Une petite-fille de Velázquez ?

Publié le 06 Août 2026
Velázquez

Diego Velázquez, Portrait de jeune fille, vers 1638-1642, huile sur toile, 51.5 x 41 cm, The Hispanic Society of America, New York photo_ courtesy of The Hispanic Society of America, New York

L’exposition en cours au musée Jacquemart-André propose au public des chefs-d’œuvre de la peinture baroque espagnole, parmi lesquels un portrait d’enfant dans un style qui tranche avec ceux qui rendirent si célèbre Velázquez, le maître du Siglo de Oro, auprès des cours européennes. Analyse.

 

« Et moi qui suis le soir, et moi qui suis la nuit, Moi dont le destin pâle et froid se décolore, J’ai l’attendrissement de dire : Ils sont l’aurore. »

« Georges et Jeanne », L’Art d’être grand-père, Victor Hugo, 1877, évocation de ses petits-enfants.

  Au détour de l’exposition Splendeurs du Baroque du musée Jacquemart-André (1), le regard ne peut qu’être attiré par le Portrait d’une petite fille, une œuvre à la fois intimiste et mystérieuse peinte par Diego Velázquez (1599-1660). Ce petit tableau appartenant aux collections de l’Hispanic Society de New York contraste fortement avec les portraits de cour du maître espagnol représentant les enfants royaux de la famille Habsbourg, aux teints laiteux parfois maladifs, engoncés dans de somptueux costumes d’apparat. Largement reconnu comme le représentant majeur du Siècle d’or espagnol et l’un des plus grands artistes de son temps, Diego Rodriguez de Silva y Velázquez fut admiré à son époque non seulement à Madrid, à la cour cosmopolite du roi Philippe IV, mais aussi à Vienne, à la cour impériale, et enfin à Rome, à la cour papale. 

Diego Velazquez Portrait de jeune fille vers 1638 1642 huile sur toile 51.5 x 41 cm The Hispanic Society of America New York photo courtesy of The Hispanic Society of America New York Velázquez

Diego Velázquez, Portrait de jeune fille, vers 1638-1642, huile sur toile, 51.5 x 41 cm, The Hispanic Society of America, New York photo_ courtesy of The Hispanic Society of America, New York.

Loin des vertugadins et des coiffures sophistiquées des portraits des infantes Marie-Thérèse ou Marguerite, c’est le seul portrait d’enfant connu du peintre qui ne semble pas représenter un membre de la famille royale ou un personnage de la cour. Datée de la fin des années 1630, l’œuvre frappe par son extraordinaire économie de moyens. La robe bleu-gris de la fillette, simplement esquissée, vient se fondre dans les tonalités chaudes et mordorées du fond de toile. Toute l’attention du spectateur est alors portée sur le visage de cette enfant âgée d’environ 7 ans. Des cheveux couleur jais aux reflets soyeux, coiffés à l’espagnole et relevés en chignon, encadrent un visage lumineux au bel ovale et aux grands yeux noirs qui semblent nous fixer avec intensité.

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Mathilde Tollet | Historienne de l'art

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