L’organicisme, une pensée matérialiste et fataliste

Publié le 27 Mar 2025
organicisme

Émile Durkheim (1858-1917) s’est emparé de l’organicisme pour l’appliquer à la sociologie.

> L’Essentiel de Joël Hautebert
Hérité des Lumières et du naturalisme du XIXe siècle, l’organicisme est un concept d’analogie encore utilisé aujourd’hui et qui a inspiré la sociologie. Si l’idée peut paraître juste, elle mène cependant au déterminisme, faisant de l’homme un être purement matériel, somme toute similaire aux végétaux et animaux.

  Pour exprimer de manière très concrète ce qu’est une société bien constituée, il n’est pas rare de rencontrer l’usage métaphorique de son caractère organique. Ce qualificatif rendrait compte de la dimension architectonique du politique, de l’agencement ordonné et hiérarchisé des différentes parties d’un tout incorporant une réelle diversité, tant du point de vue géographique, social que professionnel, sans contradiction avec l’existence d’un commun que tout le monde est appelé à servir. Appuyés sur la dimension naturelle du politique, l’idée est juste et le raisonnement solide.

L’homme, une machine

Cependant, il faut s’entendre sur ce que sont la nature, les lois qui la gouvernent et l’usage des comparaisons entre les organismes physiques et le corps politique. Au XIXe siècle, la virulente réaction contre le volontarisme et les droits d’un homme abstrait s’est appuyée en bonne partie sur une philosophie et une science pourtant elles-mêmes filles des Lumières. La révolte moderne contre l’ordre naturel et divin est fondée sur les deux idées principales qui sont l’individualisme d’une part et la science d’autre part. Paradoxalement, l’homme présumé libre quand il est affranchi de toute contrainte extérieure est en même temps conçu comme un être purement matériel, une machine (1) dont le fonctionnement et l’organisation sont identiques, quoique plus complexes, à ceux d’une horloge ou d’un animal.  Dès le début du XIXe siècle, la méthode expérimentale des sciences naturelles, principalement sur le fondement de la biologie, a pu asseoir sa suprématie dans le monde scientifique, supplantant les modèles mathématique et mécanique. Cependant, mécanicisme et organicisme ne sont qu’une seule et même pensée déterministe et fataliste. Dorénavant, la physiologie, c’est-à-dire l’étude des fonctions des organes, sert de modèle méthodologique et explique tout, au nom de lois « naturelles » générales. Selon Saint-Simon : « l’économie politique, la législation, la morale publique, et tout ce qui constitue l’administration des intérêts généraux de la société, ne sont qu’une collection de règles hygiéniques (…). La politique elle-même, envisagée (…) comme une science dont le but est de procurer la plus grande somme de bonheur à l’espèce humaine, n’est qu’une physiologie générale » (2). Auguste Comte

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Joël Hautebert

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