Ultra gauche (3/5) : Les Black blocs : insurgés ou épouvantails du système ?

Publié le 17 Oct 2024
black blocs

Les Black blocs à Lausanne le 1er mai 2008.

> DOSSIER « Enquête sur l’Ultra gauche : Entre révolte et impasse »
Emblématiques d’une gauche extrémiste et violente, les Black blocs ne forment pas de groupe groupe vraiment structuré et semblent dépourvus d’une vraie stratégie.

  Le terme Black bloc est passé dans le langage courant. Il désigne à la fois des structures temporaires utilisant des tactiques collectives potentiellement violentes lors de manifestations et des groupes d’individus partageant une idéologie justifiant l’usage de ces méthodes. Ce n’est pas un mode d’action spécifique et structuré, mais plutôt une fusion spontanée de courants de pensée. Les « membres » des Black blocs sont généralement issus de l’ultra gauche libertaire ou anarchiste, agissant sans hiérarchie apparente. Ils se caractérisent par leurs tenues noires assorties de masques pour préserver leur anonymat et se protéger de la surveillance policière. Leur stratégie consiste à se rassembler lors de manifestations, souvent dissimulés derrière des bannières ou au sein de la foule, prêts à recourir à la violence contre des cibles symboliques de l’État et du capitalisme selon les opportunités. Ils cherchent toutes les occasions de produire de l’agitation populaire dans une volonté insurrectionnelle de confrontation avec les forces de l’ordre.

Une tactique collective d’action directe

C’est d’abord en Allemagne qu’ils ont émergé dans les années 1980, où des autonomes se sont organisés pour défendre des squats menacés d’expulsion. Cette tactique collective d’action directe s’est ensuite répandue dans les milieux anticapitalistes, internationalistes et antifascistes. Aux États-Unis, elle a été adoptée par le mouvement Anti-Racist Action dans les années 1990. Les Black blocs furent très médiatisés lors des manifestations contre la guerre du Golfe en 1991 et lors du congrès de l’OMC à Seattle en 1999. Sociologiquement, il s’agit d’un mouvement très urbain, principalement issu de milieux privilégiés. Depuis les années 2000, la tactique du Black bloc est utilisée par des anarchistes et leurs sympathisants lors de diverses manifestations et émeutes. Pourtant, certains Black blocs défilent sans violence, exprimant simplement une critique radicale par leur seule présence menaçante. Parfois, de petits groupes apparaissent pour des raisons de solidarité ou pour détourner l’attention des policiers, en focalisant leur surveillance sur eux dans le but de faciliter les actions d’autres militants. Leurs choix tactiques dépendent du contexte politique et du rapport de force. Il est très difficile pour l’État de lutter contre ce mouvement, en raison de sa versatilité et de l’absence de structure visible.

Opposition aux syndicats…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Thomas Lassernat

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

Mettre le feu

L’Essentiel de Joël Hautebert | Deux événements de ces derniers jours font ressortir le contraste brutal entre la jeunesse chrétienne et celle des lycéens en colère. Mais quoi d’étonnant pour celui qui sait ce qui enflamme les uns et les autres ? Une feuille de route a été donnée par Léon XIV à ceux qui recherchent la vie éternelle, laquelle ne leur sera offerte qu’au bout d’un engagement spirituel enraciné dans le charnel.

+

feu jeune jeunesse pape manifestations
À la uneSociétéLectures

Comment je suis devenu petit !

Carte blanche à Yves Chiron | Anthony Aubé a 42 ans et mesure 1,15 m. Il est atteint d’une pathologie désormais bien identifiée : la DSEC (dysplasie spondylo-épiphysaire congénitale), une des formes de ce que l’on appelait jadis le « nanisme ». Dans Comment je suis devenu petit !, il s’exprime sur ses difficultés de santé, ses défis scolaires et professionnels mais aussi sur le droit à la vie.

+

Anthony Aubé nain petit livre
Société

Avis d’épidémie en année électorale

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les débats en vue de l'élection présidentielle abondent. Un peu de logique... et d'humour peuvent aider à appréhender sereinement ces élections et y voir clair dans les divers discours.

+

élection présidentielle électoral épidémie
SociétéÉducation

Éducation nationale : de l’impasse à l’hypocrisie

Entretien | Benoît Champagne exerce comme professeur de lettres à Trappes, en réseau d’éducation prioritaire (REP+). Les lycées locaux ont été le cadre de troubles et de violences, à l’heure des blocages. Mais c’est une interrogation sur toute l’Éducation nationale qu’il convient de poser.

+

blocage lycée éducation nationale
SociétéArt et Patrimoine

Le sens de la pente

Carte blanche à Marie Piloquet | Le Beau n’advient pas seul. Il lui faut, pour le faire éclore, une tension certaine, le choix de la persévérance, le goût de l’ascèse et la transmission. Le chemin n’est pas lisse et la pente a un sens.

+

musique classique pente Ephata
Société

Les menaces de LFI : Insoumission, désobéissance civile et révolution

L’Essentiel de Joël Hautebert | Les appels à la désobéissance civile et à la violence se multiplient avec l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Une logique révolutionnaire qui invoque le chaos et la destruction comme armes et comme unique horizon de l'action politique face à la victoire annoncée de Marine Le Pen. Un danger pour la paix civile et des moyens illégitimes qui ne peuvent servir la loi supérieure dont nous nous réclamons.

+

Mélenchon désobéissance civile