> DOSSIER n° 1858 : « La boîte aux livres de votre été »
Docteur en philosophie et musicien, romancier et essayiste, Romain Debluë a notamment publié en 2023 La Chasse au cerf, un roman d’une rare densité philosophique et théologique qui a conduit à le soumettre à la question au sujet de ses lectures. Un voyage fascinant. Entretien.
| Que demandez-vous à un livre : qu’il vous émerveille, vous fascine ou vous édifie ?
Les grands livres, même lorsque l’auteur l’ignore, sont des pédagogues de Paradis. Je ne leur demande pas moins.
| À une époque où l’on parle beaucoup de nouveautés, quelles sont selon vous les « valeurs sûres » de la littérature et de la pensée ?
Tout cela qui, précisément, relève de la littérature, donc de la pensée. De tous temps, il y eut beaucoup d’ouvrages mais peu d’œuvres. Une œuvre se reconnaît à ceci qu’elle est absolument irremplaçable ; tout à la fois pour ce qu’elle dit, et par la manière dont elle le dit, en sorte que l’une et l’autre chose s’entrelacent inextricablement. Car le style n’est pas un ornement, il est la splendeur toujours singulière d’une vérité qui vient au jour.
| Quels sont les livres qui vous ont, vous, véritablement formé – non pas seulement intellectuellement, mais humainement ?
La vie entière d’un homme, ici-bas, est un roman de formation. Nul ne peut dire, dans un certain moment de son existence : « Me voilà désormais formé. » Chaque bon livre lu, par conséquent, contribue à me rendre un peu moins indigne de l’humaine condition, sans que bien souvent il me soit possible d’en isoler l’influence et de la décrire. Quelques versets de Claudel, un vers de Virgile, une page d’Aristote ont peut-être eu sur moi de secrètes conséquences telles que seulement elles me seront manifestes dans la vie de gloire. Je puis dire du moins que, dans cela qu’il est convenu de nommer « formation intellectuelle », les deux auteurs à qui j’ai consacré des travaux universitaires furent pour moi des révélations d’exigence, de rigueur, de hauteur, de puissance spéculative, – je veux parler, chronologiquement, de Hegel d’abord et de saint Thomas d’Aquin ensuite. Du premier, je citerai quelques lignes de l’allocution qu’il prononça lors de sa première leçon à l’université de Berlin, en 1818, et qui furent pour l’adolescent que j’étais en les découvrant une…







