Messe Stelliferi Conditor orbis :
- Kyrie 13
- Gloria 13
- Sanctus 13
- Agnus 13
Commentaire musical
Cet Agnus Dei n’est représenté que par un seul manuscrit italien du milieu du XIVᵉ siècle. Il emprunte sa mélodie au 1er mode. Les première et troisième invocations sont identiques, et la seconde tranche sur celles qui l’encadrent, par son élévation mélodique initiale.
L’intonation est douce et sobre, peu élevée mélodiquement puisqu’elle ne fait appel qu’aux cordes fondamentales du mode de Ré : le Ré, bien sûr, le Mi et le Fa pour la tierce caractéristique du mode, et le Do grave qui joue le rôle de sous-tonique. C’est donc autour du Ré que se déploie simplement cette formule très calme qui doit être chantée piano.
Un petit passage syllabique permet à la mélodie de prendre du mouvement, d’autant qu’on s’élève du Mi initial au Sol puis au La, et sur peccáta, on atteint le Sib bien arrondi qui culmine au sommet de cette première (et troisième invocation).
Le mot peccáta est donc mis en valeur sur sa première syllabe, alors que son accent, situé sur une seule note, en l’occurrence un Sol, est encadré par deux neumes : un torculus et un climacus. Le mot s’achève en revenant au Ré grave, et le mot mundi s’appuie sur la sous-tonique Do, en retrouvant les cordes de l’intonation : le Ré, le Mi, le Fa et le Do.
L’attaque syllabique de miserére reproduit celle de qui tollis mais sans aller jusqu’au torculus de peccáta avec son Sib, en sorte que la mélodie s’arrête au La, puis redescend sur la finale du verbe, pour retrouver, là encore, les cordes fondamentales de l’intonation. La belle cadence de nobis, sur la tierce descendante, fixe dans la paix cette première invocation.
La seconde invocation, on l’a dit, tranche d’emblée par l’élévation mélodique de son intonation. Elle jaillit à la quinte en partant directement du La, puis va cueillir le Do et le Ré aigu, en faisant subir au mot Agnus une inversion mélodique, puisque l’accent tonique est plus grave que la finale. Il faudra donc veiller à ne pas déplacer cet accent, tout en donnant quand même de la vigueur à ce sommet mélodique de toute la pièce.
Le mot Dei redescend par degrés conjoints à partir du Do jusqu’au Sol, et va se fixer sur le La d’où nous étions partis. La dominante La est clairement devenue la nouvelle corde attractive de ce second Agnus, puisque c’est aussi à partir du La que se déploie la mélodie de qui tollis, qui va revenir néanmoins à l’intérieur de la quinte du 1er mode, et vers le grave, avec le Ré en finale de tollis et le Do, sous-tonique, en finale de mundi.
Cette fois, c’est l’accent de peccáta qui est relativement mis en relief par un podatus élevé Sol-La, alors que les deux syllabes qui l’entourent ne sont dotées que d’une seule note, un Mi et un Ré.
La formule de miserére nobis est elle aussi originale et il s’agit d’une très belle ornementation qui reprend en fait des passages déjà entendus : misérere reprend mundi sans sa première note Do et nobis reprend la mélodie de miserére. Notons aussi que la petite cadence Fa-Mi-Ré de l’intonation des première et troisième invocations revient aussi à la fin, sur la cadence finale de chacune des trois invocations (nobis ou pacem).
On a donc un Agnus Dei bien construit, bien régulier, très paisible, typique du 1er mode avec la paix profonde qui le caractérise.
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