans leur visée, comme dans leurs moyens.

+

parcours de carême