> DOSSIER n° 1850 : « Le droit canonique : pour quoi faire ? »
Entretien avec le père Étienne Richer, doyen de la Faculté de Droit canonique.
| La pratique du droit canonique a évolué depuis la promulgation du CIC de 1983. Quelle est aujourd’hui votre vision globale de la formation en droit canonique ?
Chacun sait que les pères du concile Vatican II ont peu pensé en termes juridiques et par suite ont été assez avares en développements sur le droit canonique, ce que certains théologiens, tel Louis Bouyer par exemple, n’ont pas manqué de regretter. Toutefois, en matière d’enseignement, le décret conciliaire Optatam totius sur la formation des prêtres contient une exigence qui est à la fois un principe inspirateur et un véritable vade-mecum : « En exposant le droit canonique […] on se référera au mystère de l’Église, en harmonie avec la constitution dogmatique de Ecclesia promulguée par ce Concile » (Optatam totius 16, 4). En clair, droit de l’Église et mystère de l’Église, et par suite loi et grâce, ne sauraient être mis en opposition dialectique : le droit ecclésial ne peut pas et ne doit pas être enseigné sans se référer à l’intelligence contemplative que l’Église a de son propre mystère, puisque le droit est au service du mystère et de la vie de l’Église comme communauté sacramentelle de grâce. Comment le droit visant à protéger et à servir l’annonce de la Parole de Dieu et la vie sacramentelle des fidèles du Christ pourrait-il être étudié autrement ? L’enseignement du droit ainsi compris peut aussi favoriser avec bonheur la redécouverte de la vérité selon laquelle le droit tout court est une œuvre de la raison qui ne devrait pas renoncer à la recherche d’un juste transcendant.
| Dans ce sens, peut-on dire que le droit canonique a une place particulière dans la mission d’évangélisation ?
Comment pourrait-il en être autrement si l’on se souvient que le Code de droit canonique de 1983 exhorte à ne jamais « perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Église la loi suprême » (c. 1752) ? À moins d’opposer Église du droit et Église de la charité, ce qui constitue une tromperie gravement dommageable, il est certain que le droit et la discipline dans l’Église sont intrinsèquement liés au caractère salvifique du message évangélique qui est fait…







