La pause liturgique : Hymne « Gloria laus » (Rameaux)

Publié le 28 Mar 2026
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Gloria laus « Gloire, louange et honneur à toi, Christ, Roi Sauveur. » C’est ce chant de triomphe rendu au Seigneur lors de la procession du dimanche des Rameaux que j’ai choisi de vous faire écouter cette semaine. Vous connaissez le contexte biblique de cette liturgie solennelle qui inaugure la grande semaine sainte dans notre liturgie romaine. Nous revivons en communauté ce que le Seigneur, ses apôtres et tous ses disciples, et tous les habitants de Jérusalem ont vécu il y a 2000 ans et que les Évangiles nous relatent : 

« Quand ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent en vue de Bethphagé, au mont des Oliviers, alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Rendez-vous au village qui est en face de vous ; et aussitôt vous trouverez, à l’attache, une ânesse avec son ânon près d’elle; détachez-la et amenez-les-moi. Et si quelqu’un vous dit quelque chose, vous direz : Le Seigneur en a besoin, mais aussitôt il les renverra. » Ceci advint pour que s’accomplît l’oracle du prophète : Dites à la fille de Sion : Voici que ton Roi vient à toi ; modeste, il monte une ânesse, et un ânon, petit d’une bête de somme. Les disciples allèrent donc et, faisant comme leur avait ordonné Jésus, ils amenèrent l’ânesse et l’ânon. Puis ils disposèrent sur eux leurs manteaux et Jésus s’assit dessus. Alors les gens, en très nombreuse foule, étendirent leurs manteaux sur le chemin; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient le chemin. Les foules qui marchaient devant lui et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !» (Mt 21)

Un événement historique, messianique qui a provoqué la mort du Christ, moins d’une semaine plus tard. Jésus, en cette circonstance, n’a pas craint de revendiquer un titre divin, et c’est précisément cet hommage que l’Église a recueilli et lui renouvelle chaque année à travers la solennelle liturgie des Rameaux.

Toute cette procession est une reconnaissance par l’Église de la royauté du Christ. Elle lui amène, génération après génération, tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps qui reconnaissent en lui le Sauveur de l’Humanité. Et plus encore, cette procession symbolise l’immense procession de l’Humanité derrière son Messie, vers la Jérusalem céleste.

C’est donc une perspective grandiose qui s’ouvre devant nous en ce jour, un horizon de salut, d’espérance, un pèlerinage, une marche vers le bonheur éternel. La croix du Christ, symbole de toutes les souffrances de l’Humanité, est l’étendard de cette procession qui nous ouvre le ciel. C’est là, dans sa propre mort, que le Seigneur Jésus va vaincre à tout jamais la mort. Telle est notre foi, telle est notre joie.


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L’origine historique de ce chant de triomphe que nous venons d’entendre est assez ancienne puisqu’elle remonte au début du IX siècle. Le Gloria laus est d’origine franque. On l’attribue, sur la foi des manuscrits de chant grégorien de Saint-Gall (une abbaye située en Suisse), à un évêque d’Orléans nommé Théodulphe.

La légende rapporte que cet évêque avait été emprisonné par le roi de France Louis le Débonnaire. Il composa ce chant de triomphe dans sa prison et eut même une occasion providentielle de l’interpréter, puisque la procession de la fête des Rameaux passa sous ses fenêtres de prisonnier. La qualité de sa composition lui valut d’être délivré, et c’est ainsi que ce chant passa à la postérité. Belle histoire qui témoigne de la simplicité et de la ferveur de la foi antique. Il est rare que l’on connaisse l’auteur d’une mélodie grégorienne de cette époque, encore que les hymnes, plus que les autres pièces, ont plus souvent été attribuées à des auteurs bien précis.

Je vous donne donc une traduction de ce chant, composé de très nombreuses strophes. L’Église, dans les éditions récentes en tous cas, n’en a retenu que 6, dont la première, de facture mélodique assez différente des autres sert en fait de refrain.

