Ultra gauche (4/5) : Frédéric Lordon, un marxiste stimulant

Publié le 18 Oct 2024
Frédéric Lordon

Crédits : Sylvhem, CC BY-SA 3.0

> DOSSIER « Enquête sur l’Ultra gauche : Entre révolte et impasse »
Brillant universitaire, écrivain et penseur, économiste, Frédéric Lordon est aussi philosophe. Son approche honnête et radicale du capitalisme aboutit à des conclusions qui pourraient interroger les catholiques.

  Frédéric Lordon est un intellectuel incontournable de la sphère d’extrême gauche. Né en 1962, il a fait HEC (école des hautes études commerciales de Paris) et il a un doctorat de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales). Sa formation multidisciplinaire enrichit considérablement ses travaux en sociologie économique ainsi que sa critique sociale et politique. Ses analyses sur le système capitaliste contemporain se révèlent souvent irritantes pour les catholiques de droite accommodés au libéralisme économique. Bien que son marxisme foncier puisse être critiqué, il se démarque par une œuvre complexe qui n’est pas monolithique. On peut observer chez lui une certaine impartialité critique, due à son honnêteté intellectuelle habituelle et à l’absence de conflit d’intérêts. Écrivain prolifique et orateur talentueux, il sillonne les grandes écoles, comme en témoigne sa conférence intitulée La révolution ne sera pas un pique-nique, donnée à l’université Paris-Ouest-Nanterre en 2014. Par ailleurs, il est très actif dans le débat public, contribuant régulièrement à des publications dans la presse et intervenant dans les médias.

Une pensée confrontée au réel

Dans Capitalisme, désir et servitude : Marx et Spinoza, Lordon analyse comment le capitalisme exploite les désirs humains pour les transformer en sources de domination et d’aliénation. Cependant, ce n’est pas un marxiste de salon, perdu dans un monde idéaliste ; il développe sa pensée en la confrontant au réel. Il met ainsi en lumière le rôle central du désir dans la logique économique du capitalisme, montrant comment celui-ci est constamment stimulé et canalisé par les mécanismes de marché pour servir les intérêts du capital, qui se sont aujourd’hui subordonné l’État. L’ouvrage propose une critique radicale du capitalisme, en mettant en évidence ses dimensions psychologiques et en débouchant sur la nécessité d’une émancipation tant sociale qu’individuelle : la pratique de la vertu. À l’issue d’une telle étude, on peut se demander comment une analyse similaire pourrait être élaborée en s’appuyant sur les présupposés et les principes de la philosophie réaliste de Thomas d’Aquin. Serait-il envisageable d’arriver à des conclusions semblables en partant d’un si grand déficit de compatibilité ?

Une analyse objective

Lordon fait figure de porte…

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Thomas Lassernat

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