Prononcé à Chémeré-le-Roi, dans l’église paroissiale, le 28 juin 2026
Pourquoi faut-il penser au Ciel et à l’Enfer ? Pour aimer vraiment Dieu, pour nous aimer nous-mêmes, pour aimer nos frères.
1. Pour aimer vraiment Dieu.
Dieu hait le péché qui souille en l’homme sa divine Image. C’est parce qu’il est puissant, sage et aimant qu’il châtie le péché. Dieu est Juge. Cette vérité, connue de toutes les religions, est trop oubliée aujourd’hui. Elle est partout dans l’Ancien Testament ; elle est enseignée par le Christ et les Apôtres ; elle est inculquée par les Pères et les Docteurs de l’Église ; elle est rappelée par le Catéchisme de l’Église catholique. Si on l’oublie, on se fait une fausse image de Dieu et on ne peut pas l’aimer vraiment.
Dieu n’est pas un bon papa qui cède toujours devant les transgressions de ses enfants, et qui leur passe tous leurs caprices. Ce ne serait plus le Dieu du Christ, de saint Paul, de saint Augustin et du Curé d’Ars. On ne pourrait aimer vraiment ce Dieu inconsistant. Le Dieu que nous aimons est un Dieu fort et juste, qui châtie le coupable et récompense le juste : « Je crois en Dieu le Père Tout-puissant… ». Ce n’est pas un Dieu mou et « bisounours » avec un amour gélatineux, qui mettrait sur le même plan Joseph Staline et Thérèse de Lisieux, ou Adolf Hitler et le padre Pio.
Méditons donc le Ciel et l’Enfer, pour que la crainte de Dieu, « Roi de terrible majesté », soit l’écrin précieux de notre amour vrai pour Lui.
2. Pour nous aimer vraiment nous-même.
La pensée du Ciel et de l’Enfer est la seule qui mette nos actes dans leur vraie lumière : celle de la responsabilité ! Nous serons jugés sur nos actes ; nos œuvres nous suivent. Ce qui sort de mon intelligence et de ma volonté libre, cela a une répercussion éternelle, cela dessine mon visage… pour les siècles des siècles.
Ceux qui prétendent que tout le monde est sauvé refusent la vérité sur l’être humain, ils font une grave offense à la dignité de l’homme. Oui, moi, homme, je tiens dans mes mains une éternité de bonheur dans la vision de Dieu, ou une éternité de malheur dans les flammes de l’Enfer.
Si je nie cette vérité, cela ne l’empêche pas d’être vraie. Ce n’est pas parce que des méchants affirment qu’il n’y a pas d’actes mauvais en eux-mêmes (comme l’avortement et l’euthanasie), qu’il n’y en a pas. Ce n’est pas parce que des imbéciles disent que la terre est plate qu’elle n’est pas sphérique.
L’Enfer ne cesse pas d’exister parce que beaucoup le nient. Bien au contraire, il attend ces négateurs. Le prétendu « salut universel » rend l’homme dérisoire. Il fabrique une société d’irresponsables, et un catholicisme frelaté, où la sincérité prend la place de la foi et de la morale.
S’aimer soi-même, c’est suivre le Christ qui nous a aimés. Il a donné sa vie pour nous arracher à l’Enfer. Il a souffert sa passion pour nous éviter le purgatoire. Il est ressuscité et monté aux Cieux pour nous dans la béatitude éternelle. Cher ami, où trouveras-nous la force d’un amour vrai de nous-même ? Où trouverons-nous le courage du témoignage quotidien ? Là où les martyrs les ont puisés : dans la pensée de la vie éternelle !
La pensée de l’Enfer et du Ciel doit nous aiguillonner pour marcher sur la voie resserrée où le Christ nous précède. Plutôt mourir à cette vie mortelle que de perdre la vie éternelle ! Dans la tentation, la crainte de l’Enfer est salutaire. Elle est comme le radar de recul des voitures modernes qui nous avertit de l’accident…
Mais c’est la pensée du Ciel qui doit surtout nous occuper. Elle est un GPS qui nous guide vers le paradis, ou un radiotélescope qui capte les messages du paradis. Tout ce que nous faisons ici-bas est grand : dans l’obscurité de la foi, cela tisse l’éclat de notre corps ressuscité, et cela écrit, au-delà du temps, notre nom de chevalier du Christ.
3. Pour aimer vraiment le prochain.
Si on ne se préoccupe que de la construction d’un « monde meilleur » ici-bas, si tous les hommes sont sauvés, alors pourquoi mettre en œuvre les paroles du Christ : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » ?
Cela paralyse l’élan apostolique. Qu’importe alors la doctrine de la foi catholique et la pratique des commandements ? Oublier le salut éternel, c’est pulvérise la nécessité de la foi et affaiblir l’exigence de la morale.
Il y a là un mépris de nos frères. Pour quoi me taire sur le salut éternel ? Pourquoi ne pas essayer de donner à mes frères ce qui est mon plus grand trésor : la foi au Christ, la grâce qui me rend capable de vivre ses commandements, l’espérance de la résurrection ? Évidemment, comment parler d’héroïsme, si le salut, enjeu du combat chrétien, a disparu ?
Au Jugement dernier, le Christ reproche à ceux qui sont à sa gauche de ne pas lui avoir fait miséricorde (cf. Mt 25, 41-45). Ceux-ci s’étonnent de cette affirmation et ils demandent quand cela s’est produit. Jésus leur répond : « Chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » Ce reproche vise un manque de miséricorde temporelle, mais il concerne encore plus les déficiences dans la miséricorde spirituelle.
Si je suis négligent dans le zèle apostolique, moi qui suis baptisé et confirmé, a fortiori moi qui suis prêtre ou évêque, je dois craindre d’entendre au Dernier Jour ce terrible reproche :
« J’avais faim de vérité, et tu ne m’as pas brisé le pain de la Parole de Dieu. J’avais soif de certitudes surnaturelles, et tu m’as abreuvé de banalités humanitaires. J’étais étranger, sans patrie spirituelle sur la terre, et tu ne m’as pas invité à entrer dans l’Église, qui est la maison de Dieu. J’étais nu, et tu ne m’as pas revêtu du vêtement de la grâce. J’étais dans la prison de l’erreur, et tu ne m’as pas donné la libération de la vérité de la foi. »
Suivons l’exemple de notre père saint Dominique. Il brûlait d’un zèle incroyable pour le salut de tous les hommes. Renouvelons, par l’intercession de l’Immaculée et de saint Joseph, notre amour vrai pour Dieu, pour nous-mêmes et pour nos frères, les hommes, qui sont appelés à l’éternité bienheureuse, et comme saint Dominique, prions : « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? »
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