Pentecôte : Je suis venu mettre le feu sur la terre, et que désire-je, sinon qu’il s’allume !

Publié le 28 Mai 2023
Pentecôte

Jésus est au Ciel, près de son Père, dans la gloire. Nous L’avons regardé avec les disciples s’élever dans les nuées, et la tristesse nous a envahi. Nous sommes là sur cette terre de désolation et de souffrance. Faire le bien nous comble de joie, mais cela nous demande une lutte si difficile, des combats si vigoureux qu’il nous arrive souvent de nous sentir bien faibles, bien petits, et surtout bien seuls dans ce monde froid.

Et Jésus n’est pas là, non, Il n’est pas là puisqu’Il est au Ciel, Il ne nous parle plus depuis deux mille ans, sauf à quelques rares âmes privilégiées. Dieu est pur esprit, Il est donc insensible ; Jésus est au Ciel, nous ne pouvons donc plus Le sentir. Nous ne pouvons que croire, dans l’obscurité et le froid de cette vallée de larmes, croire qu’au-dessus des nuages si épais et si sombres se trouve un soleil radieux. Mais cela reste pour nous profondément difficile, difficile parce que nous ne voyons rien, difficile parce que nous sommes faibles. 

Et Saint Pierre alors, Saint Jacques, Saint Jean, les apôtres et Notre-Dame qui était là aussi dans le cénacle, était-ce facile pour eux ? N’étaient-ils pas faibles, voyaient-ils plus clair que nous : « Seigneur, est-ce bientôt que vous relèverez le royaume d’Israël ? » Non, ils n’avaient encore rien compris, du moins pas grand-chose. 

Combien de fois entend-on que l’Église demande des choses trop difficiles à accomplir, que cela ne colle pas à la réalité, que notre langage ne parle plus au monde, qu’on ne peut pas vraiment savoir quel est véritablement le bien à accomplir, qu’il faut faire au moindre mal, et qu’il suffit d’avoir une bonne intention, que cela ira ! Que d’âmes tièdes ou même froides, désespérées du Bien, désespérées de la Vérité, gisant dans leur ignorance et dans leur faiblesse. Et nos âmes en sont, qui peut se prétendre épargné !  

Mais le chrétien ne peut s’arrêter à ce constat, pourtant bien réel, de l’état de son âme. Ce constat l’anime, le pousse d’une certaine manière. Qui se pense suffisamment chaud est déjà sur la pente de la congélation ! Non, le chrétien, constatant la tiédeur de son âme au terme de ce temps pascal, s’anime et se réveille. Il se souvient comme les Apôtres des promesses du Sauveur : « Je m’en vais, et je reviens à vous ! Le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. »

Ces paroles résonnent aux plus profond de ces millions de cœurs chrétiens qui les entendrons ce matin de Pentecôte. Jésus est venu mettre le feu sur la terre, maintenant qu’il est près de son Père, Il lance la torche sur l’immense tas de fagots et la terre s’embrase. Les faibles brindilles planquées dans le cénacle vont alors réchauffer les cœurs sur des kilomètres et répandre parmi toutes les nations et sur tous les âges ce feu qui, jusqu’à la fin des temps, ne cessera de descendre du Ciel. 

Chaque jour de Pentecôte est donc pour le chrétien, jour de grand brasier : le faible bois de son âme, tout au long de l’année a pu se refroidir, rincé de tentations et d’épreuves, arrosé de railleries et de chutes. Les branches brulent encore mais faute d’être en contact rapprochée avec le cœur du brasier, elles ne réchauffent guère plus personne !

Alors chaque année, ce jour de Pentecôte est pour l’âme chrétienne jour de grand brasier parce qu’une grâce extraordinaire nous est donnée : en contemplant l’Esprit Saint descendre sur l’âme des apôtres, nous le recevons à nouveau dans chacune de nos âmes. Ce dimanche est jour de grand brasier car il nous rappelle effacement, que nous sommes le temple du Saint Esprit, qu’Il habite à tout instant dans nos âmes et qu’il n’est pas inactif, si nous voulons bien nous laisser guider, nous laisser embraser !  

Là se trouve le nœud du problème ! Combien d’entre nous prétendent vouloir faire le bien et ne pensent pas à écouter celui qui nous dit où ils se trouve. Combien d’entre nous prétendent être trop faibles pour l’accomplir et ne sollicitent pas l’aide de Celui qui vient nous renforcer. Combien d’entre-nous constatent avec dépit et grands propos l’extinction du feu divin sur la terre et négligent de se laisser embraser par Lui ! Assisterons-nous encore une fois à cette si belle messe de la Pentecôte, entendant sans écouter, sans laisser les divines paroles de la Sainte Liturgie pénétrer nos âmes !

Chrétiens, si nous désirons vraiment, du plus profond de notre âme, que s’embrase ce feu jeté sur la terre des âmes, ce jour de Pentecôte doit être jour de grand brasier. Il doit être ce jour où nous laisserons le Saint-Esprit bruler nos mauvaises habitudes par sa force et incliner notre âme à aimer son Père du Ciel, à le révérer filialement et craindre par-dessus tout de l’offenser. Il doit être ce jour où nous laisserons le Saint-Esprit illuminer nos âmes, les aider à pénétrer les grandes vérités de la foi, à voir dans la création l’œuvre de Dieu et à discerner dans notre vie concrète le mal à fuir et le bien à accomplir. Il doit être enfin ce jour où nous laisserons le Saint-Esprit embraser nos cœurs de charité, leur donnant ce goût de Dieu, cette sagesse qui nous fait jouir dès cette terre de la joie et de la paix du Ciel. 

Les sept dons du Saint Esprit sont des dispositions de notre âme qui la rendent docile aux inspirations du Saint Esprit. Ces dons, nous les avons reçus, ils sont là, encrés dans notre âme comme autant de troches prêtes à l’embraser, mais ils n’embraseront rien si nous les mettons pas sous les fagots de nos actions quotidiennes, si nous ne les jetons pas sur la bonne terre de notre cœur, c’est-à-dire si nous refusons d’agir sous leur influence ! 

Ce jour de Pentecôte sera donc un jour de grand brasier, où nous laisserons (enfin !), le Saint Esprit remplir nos âmes et allumer en elle le feu de l’amour divin, désiré si ardemment par le Sauveur. 

 

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Chanoine Jonasz Zurek

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