Le lundi 2 février, en la fête de la purification de la Sainte Vierge et de la présentation de l’Enfant-Jésus, le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, don Davide Pagliarani, a annoncé lors d’une homélie que de nouveaux évêques seraient sacrés le 1er juillet prochain. Un communiqué de la Maison Générale de la Fraternité Saint-Pie X a ensuite confirmé cette annonce.
Don Pagliarani a expliqué avoir demandé une audience au pape Léon XIV puis avoir adressé une lettre au Saint-Siège exposant la position de la Fraternité Saint-Pie X et ses besoins. La réponse romaine à cette lettre n’étant pas celle qu’attendait la Fraternité, celle-ci a décidé de procéder à des sacres d’évêques dans le but essentiel d’assurer ce qu’elle estime être sa mission : sauvegarder la tradition doctrinale et liturgique antérieure au concile Vatican II.
De son côté, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a indiqué que « les contacts entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège se poursuivent, l’objectif étant d’éviter toute rupture ou solution unilatérale concernant les problèmes soulevés ».
Malgré tout, il semble qu’à Rome, les autorités romaines actuellement en place connaissent mal le dossier et, peut-être plus encore, l’univers de la Fraternité Saint-Pie X, contrairement à l’époque de Benoît XVI où celui-ci avait suivi le dossier depuis bien des années et pour lequel il s’était investi personnellement.
Ainsi, certaines sources sérieuses indiquent que Rome n’aurait pas répondu à la demande d’audience du supérieur de la Fraternité Saint-Pie X adressée au pape Léon XIV. D’autres indiquent que le dossier a été confié au cardinal Fernández, dit Tucho, certainement le plus mauvais choix d’interlocuteur pour une compréhension réciproque, le cardinal Fernández ayant joué un rôle important dans l’élaboration de la théologie d’Amoris laetitia qui appartient au registre des textes de François considérés par la Fraternité Saint-Pie X comme une mise en cause directe de la théologie traditionnelle du mariage et de certains sacrements.
De la même façon, le discours d’Abou Dhabi sur la Fraternité humaine, prononcé le 4 février 2019 par le pape François, confirmerait aux yeux de la Fraternité Saint-Pie X la gravité de la crise que traverse l’Église et l’état de nécessité qu’il y aurait à sacrer de nouveaux évêques.
La Fraternité Saint-Pie X s’inquiéterait également de la persistance de la volonté d’installer une Église synodale, avec toutes les ambiguïtés que transporte ce projet. De la même manière, la décision du pape François d’interdire pratiquement la liturgie traditionnelle et d’indiquer que la seule lex orandi est le missel réformé de Paul VI, abolissant du même coup le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI qui avait remis dans son plein droit la liturgie traditionnelle, a joué un rôle important dans la décision de la Fraternité.
Les difficultés nombreuses pour exercer leur apostolat, rencontrées par les instituts et fraternités en pleine communion avec Rome et qui vivent des usages liturgiques antérieurs, n’ont fait qu’accroître la méfiance du côté de la Fraternité Saint-Pie X. Une méfiance rendue encore plus vive par le texte du cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin, qui a été distribué aux cardinaux lors du consistoire extraordinaire de début janvier. Ce texte, très argumenté et très logique, se présentait comme une défense de Traditionis custodes et de la réforme liturgique.
Rappelons enfin, en ce qui concerne le volet liturgique, que la Fraternité Saint-Pie X avait posé comme préalable à toutes négociations la libéralisation pour toute l’Église de la possibilité de célébrer la liturgie préconciliaire. Un préalable rempli par Summorum Pontificum et devenu caduc avec Traditionis custodes.
En 1988, Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, assisté de Mgr de Castro-Mayer, avait procédé aux sacres de quatre évêques, sans mandat pontifical. Lui et les nouveaux évêques avaient été aussitôt frappés de l’excommunication latae sententiae dont la réalité a toujours été contestée par la Fraternité. En 2009, cette excommunication avait été levée par Rome et le pape François avait ensuite élargi les pouvoirs – essentiellement pour les confessions et les mariages – des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, en vue du bien des âmes.
La situation actuelle, alors que s’ouvre un nouveau pontificat, confirme malgré tout l’extraordinaire retour en arrière que représentent les principales décisions du pape François ainsi que ses grandes déclarations doctrinales. Le supérieur et les évêques de la Fraternité Saint-Pie X risquent bien sûr, à nouveau, l’excommunication, même si la situation ne se présente pas exactement comme en 1988.
Plusieurs avancent le fait que le Saint-Siège a finalement accepté les évêques de l’Église patriotique chinoise consacrés sans son autorisation et parfois en le mettant devant le fait accompli. Mais si pour Rome la Chine vaut bien une messe ou des évêques, est-ce le cas de la Fraternité Saint-Pie X ? Réponse au 1er juillet !
Dernière minute (mercredi 4 février 2026) : le cardinal Fernandez rencontrera le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X la semaine prochaine.
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