Une critique théologique de Castellucci

Publié le 07 Nov 2011

 Le Père Michel Viot propose une lecture théologique de la pièce « Sur le concept du visage de Dieu » :

Une pièce de théâtre dont le titre est « Sur le concept du visage du fils de Dieu » a été jouée au Théâtre de la Ville à Paris. Un très beau portrait du Christ d’Antonello da Messina trônait dans le fond de la scène. L’auteur Roméo Castellucci veut donc nous parler de Jésus. Soit! Mais voilà que ce qui se passe sur scène crée la perturbation. Les perturbateurs sont qualifiés d’extrémistes catholiques par les voix qui ont le moyen de se faire entendre. Pour d’autres, plus modestes dans leurs pouvoirs, il ne s’agit que de catholiques de diverses sensibilités. Je me garderai de trancher cette question, n’ayant pas l’autorité nécessaire pour cela. De même que je ne donnerai aucun qualificatif à cette pièce de théâtre, des voix épiscopales s’étant prononcées. L’une d’entre elles conseille à juste titre de se reporter aux propos mêmes de l’auteur sur sa pièce pour comprendre ce qu’il a voulu dire. Je m’empresse donc de suivre ce conseil me limitant à ce qui nous est dit de Jésus Christ. Je ne me permettrais pas d’ajouter quoi que ce soit à une parole d’évêque, surtout quand elle est estimée. Je veux simplement attirer l’attention sur un point qui ne me semble pas assez exploré, en me disant que si Dieu a bien voulu parler à un prophète (Balaam) par une ânesse, il peut aussi passer par l’intermédiaire d’un curé pour attirer l’attention épiscopale sur un point de théologie.

Ceci concerne l’abaissement du Fils de Dieu dont cette nouvelle création artistique veut témoigner. Je connais bien le chapitre 2 de l’épitre de saint Paul aux Philippiens et sa signification. Ce que l’apôtre écrit sur la kénose (mot grec signifiant se vider) ne signifie aucunement une perte de substance divine, mais plus simplement l’abaissement dans l’incarnation, le Christ Parole éternelle de Dieu prenant la forme d’un serviteur. Car si ce vide signifiait l’abandon de la divinité, Jésus ne serait pas né Vrai Dieu et vrai homme, et c’est à tort que l’Église au Concile d’Éphèse aurait proclamé la Vierge Marie Mère de Dieu !

Or que dit Roméo Castellucci dans son entretien au journal Le Monde ? Après avoir dit que « même la merde avait été créée par Dieu », il poursuit en évoquant « la condition du Christ qui a accepté de se vider de sa substance divine pour intégrer la condition humaine jusqu’au bout – y compris la merde ». Ce raisonnement n’est pas acceptable du point de vue chrétien surtout si on se risque à certaines comparaisons du genre : le Christ s’est vidé de sa substance divine comme le vieillard incontinent se vide de son urine. Cela me parait déplacé et inapproprié. Jésus Christ reste Dieu même dans la souffrance et dans la mort, il garde son pouvoir de donner sa vie et de la reprendre ! C’est là qu’est le plus grand mystère de notre salut !

Enfin il faut dire clairement, pour reprendre le vocabulaire de l’artiste, que Dieu n’a pas créé la merde ! L’excrément humain est lié à la vie biologique de l’homme comme être pour la mort. L’excrément est un signe de mort, son odeur annonce une autre odeur, plus insupportable encore, celle de la putréfaction du corps. Et cela ne correspond pas au projet divin pour l’homme, c’est la conséquence du péché de l’homme.
Est-ce à dire que Notre Seigneur n’a jamais fait ses besoins ? Évidemment non. Seuls des gnostiques et des docètes pourraient affirmer cela, hérétiques condamnés par l’Église. Car ce serait nier que Notre Seigneur ait eu un vrai corps humain.
Mais on ne peut pour autant se contenter du raccourci de Roméo Castellucci. Oui je peux dire avec lui que le Christ a assumé la condition humaine jusqu’au bout y compris la merde (mais sans dire comme lui qu’il s’est vidé de sa substance divine). Mais alors la merde n’a pas pour Jésus la même signification que pour moi ou Roméo Castellucci. Les excréments de Jésus manifestent son total abaissement volontaire,signe de son amour pour le Père, reflet de sa communion sans faille avec Lui. Ainsi la divinité demeure intacte dans le Verbe incarné,même quand il va au petit coin. Il s’abaisse pour être élevé. Ce qui est loin d’être le cas pour les autres hommes qui n’accomplissent pas un tel acte de piété en « allant soulager la nature » !
Alors de grâce qu’on laisse de côté les très beaux textes de Paul VI et De Benoît XVI sur les artistes. Car je doute fort que ces pieux Papes – et je cite Paul VI : « votre art est celui de saisir du ciel de l’esprit ses trésors et de les revêtir de mots de couleurs, de formes,d’accessibilité » – s’adressent à des hommes comme Roméo Castellucci qui dans son entretien au Monde écrit avec une tranquille assurance : « Aujourd’hui;hui,l’Église a perdu sa capacité de poser des questions et l’art a pris sa place ».
Christianophobe, Roméo Castellucci ? Il ne m’appartient pas de le dire, mais hérétique certainement. Il reprend à sa manière l’hérésie d’Arius (IIe siècle ap JC). Jésus n’est plus qu’un homme compatissant à nos misères et à nos excréments. Un prophète pas sûr puisqu’il dit d’une manière très lapidaire que « son histoire est ambiguë », il est bien en dessous du Coran quant au respect du au Christ. Qui sait si des musulmans n’en sont pas affecté. En tous cas beaucoup ne voudraient pas que leur prophète fût traité ainsi lui qui pourtant n’a jamais été divinisé. Beaucoup pensent et disent discrètement bien sûr « ils sont fous ces chrétiens ».
Une dernière réflexion sur le raisonnement de monsieur Castellucci sur les créations de Dieu à partir de l’abaissement de son Fils: Jésus a assumé la souffrance donc Dieu a créé la souffrance… tout comme la merde. Jésus a subi la mort,donc Dieu a créé la mort. C’est une logique de sophiste.
Enfin et pour conclure, je ne vois pas comment on pourra lancer une nouvelle évangélisation sans dénoncer certaines erreurs comme le faisait saint Paul puis les Pères. La création de Roméo Castellucci sera dans cette perspective un lourd handicap!

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