Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime

Publié le 13 Mai 2026
donne sa vie amour amour éditorial

Il demeure possible de servir en vérité parce que perdure quelque chose, vivant, de l'âme de la France. (Chabe01, CC BY-SA 4.0)

L’éditorial du chanoine Laurent Jestin, icrsp

 

Nombre d’institutions sont sous le feu constant de critiques radicales, qui n’ont rien à envier au chamboule-tout des kermesses printanières de nos paroisses ou de nos écoles. Il s’y développe même une vraie expertise, comme un concours de qui portera les coups les plus décisifs. Les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, l’école et l’hôpital, le service public de l’audiovisuel et les médias ou la presse en général, etc., et l’Église évidemment ! Et l’on n’ose mentionner les banques et la finance, voire, pour certains, les entreprises.

Une seule alternative ?

Un premier malheur est que des dysfonctionnements, des injustices, des scandales existent réellement, à un point tel qu’il n’est pas toujours emphatique de parler de crise profonde. Le second tient en ce que la critique répétée paraît ne rien laisser debout, ni ménager de marge de manœuvre. Non qu’il faille, dans un parti-pris de modération, relativiser les difficultés et exonérer les responsables ; mais, pour autant, doit-on tout englober dans l’opprobre, y compris ceux qui, quand même, poursuivent leur œuvre en ces institutions : enseignants, fonctionnaires, élus, prêtres… ?

À suivre ces Cassandre, il semble que seule reste l’alternative suivante : tabula rasa ou sécession. Pour certaines de ces institutions, il est possible d’en créer de semblables « à côté ». Les établissements scolaires hors contrat en sont un exemple déjà un peu ancien et, depuis quelques années, la révolution numérique aidant, des médias alternatifs à ceux que l’on qualifie de mainstream se sont développés.

Cela se conçoit et s’exerce d’autant plus légitimement que ces deux réalités, ainsi que d’autres, relèvent normalement non d’une délégation reçue d’en-haut, mais de la subsidiarité, assumée au prix de combats et d’efforts dont on ne se croit pas capable au commencement. 

Mais les institutions étatiques, l’Église, qui en fera d’autres, et avec quelle autorité ? Notre histoire et notre tempérament, nos espaces et notre imaginaire français ne sont pas ceux des États-Unis d’Amérique ou de la Patagonie de Jean Raspail. De plus, en pratique, une ZAD, aussi contre-culturelle et révoltée qu’elle se veuille, ne vit-elle pas comme un parasite sur la société que pourtant elle vilipende ? N’est pas amish qui veut…

Un éthos problématique

La multiplication de telles critiques manifeste  une indéniable déstabilisation et décadence des sociétés occidentales. Mais leur extension quasi-universelle et leur expression quasi-compulsive ne témoignent-elles pas aussi d’un éthos sous-jacent problématique, d’une pensée et d’une vie fatiguées, qui, par exemple, frappent de stupeur les prêtres fidei donum d’Afrique ou d’ailleurs, qui viennent un temps chez nous ? Comment en êtes-vous arrivés là, interrogent-ils ? Et ce « là » désigne la situation elle-même, mais aussi le regard que nous portons sur elle.

Revenons à ceux qui persévèrent en ces institutions critiquées. Si les parcours et les témoignages individuels ne sauraient rendre compte pleinement de réalités dont l’horizon est le bien commun et même le dessein universel de salut, ils illustrent tout de même qu’il demeure possible de servir en vérité parce que perdure quelque chose, vivant, de l’âme de la France et que l’assistance du Saint-Esprit ne peut être retirée à l’Église, puisque Dieu l’a promis et qu’il est toujours fidèle en ses promesses.

Servir est possible

Le dernier numéro de L’Homme Nouveau évoquait le concept de guerre juste et la difficulté actuelle, dans l’Église, à en accepter la possibilité. Quoi qu’il en soit de cette réflexion et de sa pertinence contemporaine, les récits de militaires affirment par les faits qu’un catholique peut être ce qu’il est sous les drapeaux, en portant les armes et en en usant.

Ainsi, dans un livre récent, Charles d’Azérat (1), officier du Commando parachutiste de l’air n° 10, raconte qu’il vit son engagement de « chef de guerre » comme une transcription de la parole évangélique : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » ; que les jeux et les lectures de son enfance peuplés de chevaliers ont été la première étape d’une carrière dont il a cru qu’elle était désirable et possible, et pour laquelle on lui a donné les moyens.

Quand nous offrirons de tels livres à nos garçons comme prix scolaires ou cadeaux d’un sacrement reçu, nous prendrons soin de ne pas en stériliser la vigueur par les discours d’un « cœur habitué » que dénonçait Péguy.

 


1. Charles d’Azérat, À cœur ouvert. Récit d’un commando du CPA 10, Mareuil éditions, 158 p., 21 €.

 

>> à lire également : DOSSIER | Transgenrisme (1/4) : Une révolution en marche

 

Chanoine Laurent Jestin, icrsp

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