Refrain : « Gloire, louange et honneur à toi, Christ Roi Sauveur. Pour toi, le cortège des enfants chanta : “Hosanna !” »

Strophe 1 : « Tu es le roi d’Israël, tu es le glorieux rejeton de David, Roi béni qui viens au nom du Seigneur. »

Strophe 2 : « Le chœur céleste tout entier te loue au plus haut des cieux ; à lui se joint l’homme mortel et toute la création. »

Strophe 3 : « Le peuple hébreu vint au devant de toi avec des palmes ; avec nos prières, nos vœux et nos hymnes, nous voici en ta présence. »

Strophe 4 : « Ceux-ci te payaient leur tribut de louange alors que tu allais souffrir ; et nous, voici que nous te célébrons par nos chants, maintenant que tu règnes. »

Strophe 5 : « Ils ont su te plaire, que te plaise aussi notre dévotion ; bon Roi, doux Roi, à qui plait tout ce qui est bon. »

C’est magnifique de simplicité. Chacune des strophes est composé de deux stiques ou vers à peu près égaux en nombre de pieds, mais sans esprit de géométrie. C’est à cela que l’on reconnaît la poésie antique. On ignorait ou on se méfiait le plus souvent des formules absolument rythmées ou rimées qui échappaient à la liberté poétique en enfermant la pensée dans un cadre étroit et rigoureux.

Si vous regardez attentivement le texte latin de cette hymne, il n’y a pas trace de rime. Il y a un certain équilibre en nombre de pieds mais il n’est pas absolu. La première strophe compte deux vers de 15 pieds , mais la seconde et la troisième en comptent deux de 14, avec la même mélodie de base. La quatrième en compte un de 14 et un de 13 ; et enfin la cinquième en compte un de 16 et un de 14. Donc rien de systématique.

Au plan mélodique, cette fois, l’auteur a fait preuve d’un vrai génie, là encore de ce génie antique qui se caractérise par une grande simplicité. Les strophes sont toutes bâties sur le même modèle, c’est-à-dire composées de deux courtes phrases musicales absolument identiques. La deuxième ne fait que répéter purement et simplement la première, mais comme le nombre de pieds est souvent très légèrement différent, eh bien cela rompt complètement l’impression de monotonie. C’est génial, c’est du grand art.

Rien de plus facile à retenir comme mélodie, des enfants peuvent le faire avec beaucoup d’aisance, comme en témoigne l’enregistrement que nous venons d’entendre (chœur Saint-Michel).

Il faut remarquer également que cette mélodie met parfaitement le texte en valeur, soulignant de préférence, mais là encore sans esprit de système, les accents de dactyles (mots dont l’accent est sur l’antépénultième) au posé du rythme (par exemple Israël, inclita, nomine dans la première strophe) et les accents de spondées (mots dont l’accent est situé sur la pénultième) au levé du rythme (par exemple laudat, omnis, mortalis, cuncta dans la deuxième strophe), ce qui donne à tout ce chant quelque chose à la fois de très ferme et de très élancé.

C’est une mélodie du 1er mode, mais on voit que le refrain est plus grave que le reste. Il se campe en effet tout entier à l’intérieur de la quinte Ré La, sans en sortir à l’aigu. Par contre les strophes jaillissent à partir du La qui joue le rôle de dominante convertie en nouvelle tonique, jusqu’au Ré supérieur, donc dans la quarte aiguë. On ne touche que le sol au grave, c’est-à-dire la sous tonique, mais on ne revient pas au Ré.

Il y a donc dans l’alternance modale entre le refrain et les versets quelque chose de très varié, de très frais qui exprime bien la joie, l’enthousiasme même des fidèles du Christ marchant à sa suite, sans pourtant que l’Église n’abandonne complètement son esprit de recueillement et de méditation, à l’approche de la passion de son Époux de sang. La gravité du refrain nous redit tout bas ce que les élans enfantins des versets pourraient nous faire oublier un instant : l’ombre de la croix se profile à l’horizon de cette semaine.

Et l’enthousiasme des strophes nous redit tout haut qu’au-delà de la mort du Christ et de notre mort, il y a la ferme espérance de la résurrection. Il y a là comme une sorte de mouvement de respiration, d’élan mystique et de gravité recueillie qui fait de cette hymne un chef-d’œuvre vraiment à sa place en cette procession. Et j’aime cette interprétation par des enfants qui sont à l’honneur en cette circonstance. Leur louange toute pure anime la nôtre : 

« Gloire, louange et honneur à toi, Christ Roi Sauveur. Pour toi, le cortège des enfants chanta : « Hosanna ! »

 

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Un moine de Triors

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