Mené de main de maître par Laurent Dandrieu, Le Pessimiste joyeux est un livre d’entretiens avec le penseur québécois Mathieu Bock-Côté, devenu en quelques années l’analyste de notre société en déroute.
Depuis Aristote, nous savons que les amis doivent vouloir le bien de l’autre et se ressembler dans la pratique de la vertu. Mais celui que saint Thomas d’Aquin appelait le « Philosophe » indique dans son Éthique à Nicomaque une des exigences fondatrices de l’amitié : « il n’est pas possible de se connaître l’un l’autre avant d’avoir consommé ensemble la mesure de sel dont parle le dicton ni d’admettre quelqu’un dans son amitié ».
Un livre d’échanges
Cette condition, Mathieu Bock-Côté et Laurent Dandrieu l’ont remplie avant de nous livrer ce livre d’échanges qui permet de mieux connaître le penseur québécois et de saisir les nuances de sa pensée. Il l’indique d’ailleurs lui-même en évoquant les aberrations du confinement. Il le chante clairement en élevant le banquet au rang de première étape dissidente pour briser l’encerclement totalitaire et la montée en puissance de la déraison. L’amitié a permis ce nouveau livre et l’alimente en permanence, sans jamais tomber dans la sentimentalité dont raffole pourtant notre époque ni dans l’entre-soi d’intellectuels qui se servent de leur interlocuteur comme d’un miroir. D’une certaine manière, et Laurent Dandrieu le remarque dès sa préface, ce livre est né d’une sorte d’impossibilité. Quoi de commun, en effet, entre ce géant, « supervivant » (pour reprendre le titre français d’un roman de Chesterton), venu d’outre-Atlantique, bousculant tout sur son passage, non seulement les idées fausses de ses adversaires idéologiques mais aussi les timidités de ses compagnons d’armes, et le critique de cinéma, l’analyste de la haine de soi fondée sur la perversion de l’amour de l’autre et l’essayiste très fin, presque délicat, au meilleur sens du terme, qui a su rendre palpable aux yeux de son public la réalité invisible portée par les œuvres des plus grands peintres et des plus grands artistes ? Tout les sépare et tout les réunit. Dresser la liste des points de dissemblance reviendrait à se perdre dans l’accidentel. Ne voir que les aspects communs conduirait à nier l’intérêt même de la rencontre. Si Mathieu Bock-Côté occupe la place centrale de ce livre, il le doit à son parcours, son œuvre et sa pensée mais aussi à la pertinence des questions de Laurent Dandrieu…







