Se montrer digne de l’Évangile et vrai fils de Dieu

Publié le 29 Sep 2022
Se montrer digne de l’Évangile et vrai fils de Dieu L'Homme Nouveau

L’évangile de l’intendant malhonnête, commenté par le Pape, lors de l’Angélus du 18 septembre 2022, a toujours suscité des difficultés, aussi bien pour les lecteurs ou les auditeurs que pour les commentateurs.

Comment comprendre une parabole qui, a priori, apparaît comme louangeuse du mal ? Une telle interprétation demeure évidemment inacceptable. Jésus veut simplement nous montrer que, dans la gestion des bien périssables, les fils de lumière doivent imiter, non pas le mal bien sûr, mais la prudence dans la gestion, en se faisant par l’aumône des amis avec les pauvres qui les remercieront dans les tentes éternelles du Ciel. La vraie prévoyance permet de partager avec les pauvres et d’enrichir en eux le Seigneur, c’est celle qui nous rend capable de donner au Seigneur, présent en la personne du pauvre, le don de charité qu’il attend de nous. Jésus veut nous montrer ainsi la nécessité de ne jamais oublier la priorité des valeurs éternelles. Il en va du salut de chacun. Les versets 10 à 13, fort éclairants, qui suivent immédiatement la parabole proprement dite, rapportent des paroles de Jésus qui expliquent la parabole. Saint Luc poursuit l’enseignement de Jésus sur la fidélité en présentant la double opposition entre le mammon d’iniquité et la richesse véritable qui ne peut être qu’éternelle, car elle est Dieu. En donnant aux pauvres, on ne se fait pas des amis de Mammon, mais on se montre digne de l’Évangile et vrai fils de Dieu.

Un lien unit les paraboles lucaniennes entre elles : le disciple doit conformer sa vie à l’économie de la Loi nouvelle, en ne se préoccupant pas d’abord des biens terrestres, mais plutôt des biens célestes que l’on conquiert par la Croix. L’art de saint Luc est de rapprocher l’eschatologie de la vie présente, par la participation à la Croix du Christ d’un côté et par la miséricorde de l’autre. Cet éclairage est nécessaire pour comprendre, dans la perspective johannique et lucanienne, l’opposition entre le monde et le royaume des cieux, entre le chrétien et l’esclave du prince de ce monde.

On est en droit de dire cependant que cet intendant était corrompu et que la ruse employée n’est pas précisément justifiable moralement. Cela ne fait aucun doute. Mais Jésus ne loue pas cet intendant pour sa malhonnêteté. Il fait une simple remarque montrant que les fils de ténèbres sont plus rusés que les fils de lumière. C’est indéniablement vrai. Mais, me direz-vous, c’est justifier la malhonnêteté. Il est vrai que les mondains corrompus savent mieux se débrouiller que les chrétiens fidèles à l’Évangile et à l’Église. Souvent ces derniers sont un peu ingénus face aux moindres difficultés et ils se laissent facilement gagner par le découragement, et alors le désespoir et surtout le murmure les guettent, ce qui est inacceptable moralement. Mais, avec le Pape, je pense qu’il faut approfondir la ruse de l’intendant. Il décide de faire une remise à ceux qui ont une dette, pour se faire des amis. Avant, il accumulait les richesses pour lui même. Maintenant, au contraire, il entend aider ses frères en humanité, en leur procurant un moyen de passer le cap. Il vole toujours, mais Jésus nous donne un enseignement magnifique sur les biens terrestres. Il nous conseille de ne pas utiliser les biens de ce monde uniquement pour nous-mêmes, pour satisfaire notre seul égoïsme. Il veut que par la charité envers les malheureux et les plus pauvres que nous, nous nous créions des amitiés qui dureront dans l’éternité. Il veut que notre amitié sociale soit fondée non sur l’argent, mais sur la charité. Plus que tout autre, Marie, pauvre en esprit et riche en charité, pourra nous faire comprendre le sens véritable de cette parabole.

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