Pour combattre l’injustice ou la tyrannie : prier avant d’agir

Publié le 08 Déc 2020
Pour combattre l'injustice ou la tyrannie : prier avant d'agir L'Homme Nouveau

Du siècle passé on garde en mémoire, émergeant au-dessus de l’âpre mêlée, des géants qui surent s’opposer aux tyrannies du moment, affronter les totalitarismes, les durs comme les mous.

La stature de Soljénitsyne tranche sur le siècle ; venu du système marxiste, qu’il sut dénoncer ensuite, il a payé ce retournement au prix d’années de déportation. Mais, comme il l’écrit, le paradoxe est qu’« il a acquis la liberté grâce à la prison. »

Autre géant, le Père Popieluszko, assassiné à 37 ans pour avoir provoqué le pouvoir polonais par sa parole, assénée chaque dimanche. J’ai pu visiter sa paroisse peu après sa mort, lorsque Solidarnosc venait d’être interdit après un temps de libéralisation. Elle faisait penser à une forteresse assiégée par la ville de Varsovie, encastrée entre des ronds-points et supermarchés. L’ensemble paroissial, grillagé, avec l’église au centre, entourée d’un jardin, s’étendait sur deux à trois petits hectares. La tombe du Père, immense, en occupait une large part. En forme de croix, elle mesurait quelque deux mètres de long et assemblait les 50 énormes grains d’un grand chapelet déployé sur la prairie. Sur la grille du jardinet, des dizaines de banderoles donnaient le message interdit sur la voie publique : elles résumaient la doctrine prohibée de Solidarnosc, mais dans une version plus mystique : « Il nous reste encore à faire la grève… de l’alcool ». À l’intérieur de l’église, des dessins d’enfants du catéchisme résumaient le sens du don de la vie du prêtre. L’un d’entre eux, tracé au crayon, montrait le martyr bras en croix, tenant l’hostie et le calice, encadré par deux gendarmes qui le bastonnaient. La vie séculière, à dix mètres de là, ronronnait avec sa circulation urbaine, incapable de répondre au cri de la foi.

Je logeais chez les bénédictines de Varsovie. Ayant confié mon admiration pour un tel témoignage, de la part tant du prêtre que de sa paroisse et du pays « réel », j’ai entendu la supérieure me répondre avec justesse qu’en Pologne on trouvera toujours une jeunesse convaincue et provocante avec panache, mais, en revanche globalement, ces jeunes sont trop rarement capables de faire l’oraison quotidienne d’une demi-heure à heure fixe. Cela donne à réfléchir sur la stratégie à opposer à une société qui endort les âmes pour mieux les broyer. La croisade nécessaire commence au fond des cœurs, face à Dieu.

Mère Teresa, autre grande figure emblématique, priait beaucoup ; elle a ainsi jeté à la mer des montagnes d’injustice par son oraison. En même temps, elle a su parler en transgressant la langue de bois, obligatoire à Oslo, quand elle reçut le Prix Nobel de la paix : l’avortement y fut déclaré sans fard comme étant le grand fléau de notre temps, ce qui entretient la guerre endémique sur la planète. La transgression fut d’abord, ici, celle de la plainte devant Dieu, avant de remettre de l’ordre dans les affaires des hommes, et c’est là la prudence la mieux assurée, à la hauteur du présent enjeu.

Mais de quelle transgression s’agit-il ? Le climat actuel facilite un légalisme mortifère : rendre à César ce qui est à César impliquerait l’acceptation de toutes ses lois, y compris quand elles ne font que gérer les vices les plus abjects. Pour beaucoup, le chrétien devrait être toujours exemplaire en obéissant, même de façon aveugle, en l’obligeant à caricaturer une doctrine des Pères du désert complètement hors contexte. Ainsi pour prendre un exemple récent, l’autorité publique a cru devoir préciser le nombre de fidèles, « la jauge », pouvant accéder aux offices religieux ; la plupart des évêques ont dénoncé une telle règle comme étant inapplicable, tant les édifices religieux varient de taille. On sait que la règle a été dénoncée à l’intérieur même de l’administration qui nous gouverne, et c’est tant mieux ; mais, durant quelques jours, des fidèles se sont opposés, assez violemment, entre la docilité à César et « le devoir de désobéissance civile ».

La situation ne devient claire que si l’on accepte que Dieu soit au-dessus de César, les lois de celui-ci n’ayant d’autre raison d’être que d’aider à adapter aux circonstances du moment la loi de Dieu inscrite par nature dans les consciences droites et bien formées.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLéon XIV

Léon XIV en Algérie (5/5) : Une évangélisation sous le boisseau

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | L'actualité met le radar sur l'Algérie, et permet de rappeler qu'elle fut une terre chrétienne avant d'être musulmane. Si aujourd'hui il est difficile d'y parler de sa foi (toute propagande est punie par la loi), les conversions existent, surtout vers les évangéliques. Entretien avec l’abbé Fabrice Loiseau, fondateur des Missionnaires de la Miséricorde divine (Toulon).

+

Algérie évangélisation
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLéon XIV

Léon XIV en Algérie (3/5) : Nous sommes une Église de passage

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | Dans le cadre de son voyage en Algérie, Léon XIV rencontrera une Église catholique minoritaire mais bien vivante, avec laquelle il commémorera notamment les 30 ans de l’assassinat de Mgr Pierre Claverie. Entretien avec Mgr Davide Carraro, son successeur sur le siège d’Oran depuis 2024, réalisé par l’AED.

+

Algérie église chrétien
À la uneÉgliseLéon XIV

Léon XIV en Algérie (2/5) : L’Afrique antique, terre chrétienne ?

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | On l’a oublié. Mais comme l’affirme une historienne contemporaine dans la célèbre encyclopédie Histoire du Christianisme : « s’est constituée en Afrique au cours du IVᵉ siècle, une chrétienté dont l’importance, l’expansion, la vitalité l’emportent sur toutes les autres en Occident à la même époque ». Retour sur une période trop perdue de vue, au sein de laquelle brille d’un feu particulier saint Augustin.

+

Carthage Afrique antique Algérie
À la uneÉgliseHistoireLéon XIV

Léon XIV en Algérie (1/5) : Entre mémoire et avenir

DOSSIER « Sur les pas de saint Augustin : Léon XIV en terre musulmane » | À l’invitation du gouvernement algérien et des évêques du pays, Léon XIV visitera l'Algérie en avril prochain. S’il entend mettre ses pas dans ceux de saint Augustin, dont il se déclare le fils, le Pape veut aussi encourager le petit peuple des chrétiens présents dans l’Algérie d’aujourd’hui.

+

Léon XIV en Algérie