Un été avec les grands écrivains : J.R.R. Tolkien

Publié le 07 Août 2017
Un été avec les grands écrivains : J.R.R. Tolkien L'Homme Nouveau

En 2014 sortait le troisième volet de la série de film Le Hobbit inspiré des œuvres de J.R.R Tolkien. Le Seigneur des anneaux, Le Hobbit, des œuvres qui posent la question de savoir qui est l’auteur de ces sagas. Êtes-vous catholique, monsieur Tolkien ?

À cette question, la vie même de Tolkien répond. Élevé par sa mère, Tolkien découvre enfant le réalisme de la campagne en même temps que la puissance des langues. Mais l’évènement central de sa vie se trouve pourtant ailleurs. En juin 1900, sa mère se convertit au catholicisme, avec tout ce que cela comporte dans l’Angleterre du début du siècle : rupture avec l’idéologie dominante, mise au ban de la société, éloignement de la famille. Tolkien assiste à l’isolement croissant de sa mère. Il y puise, non seulement un amour redoublé pour elle, mais un renforcement de sa propre adhésion au catholicisme. En 1902, une rencontre le marque profondément : celle du Père Francis Morgan. Lorsque Mabel Tolkien meurt en 1904, il devient le tuteur des enfants. Un tutorat souvent présenté de manière négative. Tolkien se lie, en effet, au même moment avec Édith Bratt qui deviendra sa femme. Le Père Morgan s’oppose d’abord à cette idylle, craignant pour l’avenir du garçon. Faut-il limiter le rôle du Père Morgan à une suite d’interdits ? L’obéissance filiale de Tolkien envers le prêtre montre que leur relation dépassait ce cadre. Le Père Morgan a renforcé la foi du jeune homme et lui a donné l’esprit de l’Oratoire, cher au cardinal Newman. Cette influence enracine Tolkien dans le catholicisme. Jusqu’à sa mort en 1973, Tolkien assistera tous les jours à la messe, même s’il souffrira de l’abandon de l’ancien rite.

« Faërie et christianisme »

Mais son œuvre ? Peut-elle appartenir de plein droit au trésor de la littérature catholique ? La question est simple quand la réponse est plus complexe. Dans Faërie et christianisme, Didier Rance, Grégory Solari, directeur d’Ad Solem et Stratford Caldecott, membre du conseil de rédaction de l’édition anglaise de la revue Communio et aujourd’hui décédé, s’attachent à y répondre. Ce livre, qui complète remarquablement la biographie de Tolkien par Humphrey Carpenter, devrait absolument être lu par tous ceux qui s’interrogent légitimement sur l’œuvre de Tolkien. D’autant plus que les textes des trois auteurs sont complétés par son poème explicatif Mythopoiea.

Cependant ce livre va bien au delà de la collection de preuves de la catholicité des œuvres de Tolkien. Certes, Stratford Caldecott s’attache à montrer la « clarté morale » de Frodon quand Didier Rance situe « la mythologie de Tolkien par rapport à la sotériologie chrétienne » (la sotériologie étant le terme donné à tout ce qui se rapporte au salut et à la rédemption) et que Grégory Solari montre combien cette œuvre parvient à ré-évangéliser l’imagination. Mais la portée du livre est bien plus grande et dépasse même la personne et l’œuvre de Tolkien. Elle pose, en fait, la problématique de la place et du rôle de l’imagination dans la constitution d’une intelligence chrétienne qui fait tant défaut aujourd’hui. Pourtant cette absence s’explique. Des générations entières ont vu leur imagination délaissée. On a arrosé la plante – l’intelligence – sans se préoccuper plus avant du terreau – l’imagination. Au bout du compte, la plante a fini par s’étioler, pourrir et mourir. Dans La Restauration de la culture chrétienne, John Senior écrit très justement :

« La fécondité des idées de Platon, d’Aristote, de saint Augustin ne peut se manifester que dans le sol d’une imagination saturée de fables et de contes de fées, d’histoires et de poèmes, de romans et d’aventures ». (DMM, 1991).

L’intelligence a besoin d’une imagination saine pour pouvoir opérer son œuvre propre, au risque sinon de tomber dans le rationalisme desséchant. D’où la remarque de Chesterton :

« Le monde des fées n’est autre que le monde ensoleillé du sens commun. Ce n’est pas la terre qui juge le Ciel, mais le Ciel qui juge la terre » (Orthodoxie, Idées/Gallimard, 1984).

Un mythe vrai

Cependant, ce que Chesterton a théorisé, Tolkien l’a réalisé. Il a franchi une étape, et une étape décisive, que l’imagination débordante de Chesterton et son écriture si déconcertante (même pour certains de ses amis lecteurs, notamment en France) n’ont pas atteinte. Tolkien a permis, selon le Père Bouyer :

« de retrouver une vie plus vraie et un contact avec le monde plus satisfaisant (…). Non pas peut-être pour une expression directe du christianisme, qui exige une refonte totale du mythe telle que seule la Parole de Dieu pouvait la faire, mais au plan de l’acheminement vers le christianisme, de l’homme préchrétien » (Le Métier de théologien, entretiens avec Georges Daix, FranceEmpire, 1979).

Chesterton, par son Homme éternel (DMM, 1999), convainc un C.S.Lewis de la cohérence du christianisme (Cf. C.S. Lewis, Surpris par la Joie, Raphaël, 1998). Tolkien lui permet de franchir une autre étape en lui expliquant que l’histoire du Christ est un mythe, mais un mythe vrai, un mythe entré dans l’histoire. « Cette histoire, écrit Tolkien dans Faërie, est entrée dans l’Histoire et dans le monde primaire ; le désir et l’aspiration de la sous-création se sont élevés à la plénitude de la Création. La naissance du Christ est l’eucatastrophe de l’histoire de l’homme. La Résurrection est l’eucatastrophe de l’histoire de l’Incarnation. Cette histoire débute et s’achève dans la joie » (l’eucatastrophe, un bouleversement, renversement en faveur du bien). La vraie joie, n’est-ce pas ce que recherche tout chrétien !

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