Pour la première fois depuis 1945, la France atteint un solde démographique négatif, avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indice conjoncturel de fécondité (ICF) à 1,56 enfant par femme. Économiste et spécialiste des questions familiales, le professeur Jean-Didier Lecaillon décrit les causes de cette situation et indique les moyens d’en sortir.
| Outre le divorce, la contraception et l’avortement, comment expliquer les chiffres des dernières études démographiques ?
Ces chiffres ne sont pas une nouveauté pour ceux qui suivent ces questions : la France n’assure plus le remplacement de sa population depuis des décennies. Les explications de la dénatalité sont évidemment multifactorielles ; permettez que je me concentre sur les causes économiques qui relèvent davantage de mon domaine de recherche. Une remarque préalable : bien qu’en baisse, le désir d’enfant (2,3 par femme) reste supérieur à l’indice conjoncturel de fécondité (ICF) que vous avez mentionné (1,56 par femme). Alors pourquoi ceux qui veulent des enfants ne les ont-ils pas ? Une première explication mentionnée de façon récurrente dans les enquêtes : le logement. Pour fonder une nouvelle famille, pour accueillir des enfants, il faut pouvoir se loger. C’est de plus en plus difficile. Deuxième explication, le coût de l’éducation. Au-delà du montant, il s’agit d’une réalité durable (vingt ans ?). Les couples ont besoin d’être accompagnés dans la durée. Troisièmement, les personnes interrogées disent avoir besoin de stabilité, non seulement économique, mais aussi dans leur couple. En conséquence, nous pouvons comprendre, surtout dans une société qui nous demande de tout programmer avant d’entreprendre, qu’on attende le moment favorable pour avoir un enfant. Comme la perfection n’existe pas, on reporte sans cesse : l’enfant arrive de plus en plus tard, à moins que l’horloge biologique ne fasse son œuvre et qu’il n’arrive pas du tout. Hier, c’était pour ne pas avoir d’enfant qu’il fallait de la volonté. Aujourd’hui, c’est pour en avoir un qu’elle est nécessaire. Tout va bien lorsque la volonté, d’avoir ou de ne pas avoir, est ferme. Sauf qu’il y a un entre deux : « Je désire un enfant, mais ce n’est peut-être pas le bon moment… » Cette réalité d’ordre biologique autant qu’anthropologique explique peut-être pourquoi nous sommes passés d’une situation où les couples avaient le nombre d’enfants désiré mais pas au moment souhaité, à la situation actuelle où certes tous les enfants arrivent au bon moment mais en nombre inférieur à…







