Vote à 16 ans ou vote familial ?

Publié le 21 Mar 2022

Faire voter les jeunes avant 18 ans ? Le sujet est un « marronnier » électoral qui ressurgit régulièrement à l’initiative de quelques personnalités de gauche.

La candidate socialiste à la présidentielle Anne Hidalgo proposait ainsi, lors d’un meeting en octobre dernier, d’abaisser la majorité électorale à l’âge de 16 ans, tout comme le candidat écologiste Yannick Jadot ou celui de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Cela n’est-il pas déjà le cas dans certains pays européens, en Autriche et à Malte et bientôt en Belgique pour les élections européennes ?

Ne faudrait-il pas déjà se demander pourquoi plus d’un Français âgé de 18 à 25 ans sur cinq n’a pas voté au dernier scrutin régional, l’abstention constituant en quelque sorte le premier parti chez les jeunes ? Et à ce compte, pourquoi ne pas ouvrir également le vote aux 14 ans ou aux 12 ans, générations tout aussi concernées par « demain » ? Sous son côté démagogique, alors que les jeunes entrent de plus en plus tard dans la vie active ou familiale (qui confèrent une vraie responsabilité citoyenne), la question du maire de Paris n’en recèle pas moins une vérité incontournable. Des millions de personnes mineures ne sont pas représentées actuellement dans le vote de lois qui engagent leur avenir. À la différence des seniors, elles ne sont pas prises électoralement en compte, alors qu’elles représentent l’avenir social et économique de notre pays. Depuis 2005, par ailleurs, les personnes majeures sous tutelle, mentalement déficientes (maladie d’Alzheimer notamment), peuvent être inscrites sur les listes électorales et voter par l’intermédiaire de leur tuteur familial (avec l’accord du juge des tutelles). Sans évidemment faire voter les enfants sans maturité civique suffisante, pourquoi ne pas confier leurs voix à leurs parents ou tuteurs légaux, comme la loi l’autorise pour toute personne majeure concernée par une incapacité psychique ?

Solidarité entre les générations

Car c’est la solidarité entre les générations qui est menacée par le vieillissement du corps électoral. « Cette situation conduira à des conflits entre générations : les actifs devront supporter, en plus de leur charge d’enfants, le poids de la dette publique, la maladie et les retraites des inactifs », prévenait déjà le professeur Henri Joyeux lorsqu’il était président de « Familles de France », pointant une gérontocratie où les prétendus représentants du peuple risqueront de délaisser les intérêts des jeunes générations pour satisfaire un électorat plus âgé et plus nombreux à voter… Il s’agit d’y parer en réparant une injustice civique sociale. L’égalité électorale entre hommes et femmes (acquise en 1945) n’a pas mis fin à l’inégalité électorale entre jeunes et vieux ! Il serait donc judicieux de faire évoluer et corriger à nouveau un suffrage universel, à l’évidence bancal, vers un vote plus juste, c’est-à-dire plus familial : les femmes mais les enfants aussi ! Que le bulletin de vote puisse être aussi familial, à l’instar de l’impôt, avec le foyer fiscal et le quotient familial. Une mesure de rééquilibrage, d’un coût minime mais d’une portée politique et sociale majeure (1).

Si la société politique est organiquement constituée de familles, comme l’enseigne la doctrine sociale de l’Église, le vote qui vise à permettre à l’ensemble de la société d’être représenté par les instances républicaines devrait en effet être un droit des familles avant même d’être un droit individuel. Avant d’en considérer les modalités pratiques (rôles et attributions des parents comme établi dans les inspections des impôts), les associations familiales et les mouvements politiques soucieux du bien commun national pourraient au moins en défendre le principe, assurément plus astucieux que le vote individualiste des « ados » ! Permettre une représentation plus réelle et plus juste de la société dans ses cellules élémentaires que sont les familles, leur permettre ainsi d’avoir un poids politique conforme à leur importance et à leur rôle : une idée « disruptive » qui pourrait faire son chemin…

1. Dans le même esprit, il ne serait pas injuste non plus de compter une voix de plus pour une famille dont l’enfant est mort pour la France…

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