Le 12 avril dernier, la Hongrie, dirigée par Viktor Orbán depuis 16 ans, a connu une transition politique avec la victoire de Péter Magyar et de son parti Tisza. Au-delà de ces turbulences électorales, la question que soulève la défaite d’Orbán est de déterminer si une démocratie non libérale est aujourd’hui viable dans le temps.
Pour comprendre la démocratie illibérale, il faut commencer par s’intéresser à l’itinéraire de Viktor Orbán. C’est durant son service militaire en 1981 qu’il lui apparaît que l’État communiste est défaillant et qu’un changement est nécessaire. Militant anticommuniste, il participe à la création de l’Alliance des jeunes démocrates (l’actuel Fidesz) en 1988. La chute du communisme voit l’avènement d’un régime libéral qui permet le reclassement d’une partie de l’ancienne nomenklatura. Corruption, mensonges, truquage des comptes publics, les révélations de 2006 détournent la population des partis au pouvoir et amènent Orbán et le Fidesz au sommet de l’État en 2010.
Une ambiance de révolution
Cette accession au pouvoir se fait dans une ambiance de révolution qui ouvre la possibilité d’un changement de régime. Le premier ministre Orbán met en place une nouvelle Constitution en 2012. En préambule, elle introduit une « Profession de foi nationale » qui mentionne la Sainte Couronne comme symbole de la continuité constitutionnelle de l’État et de l’unité nationale et met en avant les valeurs traditionnelles. Elle constitutionnalise le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme et garantit la protection de la vie dès la conception. Les libertés publiques sont énoncées et reconnues. En juillet 2014 (1), Viktor Orbán pousse l’idée qu’une démocratie « illibérale » (2), c’est-à-dire non libérale, serait plus efficace que son homologue libérale. La liberté d’Orbán n’est pas licebnce ; elle obéit à la règle d’or des relations entre individus selon laquelle il ne faut pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. La nation n’est pas non plus une somme d’individus mais une communauté.
Une indépendance indispensable
Orbán pense qu’il est possible d’avoir un État illibéral dans une Union européenne libérale mais au prix d’une véritable indépendance financière et d’une capacité réelle de résistance (3). Le gouvernement introduit dans la Constitution un principe d’équilibre budgétaire et organise cette indépendance financière. Orbán est également conscient que le contrôle des médias est essentiel pour rester au pouvoir. Préalablement…







