Un été avec les grands écrivains : Louis Veuillot

Publié le 01 Août 2017
Un été avec les grands écrivains : Louis Veuillot L'Homme Nouveau

Il convient de sortir de l’oubli le journaliste catholique de L’Univers, défenseur passionné du pape, de la foi, de la liberté de l’enseignement et de relire l’écrivain, un des plus grands auteurs du XIXe siècle.

II fut un temps où l’on conseillait aux jeunes journalistes catholiques de lire Louis Veuillot. Pour le style, la clarté d’expression comme pour sa fidélité à la foi. Louis Veuillot ? Un nom presque oublié, qui apparaît encore, de temps à autre. Né le 11 octobre 1813, en Gâtinais, il abandonnera après sa première communion toute pratique religieuse. Il reviendra à la foi, en 1838. Il sera donc un converti. Totalement, sans retour en arrière possible. Sans demi-mesure, non plus. Il sera un catholique ultramontain, fidèle au Saint Père, avec intransigeance et fougue. Il goûtera aussi la joie de la polémique, de la bataille, des échanges, des coups. Sa foi, c’est sa vie. Sa vie, il la défendra sur tous les champs de bataille possibles. Enfin, il découpera au scalpel le monde moderne, montrant la matière informe et la fragilité du squelette. Louis Veuillot n’a aucune chance de trouver grâce aux yeux du siècle.

Le chapelet à la main

En préface au livre de François Veuillot sur son oncle, Paul Claudel écrira pourtant : « Il a été vaincu en apparence, mais il a fait ce qu’il a pu. Paix sur toi, grand chrétien ! Je le vois au cours de ses dernières années qui erre tout seul au fond d’un sombre appartement de Paris. Il n’a plus d’épée à la main, il n’a plus qu’un chapelet ». Le résumé d’un itinéraire. Après avoir débuté comme clerc de notaire, il devient, à partir de 1831, journaliste dans la presse régionale. Cinq ans plus tard, Guizot lui propose de collaborer à La Charte de 1830, un journal parisien. Sa vie sera désormais dans la capitale. Dès 1835, à l’occasion du retour à la foi d’un de ses amis, Veuillot est travaillé par la grâce. Il reprend la pratique du jeûne pendant le Carême.

Mais c’est en 1838, lors d’un voyage à Rome à Pâques, qu’il revient au catholicisme et se confesse au Père jésuite Rosaven. Il continue de collaborer à la presse, publie un premier livre, Les Pèlerins de Suisse (1839), puis un roman, en partie autobiographique, Pierre Saintive (1840) et se rend, en 1841, en Algérie, délégué par Guizot. L’année suivante, il est engagé par L’Univers dont il va faire le grand journal catholique de l’époque. Louis Veuillot publie la même année le récit de sa conversion dans un livre au titre évocateur, Rome et Lorette. Dès lors L’Univers va être la tribune à partir de laquelle il va s’exprimer, dénoncer, combattre, prendre parti pour le Saint-Siège et tenter d’influencer les catholiques dans les luttes du siècle. En 1843, sa « Lettre à M. Villemain ministre de l’Instruction publique sur la liberté de l’enseignement » éclate comme une bombe. L’année suivante, il prend la défense de l’abbé Combalot condamné à cause de la publication d’une brochure contre le monopole de l’enseignement. Veuillot veut publier une Introduction au compte rendu du procès.

Sa brochure est saisie et il est condamné en cour d’assises. Il passe un mois de prison à la Conciergerie. Mais son goût de la polémique déplaît jusque dans son entourage. Sous l’influence de Montalembert, il est écarté en 1845 de la rédaction en chef de L’Univers. Il ne désarme pas pour autant. Tour à tour, il prend la défense du Sonderbrund, ligue des cantons suisses catholiques ou des Jésuites (1847) et rallie la République en 1848. Il se réconcilie alors avec Montalembert et accède enfin au poste de rédacteur en chef de L’Univers. Son ralliement s’appuie sur l’idée que la forme du régime importe peu dès lors que la foi est sauve. En 1851, il se ralliera de la même façon à l’Empire de Louis-Napoléon. En attendant, il s’oppose aux catholiques libéraux à propos de la loi Falloux. Veuillot est farouchement contre car il estime que cette loi ne va pas assez loin. Il aurait aimé que l’enseignement secondaire et supérieur fut aussi dégagé de la tutelle étatique. Ses prises de position agacent, particulièrement les catholiques moins intransigeants. À plusieurs reprises, il est pris à partie par Mgr Dupanloup (évêque d’Orléans) ou par Mgr Sibour (Paris).

En réponse à Renan

Malgré son soutien à la politique de Napoléon III pendant plusieurs années, Veuillot rompt avec lui en 1860. Il estime sa politique étrangère contraire aux intérêts du pape. La publication dans L’Univers de l’encyclique Nullis certes contre la politique française donne un prétexte au gouvernement. L’Univers est interdit et le restera pendant sept ans. C’est l’occasion pour Veuillot de voyager et d’écrire des livres. En réponse à La Vie de Jésus de Renan, il publie La Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, en 1864. Le succès est énorme. Deux ans plus tard, il offre au public L’Illusion libérale :

« Suivre le courant, c’est à quoi se résument ces fameuses inventions et ces grandes fiertés du libéralisme catholique. Et pourquoi donc suivre le courant ? Nous sommes nés, nous sommes baptisés, nous sommes sacrés pour remonter le courant. »

La même année que L’Illusion libérale, Veuillot fait paraître en librairie, Les Odeurs de Paris, où il raille le petit monde parisien. La première édition de 3 000 exemplaires s’enlève en… une journée. En avril 1867, L’Univers reparaît et Veuillot retrouve une tribune. Il soutient le catholicisme social, assiste à Vatican I (1869) et fait campagne pour l’infaillibilité pontificale. En 1870, il rallie à nouveau la République et propose le 31 janvier de l’année suivante un étonnant projet de constitution dans lequel il propose « Henri de Bourbon » comme régent d’une République respectant le suffrage universel, la décentralisation et le respect de la religion. Mais le chemin de croix commence. Le coup va venir d’un endroit inattendu. Voulant établir des relations sereines avec Thiers, le pape Pie IX évoque dans une allocution, le 13 avril 1872, « un parti qui redoute trop l’influence du pape » et « un autre parti opposé, lequel oublie totalement les lois de la charité ». Veuillot se sent visé. Il demande une explication au pape. Celui-ci répond le 25 mai par un Bref dans lequel il lui donne sa bénédiction apostolique, mais condamne « ce zèle amer étranger à la charité catholique ». Pie IX regrettera par la suite ce sévère jugement. À la mort de Veuillot, le 7 avril 1883, Léon XIII le qualifiera de « Père laïque de l’Église » et saint Pie X le donnera pour modèle aux combattants de l’Église. Veuillot n’avait-il pas écrit avec lucidité :

« Le journaliste catholique est laïque, il n’a rien à prétendre dans l’Église, et l’Église ne peut rien pour lui, que lui donner les sacrements et bénir son cercueil ; il est catholique, il n’a rien à attendre de l’État et peu de choses à espérer de son public ».

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