Ukraine, les enjeux

Publié le 28 Jan 2014
Ukraine,  les enjeux L'Homme Nouveau

Collaborateur de L’Homme Nouveau, auquel il apporte le renfort de sa vaste culture et d’une foi vigoureuse, Didier Rance a été pendant de longue année le directeur de l’Aide à l’Église en détresse-France. Ordonné diacre de rite byzantin pour le diocèse de Metz, Didier Rance a consacré de nombreux écrits aux martyrs des persécutions modernes. Il a également reçu le Grand Prix catholique de littérature en 2013. Il continue aujourd’hui d’être engagé auprès des pays de l’Est, et singulièrement auprès de l’Ukraine. Il ne pouvait rester silencieux et indifférent devant la situation que connaît ce pays aujourd’hui. 

La question européenne n’est pas le seul enjeu

Que se passe-t-il en Ukraine ? La situation évolue de jour en jour et que sera-t-elle quand ces lignes seront publiées ? L’attention de la presse mondiale est focalisée sur la place Maïdan et autres lieux de contestation à Kyev, mais c’est toute l’Ukraine qui bouge depuis novembre dernier, dans des directions divergentes. Si la volte-face de du président Ianoukovitch annulant en dernière minute un accord de partenariat avec l’Union Européenne sous la pression de la Russie a mis le feu aux poudres, le brasier allumé par cette étincelle est loin de ne se nourrir que du désir d’Europe.

Une insurrection de la conscience

De même, la différence entre l’Ouest du pays tourné vers l’Europe et l’Est tourné vers la Russie existe certes toujours (on n’efface pas des siècles d’histoire en quelques années) mais comme en 2004, elle ne doit pas en masquer une autre, non moins réelle : ce qui se passe depuis deux mois en Ukraine, au-delà de la protestation contre l’accord annulé avec l’Europe, a d’abord été et demeure une insurrection de la conscience contre la corruption qui mine le pays, l’accaparement de tous les pouvoirs par un clan, la persistance au pouvoir des anciens communistes et de leurs méthodes de contrôle de la population (la statue de Lénine abattue à Kiev le 8 décembre en est le symbole), la mainmise de la Russie sur le pays. La radicalisation et les violences de franges du mouvement de Maïdan sont venues bien après, en réponse à celles du gouvernement.

L’engagement de l’Église

La présence sur Maïdan et ailleurs de prêtres, dont de nombreux catholiques, et l’absence d’alcool sont deux signes parmi d’autres de cette insurrection des consciences, en général peu remarquée de la presse étrangère qui continue à ne voir ces évènements qu’à travers la grille « ou l’Europe ou la Russie » (alors que la vocation de l’Ukraine est bien sûr de vivre sa propre existence mais aussi d’être un pont, de l’Europe vers la Russie – et celle de son Eglise gréco-catholique de même vers l’Orthodoxie).

La question Vladimir Poutine

Les catholiques de France, et particulièrement ceux qui étaient dans les rues en 2013 contre le projet du gouvernement de mariage entre personnes de même sexe, autre insurrection des consciences, devraient donc soutenir ce mouvement. Mais des éléments étrangers à cette réalité peuvent brouiller les consciences. En particulier la question Vladimir Poutine. Ce dernier n’est-il  pas  hostile à nos dérives sociétales ?  Ne veut-il pas faire de la Russie le rempart des valeurs chrétiennes contre l’Occident décadent – même s’il faut pour le croire fermer les yeux sur d’autres aspects bien moins reluisants de la réalité russe ?  Soutenir les Ukrainiens de Maïdan qui veulent l’entrée de leur pays dans l’Europe n’est-ce pas aller contre ce pour quoi nous nous sommes battus en 2013, face à  ceux qui en France – et largement en Europe – renient nos racines et nos valeurs chrétiennes ?  Il n’en est rien, car la dignité de l’homme ne peut être l’objet de marchandages ou de compromis, et pas plus celle d’un peuple. C’est pour cette dignité que les catholiques sont à la pointe, avec leurs prêtres, de ce mouvement – malgré les menaces directes du vice-premier ministre contre leur Eglise. Ils partagent nos valeurs chrétiennes et ils n’ont pas plus que nous de sympathie pour les dérives de l’Europe, bien au contraire. D’ailleurs, le rapprochement avec l’Europe de ce peuple qui a refusé son écrasement par l’idéologie communiste et s’est libéré de ce joug largement au nom de sa foi chrétienne, d’une Ukraine libérée de la corruption, n’aurait pas seulement  beaucoup à apporter à l’Ukraine, mais aussi à l’Europe.

Un moment crucial

PS. (27 janvier) : Un responsable de l’Institut de l’Université catholique d’Ukraine m’écrit aujourd’hui :

« C’est en ce moment un moment très difficile, et ils veulent nous faire peur. Mais c’est aussi un moment crucial pour que notre Etat change, et tout le monde se sent dans l’obligation de ne pas rester assis à la maison mais d’agir, malgré tant de cas de brutalités policières ».

(Les intertitres sont de la rédaction)

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