Qui était saint François de Paule ?

Publié le 07 Août 2023
françois de paule

Eglise dédiée à saint François de Paule

Bénédictins, dominicains, franciscains, jésuites… Elles sont nombreuses, les congrégations qui ont marqué l’histoire de France. Certaines semblent cependant oubliées, notamment à cause de leur disparition du territoire français.

C’est ce qu’explique Michel Laurencin dans la quatrième de couverture de son livre consacré à Saint François de Paule : « trop peu connue en France, l’histoire de saint François de Paule et de l’Ordre des Minimes son extension en France et en Europe ne méritaient pas seulement une réécriture ».

Michel Laurencin était un agrégé d’histoire et docteur ès lettre. Spécialiste de la Touraine, il a pu notamment avoir accès aux archives diocésaines de Tours, qui lui ont permis de retrouver les traces de cet ordre des Minimes, dont il raconte l’histoire. Michel Laurencin étant mort le 8 janvier dernier, ce livre, sorti en mars, peut être un hommage.

Un travail historiographique

« Entre la légende et la réalité, le récit du merveilleux et l’analyse des faits, l’historien se doit de fixer des limites pour ne retenir que ce qui s’approche de la certitude, en analysant avant tout les données historiques par rapport à leur contexte, sans chercher à suivre les chemins déformant de l’apologie naïve ou de l’anachronisme trompeur » (p. 15).

C’est ainsi que l’auteur s’exprime dans son avant-propos. Pour lui, il s’agit avant tout de raconter l’histoire de saint François de Paule et de sa fondation, l’ordre des minimes, de manière historique. Les sources abondent dans ce livre : 25 pages réunissent 190 notes, de nombreux témoignages sont repris du procès de canonisation.

Michel Laurencin fait aussi référence à de nombreux historiens et à des documents pontificaux. Le livre déborde de citations, ancrant ainsi le récit dans son contexte historique. La lecture peut parfois en devenir longue, l’auteur citant souvent plusieurs auteurs pour un même fait. Cela manifeste cependant le sérieux de l’étude.

Le père Giuseppe Fiorini Morosini, archevêque métropolitain émérite de Reggio Calabria-Rova et religieux de l’ordre des minimes, écrit dans la préface : «le livre sert à fixer cette vérité historique dans la mémoire de la culture française qui risque de rester dans l’ombre ». Saint François de Paule est en effet un grand oublié dans l’Histoire de France, alors qu’il a eu un grand rôle à jouer en son temps. Michel Laurencin nous donne ici une biographie précise de cet ermite, conseiller royal, fondateur d’ordre et réformateur de l’église.

Saint François de Paule, thaumaturge, apôtre de la charité

La première partie de ce livre est consacrée à une biographie complète du frère François de Paule. Né le 27 mars 1416 à Paola, en Calabre (Italie), ce futur saint entre tout d’abord dans l’ordre des franciscains, en 1431. Il en sort au bout d’un an pour trouver un état de pauvreté plus extrême. « de retour à Paola, en 1435 probablement, et quittant ses parents, il se retire à l’écart du monde, sur un terrain familial, puis dans une grotte » (p. 20). De cette vie d’anachorète va naître une nouvelle communauté, qui deviendra un ordre, réputé pour son austérité. Ce petit groupe sera reconnu en 1471 par l’archevêque de Cosenza, et pourra ainsi perdurer.

Cependant, François de Paule ne peut rester bien longtemps dans son ermitage. D’abord reconnu pour ses capacités de guérison, par les herbes ou par la prière, il s’occupe de nombreux malades. Michel Laurencin raconte alors que « des marchands italiens passant en Touraine pour leur négoce lui évoquent [au roi de France] alors les dons thaumaturgiques de l’ermite calabrais » (p. 48). Tours est en effet devenue « depuis la fin du Moyen-Âge » le centre du royaume de France (p. 47).

Le roi Louis XI y est donc installé. Or, « âgé de 59 ans en 1483, victime de plusieurs attaques d’apoplexies, Louis XI sent sa santé décliner et mesure que ses jours sont comptés » (p. 47). Apprenant l’existence d’un saint guérisseur en Calabre, le roi le fait appeler en France. François de Paule rejoint donc la Touraine à cette époque. Son ordre s’est déjà répandue en Italie, il va maintenant l’étendre à la France.

Installé à Tours et désireux de continuer de vivre en ermite, il fonde le couvent Jésus-Maria, en 1488. La même année, il en fonde un à Amboise, et l’ordre des Minimes, reconnu en 1474 par le pape Sixte IV et confirmé en 1486 par Innocent VIII, grandit dans le royaume de France.

Une empreinte dans l’Histoire de France

Louis XI mourut dès le 30 août 1483, peu de temps après l’arrivée de François de Paule à Tours Michel Laurencin raconte cependant que le saint eut une réelle influence sur le roi : « la bulle de canonisation de Léon X du 1er mai 1519 note : « après que le roi ait connu la perfection de son austère vie… il ne déterminait d’aucune affaire d’importance du fait de sa conscience, sans avoir premièrement le conseil d’iceluy [François de Paule] » » (p. 112).

Le nouveau roi, Charles VIII se repose également sur lui : « le soutien moral que François de Paule apporte à Charles VIII au projet du conquête du royaume de Naples trouve sa justification dans l’idée d’une nouvelle croisade contre les ottomans » (p. 114). Plus loin, il est dit que le successeur de Charles VIII, Louis XII, aurait écrit : « si mes prédécesseurs l’ont aimé et ont porté bonne affection à son Ordre […], je ne m’en montrerai pas moins affectionné en cet endroit » (p. 118). D’ermite, François de Paule est donc passé à conseiller des rois de France.

L’auteur raconte aussi son action dans une réforme de l’Église en 1493 : « le théologien Jean de Rély, député du clergé parisien, ne craint pas de déclarer que « chez les moins de Citeaux, de Saint Benoît, saint Augustin et comme chez les autres, chacun sait qu’il n’y a plus de règles, dévotions ni discipline religieuse » (p. 110).

Face à cette crise, « pour François de Paule, plus qu’une réforme des institutions, […] il s’agit d’une réforme de la vie intérieure : la pauvreté, l’oraison, le jeûne, l’abstinence » (p. 111). Saint François de Paule, par son exemple, a donc témoigné de « l’ancienne discipline », qui tient encore sa place dans de nombreux couvents aujourd’hui.

François de Paule a donc marqué son temps. Oublié aujourd’hui, il a pourtant laissé sa trace dans l’Histoire. Michel Laurencin accorde la deuxième partie de son livre à l’histoire de l’Ordre des minimes. De la reconnaissance à la fondation de la Règle, de la prospérité à la disparition de l’ordre en France, en passant par une biographie des minimes importants, l’historien conclut enfin son livre en publiant la bulle de canonisation de Saint François de Paule.

La boucle est ainsi bouclée, le livre n’attend que son lecteur pour lui faire découvrir ce que la mémoire française a mis de côté. « un travail, conclut-on avec le père Giuseppe de Reggio Calabria-Bova, qui contribuera à faire vivre en France la mémoire de François de Paule et de son Ordre, en attendant que le temps de Dieu mûrisse pour ce retour [de l’ordre en France] ».

 

Michel Laurencin, Saint François de Paule (1416-1507), un thaumaturge, apôtre de la charité, Fondateur de l’Ordre des Minimes, éditions Saint Léger, 2023

Aymeric Rabany

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