Pourquoi le public est-il autant attiré par les récits d’exorcismes et de possessions ?

Publié le 31 Oct 2024

Les films d’horreur inspirés de récits d’exorcismes et de possessions fascinent par leur approche du macabre religieux. Avec L’Exorciste du Vatican, la frontière entre fiction et réalité s’estompe, interrogeant le public sur la nature d’un Mal bien réel ou simplement scénarisé.

 

L’horreur, en tant que genre, nourrit souvent une certaine fascination pour le macabre. Lorsque ce genre aborde des thématiques religieuses, telles que les exorcismes, s’appuyant sur des témoignages authentiques, la frontière entre fiction et réalité s’estompe pour les spectateurs. Mais pourquoi le public est-il autant attiré par ces récits ? Avec la sortie l’année dernière de L’Exorciste du Vatican, la question se pose : cette attirance pour le macabre est-elle une quête de sensations fortes ou bien une certaine conscience d’un Mal bien réel qui sommeille ? 

Depuis sa sortie en 1973, L’Exorciste a profondément marqué les esprits et a suscité un intérêt durable pour les récits de possessions démoniaques. Cinquante ans plus tard, près de soixante films sur ce thème sont répertoriés sur l’Internet Movies Database (IMDD), illustrant un engouement qui ne s’essouffle pas. Dans L’Exorciste du Vatican, Russell Crowe incarne le père Gabriel Amorth, nous plongeant dans un univers où la foi et l’horreur se mêlent, ancrant nos peurs dans un contexte religieux. 

Ce film de 2023 illustre le succès d’un genre s’inspirant de faits réels. Crowe joue le rôle du père Amorth, prêtre exorciste ayant réellement existé et souvent décrit comme “l’exorciste du Vatican”. Le récit combine démons, possessions et mystère du Vatican à la Dan Brown. Le scénario s’éloigne des faits réels pour adopter une approche plus cinématographique, mais était-ce vraiment nécessaire ? Le père Amorth, exorciste reconnu, a rapporté des témoignages, présentés comme authentiques, sur des possessions. La possibilité que le Mal, sous forme de démon, existe interpelle aussi bien les croyants que ceux en quête de sens. 

Les récits sont détaillés et réalistes, relatant des cas auxquels il aurait assisté. Il est important de noter qu’il a fondé l’Association internationale des exorcistes (AIE), officiellement reconnue par le Vatican. N’est-ce pas justement cette potentielle véracité qui attire les spectateurs ? La peur de l’existence du démon peut s’avérer plus troublante que celle d’un monstre imaginaire. Cette fascination pour le macabre est-elle simplement une recherche de sensations fortes ou la conscience d’un Mal plus tangible qu’on ne le pense ? 

Le genre cinématographique de l’horreur a rapidement été parodié, comme le perturbant Rocky Horror Picture Show, comédie musicale indépendante sortie en 1975, Beetlejuice de Tim Burton en 1988 ou bien Scream, franchise sortie en 1996 qui en est désormais à son sixième opus. Chaque génération a sa parodie car les amateurs de films d’horreurs peuvent rapidement se lasser d’une surenchère de l’épouvante, frôlant le ridicule. Les productions comme le film espagnol REC, sorti en 2007, vont alors chercher du côté du réalisme dans la prise de vue avec en prime apparence de possessions et secrets du Vatican pour confronter les spectateurs à la peur d’un Mal presque tangible.  

Mais cette dynamique questionne notre rapport à la peur : est-ce seulement une recherche de sensations fortes, ou bien une exploration plus profonde de cette interrogation ultime, l’origine du mal dans nos vies ? 

 

Solène Grange

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